Exposition «Barbara»: La Philharmonie de Paris met en lumière la Dame en noir

MUSIQUE La Philharmonie de Paris retrace, jusqu'au 28 janvier, la vie et l'œuvre de Barbara avec un parcours beau et émouvant, richement illustré...

Fabien Randanne

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A l'exposition «Barbara», à la Philharmonie de Paris, octobre 2017. Lancer le diaporama
A l'exposition «Barbara», à la Philharmonie de Paris, octobre 2017. — F. Randanne - 20 Minutes
  • L’exposition « Barbara » a ouvert à la Philharmonie (Paris 19e) jusqu’au 28 janvier 2018.
  • Comme son titre l’indique, elle est consacrée à l’artiste, décédée le 24 novembre 1997, à l’âge de 67 ans.
  • L’exposition s’articule autour des temps forts de la vie et de la carrière de l’artiste et donne à voir aussi bien des manuscrits des chansons écrites par l’artiste que ses effets personnels.
  • Evidemment, de nombreux extraits sonores et vidéo sont au rendez-vous.

« Barbara vous prend par la main et sera avec vous tout au long du parcours », assure Clémentine Deroudille, la commissaire de l’exposition de la Philharmonie de Paris consacrée à la chanteuse disparue il y a vingt ans. L’œuvre et la vie de l’artiste sont retracées avec sa voix, qui résonne dans les haut-parleurs, ses mots couchés sur le papier et ses effets personnels, vestiges d’une intimité gardée précieusement. Un bel et émouvant hommage à la hauteur du talent et de la personnalité de la « Dame en noir » qui a tant marqué la chanson française. Petit aperçu de ce qui attend les visiteurs…

« La guerre nous avait jetés là,
d’autres furent moins heureux je crois,
au temps joli de leur enfance. »
Mon enfance

Quand Barbara n’était pas encore Barbara, elle s’appelait Monique Serf. Née en juin 1930 dans le 17e arrondissement de Paris, elle aspire à devenir une « pianiste chantante ». Ses jeunes années n’ont rien d’idylliques. Quand il n’est pas poursuivi par les huissiers, son père est sur le front de la Seconde guerre mondiale. La petite Monique, elle, est ballottée sur les routes de France, de Marseille à Poitiers, de Tarbes à Saint-Marcellin, « cette ville au loin, perdue » où elle vivra entre 1943 et 1945 et qui lui inspirera des années plus tard, la chanson Mon enfance. La première salle de l’exposition reconstitue la chronologie des déménagements successifs et montre des photos personnelles où Monique apparaît en écolière ou déguisée en bergère. Autant d’images où l’insouciance n’était qu’une apparence.

Des photos de Barbara, au début de sa carrière, présentées dans l'exposition à la Philharmonie de Paris.
Des photos de Barbara, au début de sa carrière, présentées dans l'exposition à la Philharmonie de Paris. - F. Randanne - 20 Minutes

« Ce fut, un soir, en septembre,
vous étiez venus m´attendre.
Ici même, vous en souvenez-vous ? »
Ma plus belle histoire d’amour, c’est vous

C’est sur de petites scènes à Bruxelles (Belgique) que Barbara commence sa carrière, influencée notamment par les chanteuses réalistes comme Fréhel, Yvonne George ou Berthe Silva. Mais c’est dans le petit cabaret parisien L’Ecluse qu’elle est véritablement repérée. En juillet 1958, le journal Music-Hall la décrit ainsi : « Un personnage insolite. Grande, élancée, un visage coupé au couteau entouré de courts cheveux noirs, elle paraît vouloir mater un public qui ne demande qu’à se laisser séduire. » Une icône est née.

A l'exposition «Barbara», à la Philharmonie de Paris, octobre 2017.
A l'exposition «Barbara», à la Philharmonie de Paris, octobre 2017. - F. Randanne - 20 Minutes

Elle ne tardera pas à investir, au fil des décennies, des scènes plus grandes et prestigieuses, comme L’Olympia à Paris ou le Metropolitan Opera de New York. Parmi les concerts de légende l’exposition replonge dans ceux donnés sous le chapiteau de Pantin (à l’emplacement même où se dresse désormais la Philharmonie de Paris) en 1981, le spectacle musical Lily Passion pour lequel elle a partagé la scène avec Gérard Depardieu ou ses incursions au Japon où son aura reste vive aujourd’hui comme en témoignent les récentes reprises nippones de Göttingen ou Mourir pour mourir. Le public l’aura véritablement boudée une seule fois, en 1970, lorsque sa pièce Madame, jouée au Théâtre Mogador, fut un fiasco.

« Si mi la ré si mi la ré si sol do fa,
Si mi la ré si mi la ré si sol do fa »
Une petite cantate

Barbara, ce sont des mots ciselés que sa voix transformait en dentelle. Des sonorités qui se déclinaient en grave et en aigus, sur des rythmes lancinants quand ils ne battaient pas la chamade.

Le manuscrit de la chanson «Nantes» de Barbara.
Le manuscrit de la chanson «Nantes» de Barbara. - F. Randanne - 20 Minutes

Nantes, L’aigle noir, Göttingen… L’exposition recontextualise ces classiques de la chanson française et donne à voir les manuscrits sur lesquelles les chansons prennent vie en pleins et en déliés, parfois tachetés de ratures ou ornés de dessins. Mais on nous rappelle aussi que l’auteure et interprète détestait qu’on la qualifie de poète. « Cela m’énerve (…) je fais des petits zinzins, comme cela, qui me vont, comme une autre ferait une robe. Moi, je ne sais pas coudre. »

« Partout, elle me fait escorte et elle me suit, pas à pas.
Elle m’attend devant ma porte. Elle est revenue, elle est là… »
La Solitude

A plusieurs reprises à travers les extraits sonores ou les cartels essaimés dans l’exposition, Barbara compare son rapport à la musique à une entrée dans les ordres, comme si elle avait « pris le voile ». Sans pour autant vivre complètement recluse, la chanteuse limitait ses apparitions médiatiques, donnait des interviews au compte-gouttes – Denise Glaser a tout de même pu l’inviter treize fois dans Discorama – et préservait son intimité.

Un piano de la chanteuse à l'exposition «Barbara» à la Philharmonie de Paris
Un piano de la chanteuse à l'exposition «Barbara» à la Philharmonie de Paris - F. Randanne - 20 Minutes

En 1973, elle s’installe dans une maison à Précy-sur-Marne (Seine-et-Marne), qui deviendra son cocon, où elle créera et vivra jusqu’à la fin de sa vie. Une mise au vert que la scénographie de l’expo magnifie, en faisant apparaître dans un environnement champêtre stylisé plusieurs de ses effets personnels, à commencer par l’un de ses pianos. Dans un recoin, la voix de Barbara s’échappe d’un répondeur : ce n’est plus l’artiste que l’on entend, mais la femme, enjouée de contacter un ami et de lui faire un petit topo.

« A mourir d’aimer, ils sont morts d’amour, d’Amour Sidanné »
Sid’Amour à mort

On a tendance à l’ignorer ou à l’oublier, mais Barbara était une femme d’engagements. Sur un plan politique, elle a soutenu, avec Jacques Higelin, la candidature de François Mitterrand à sa réélection, en 1988. A la fin des années 1980, elle visite des prisons, où elle chante devant les détenus. Elle rejoint aussi à sa manière le combat contre le sida, elle échange avec l’association Act’Up et écrit Sid’Amour à mort ».

Courrier adressé par Barbara à Line Renaud.
Courrier adressé par Barbara à Line Renaud. - F. Randanne - 20 Minutes

Une dizaine d’années plus tard, elle signera la chanson Le Couloir, inspirée de ses rencontres avec des malades qu’elle allait très régulièrement visiter à l’hôpital. Ces actions menées dans une grande discrétion, sont ici mises en pleine lumière. A l’image de l’exposition qui braque avec tendresse les projecteurs sur une une artiste qui s’épanouissait dans le clair obscur.

Infos pratiques

Exposition Barbara, à la Philharmonie, 221 avenue Jean-Jaurès, Paris 19e, Métro Porte de Pantin. Du mardi au jeudi, de 12h à 18h ; le vendredi de 12h à 20h et les samedis et dimanches de 10h à 20h. Tarifs de 6 à 11 euros, gratuit pour les moins de 6 ans et les personnes handicapées et leurs accompagnateurs.