Cotillard, Day-Lewis, Bardem… Pourquoi les Oscars ont un petit goût d'Europe?

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"La môme", la biographie filmée d'Edith Piaf, a doublé "Taxi 4" lors de la deuxième semaine d'exploitation de ces deux grosses sorties françaises, selon les chiffres de l'organisme professionnel CBO Box-Office.
"La môme", la biographie filmée d'Edith Piaf, a doublé "Taxi 4" lors de la deuxième semaine d'exploitation de ces deux grosses sorties françaises, selon les chiffres de l'organisme professionnel CBO Box-Office. — AFP/Berlinale
Comment cela se fait-il que les Américains aient sélectionné le film «La Môme» et son actrice Marion Cotillard?
Catherine Deneuve, les Etats-Unis connaissent. Marion Cotillard, c’était moins évident. Mais si l’actrice est arrivée jusque dans les chaumières d’outre-Atlantique, c’est parce que la chaîne américaine HBO a acheté les droits de «La Môme» pour distribuer le film aux Etats-Unis.

Résultat: le film a fait 10 millions de dollars de recettes là-bas sous le titre de «La Vie en rose». Un succès mitigé, dit John Kochman, le directeur d'Unifrance à New York. «En comparaison, Amélie Poulain a fait trois fois plus d'entrées. Mais les Américains étaient surtout sensibles à la magie du film de Jeunet, plus qu'au charme particulier d'Audrey Tautou. Cette fois, c'est la performance de Marion Cotillard qui les a bouleversés» sans oublier la «vogue actuelle des biopics (biographies filmées)» qui a pu contribuer à sa renommée.

Si aucun distributeur américain n’avait acheté les droits de «La Môme», le film aurait-il pu être nommé pour les Oscars?

Non, c’est peu vraisemblable. «Les Oscars ne récompensent pas un film choisi parmi toute la production mondiale, mais un film de la production exportée aux Etats-Unis», résume un critique de cinéma. Autrement dit, ce qui ne sort pas dans les salles américaines n’existe pas pour les Oscars.

Qu’est-ce que l’Oscar remis à Marion Cotillard couronne?
L’Oscar qu’elle vient de recevoir récompense sa performance dans «La Môme», et surtout, sa métamorphose en Edith Piaf. C’est l’actrice transformiste qui est ainsi sacrée. Pas sa carrière. Et à ce titre, ce n’est pas un hasard si le film a aussi reçu l’Oscar du maquillage. Par ailleurs, Daniel Day-Lewis, oscarisé comme meilleur acteur pour son rôle dans «There will be blood», est salué pour les mêmes raisons, pour cette capacité de mutation en un tueur avide de terres du Far West.

Que reste-t-il au cinéma américain quand les Oscars saluent autant d’Européens (Javier Bardem, Daniel Day Lewis, Marion Cotillard, et aussi, l’Oscar du meilleur court-métrage pour «Le Mozart des Pickpockets», du Français Philippe Pollet-Villard)?
Le cinéma américain continue de dominer la production mondiale. «Quand les Américains donnent des colifichets aux Européens, c’est parce qu’ils y trouvent un bénéfice», modèrent les mauvaises langues. Car maintenant que Marion Cotillard est oscarisée, elle pourra être plus facilement appelée à tenir un rôle dans un film américain, ce qui aidera ce film à recueillir des entrées sur le territoire européen.