VIDEO. Affaire Weinstein: Comment Asia Argento est devenue la porte-voix des victimes de violences sexuelles

WEB Depuis qu'elle a révélé avoir été abusée sexuellement par Harvey Weinstein, l'actrice et réalisatrice italienne est particulièrement active sur les réseaux sociaux où elle dénonce les violences faites aux femmes et appelle à la libération de la parole...

Fabien Randanne

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Asia Argento à Rome, en mars 2017.
Asia Argento à Rome, en mars 2017. — Lenny / IPA/SIPA
  • Asia Argento, 42 ans, est une actrice et réalisatrice italienne, fille du réalisateur Dario Argento et de la comédienne Daria Nicolodi.
  • Asia Argento a révélé au « New Yorker » avoir été violée par le producteur américain, Harvey Weinstein à l’âge de 21 ans. Dimanche, sur Twitter, elle a affirmé avoir été violée par un réalisateur hollywoodien quand elle avait 26 ans.
  • Depuis une dizaine de jours, Asia Argento est particulièrement active sur Twitter pour dénoncer les agissements des agresseurs sexuels.

« J’ai préféré faire le Danse avec les stars italien que sucer une bite. Mais c’est pareil, ça ne m’a pas fait du bien. Je l’ai fait seulement pour survivre, pour mes enfants. Je n’avais plus d’argent. J’avais quitté l’acting pendant trois ans. » Au début de l’été, cette réponse d’Asia Argento à 20 Minutes, avait été interprétée comme une déclaration rock’n’roll, une punchline provocatrice. Aujourd’hui, cette déclaration prend une dimension glaçante après que l’artiste italienne a révélé les violences sexuelles dont elle a été victime.

« Un grand réalisateur d’Hollywood m’a violée »

Dans un article publié mardi dernier dans le New Yorker, elle affirme que le producteur hollywoodien Harvey Weinstein lui a imposé une relation sexuelle orale non consentie en 1997, dans un hôtel de la Côte d’Azur. Elle avait 21 ans. Ce dimanche, elle a dénoncé deux autres faits. « Un réalisateur/acteur italien a exhibé son pénis devant moi quand j’avais 16 ans alors que nous parlions du « personnage » », a-t-elle tweeté.

Puis, quelques instants plus tard, elle poste ce message : « Un grand réalisateur d’Hollywood avec un complexe de Napoléon m’a donné du GHB et m’a violée alors que j’avais perdu connaissance. J’avais 26 ans. »

Depuis une dizaine de jours, Asia Argento est l’une des personnalités les plus mobilisées pour dénoncer les violences faites aux femmes, à Hollywood ou ailleurs. Sur les réseaux sociaux, où elle s’exprime en italien, en anglais et en français, elle appelle à la libération de la parole. Elle a notamment relayé les hashtags #balancetonporc lancé vendredi par une journaliste française et sa déclinaison italienne #quellavoltache (« Cette fois où »).

« Je l’ai raconté à des amis, mais personne n’a rien fait »

Son fil Twitter prend la forme d’une catharsis et fait office d’une chambre d’écho aux multiples révélations. On peut lire les messages de soutien qu’Asia Argento adresse aux autres victimes, les retweets de consœurs ayant également subi des violences sexuelles, ses commentaires sur les révélations en cascade de l’affaire Weinstein entre autres réflexions personnelles sur le patriarcat et ce qui constitue la culture du viol.

En remontant ses tweets, on trouve cet extrait de Scarlet Diva, le film qu’elle a réalisé en 1999. Elle y incarne une aspirante réalisatrice à laquelle un producteur, dans une chambre d’hôtel, demande de lui pratiquer un massage, puis de lui « sucer les boules ». Une scène qui rappelle directement les dizaines de témoignages de femmes au sujet d'Harvey Weinstein. A l’époque, Asia Argento ne cachait pas que le film était semi-autobiographique.

« Plusieurs fois, on m’a demandé si j’avais vécu une telle expérience. A chaque fois j’ai répondu que oui. Mais personne n’en a fait état. Je l’ai raconté à des amis acteurs, producteurs, journalistes (…). Mais personne n’a rien fait », a déploré l’Italienne dans les colonnes de La Stampa ce week-end.

« Ce gros dégueulasse est si puissant »

La journaliste Daniela Fedi confirme. Dans un long texte publié sur le site d’Il Giornale, elle se remémore avoir eu Asia Argento au téléphone, qui lui a raconté, en pleurs, ce qu’Harvey Weinstein lui avait fait à Cannes. « Je me souviens de ses paroles exactes : "Ce gros dégueulasse est si puissant qu’il ne risque rien. Ils ont cru Monica Lewinski simplement parce qu’elle avait gardé sa robe [qui était tachée du sperme de Bill Clinton]. Je risquerai de perdre l’estime d’Abel [Ferrara, le réalisateur avec lequel l’actrice rêvait de tourner]. Je ne peux même pas y penser [à dénoncer Weinstein]" ». Daniela Fedi poursuit : « J’ai essayé de la consoler et j’ai fini par lui donner raison : tente d’oublier, tu es jeune, tu as la vie devant toi. »

A La Stampa, Asia Argento précise : « A l’époque, il n’y avait pas eu de scandales sexuels comme celui de Bill Cosby. Si on avait parlé, personne ne nous auraient crues, nous, les femmes. On nous aurait traitées comme des prostituées. »

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D’ailleurs, c’est anonymement qu’Asia Argento a d’abord accepté de témoigner auprès de Ronan Farrow, le journaliste du New Yorker. « J’ai consulté mon fiancé et des proches, ils m’ont tous encouragée. Après avoir raconté mon histoire, j’ai dit à Ronan d’en parler aux autres actrices et top model [qu’il avait contactées], et de préciser que j’avais décidé d’accepter que mon nom soit publié », explique-t-elle à La Stampa. « Le lendemain, Farrow m’a rappelée pour me dire que les autres femmes aussi, poussées par mon récit, avaient décidé d’aller de l’avant. Et cela me semblait important. Avant, c’était impossible. Il y avait une omerta totale au sujet de Weinstein. »

« Une bouse haineuse qui blâme les victimes »

Depuis qu’elle s’est exprimée ouvertement sur les violences qu’elle a subies, Asia Argento est la cible de nombreux commentaires malveillants en Italie. Outre les trolls d’Internet, qu’elle bloque par centaines sur les réseaux sociaux, la fille de Dario Argento et Daria Nicolodi doit faire face à la virulence d’une partie des médias de son pays. « D’abord, elles se donnent, puis elles pleurnichent et feignent de se repentir », pouvait-on lire en Une de Libero… Dans les pages intérieures, le journaliste Renato Farina écrit que « dans l’industrie du divertissement, le chantage sexuel est une étape courante pour les carrières des femmes ».

Anthony Bourdain, le compagnon d’Asia Argento a d’ailleurs réagi en publiant la photo du journaliste assortie du commentaire « si vous cherchez une bouse fumante haineuse, sexiste, qui blâme les victimes, n’allez pas regarder plus loin que Renato Farina de Libero. »

L’actrice Rose McGowan, elle aussi victime d’Harvey Weinstein, a à son tour appelé les médias italiens à « ne pas être du mauvais côté de l’histoire » : « Si vous avez une âme, battez-vous pour ce qu’il en reste. »

Asia Argento, elle, n’est pas prête à lâcher les armes.