Sébastien Tellier, personnage débridé de la pop française

Boris Bastide et Solène L'henoret

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Sébastien Tellier
Sébastien Tellier — (c)Marie_de_Crecy

La nouvelle facette d’un univers iconoclaste. Sébastien Tellier s’est essayé avec son nouvel album «Sexuality» à mettre en musique, sexe, séduction et désir. Comme arrivé à l'âge adulte après l'exploration de l'enfance et de la famille dans «L’Incroyable Vérité» (2001) et du désordre adolescent, rebelle et utopiste dans «Politics» (2004). Sons moites, mélodies langoureuses, soupirs d'orgasmes féminins... Le chanteur-compositeur français redonne corps au terrain de jeu du Serge Gainsbourg du début des années 1970, aidé à la production par Guy-Manuel Homem Christo moitié des Daft Punk. Le 26 février, l’artiste pop bloguera toute la journée et répondra à vos questions, à l’occasion de la sortie de ce nouvel opus, précédé du single «Sexual Sportswear».



C'est en 1999 que Sébastien Tellier est remarqué pour la première fois sur la compilation «Source Rocks» du label du groupe Air avec «Fantino». Construit en partie comme une longue plage instrumentale mélancolique, le titre préfigure le style lyrique et cinématographique du compositeur. Le morceau est d'ailleurs utilisé par Sofia Coppola dans «Lost in Translation» en 2003. Tout comme «La Ritournelle» - également réarrangé pour une publicité l'Oréal - est au générique de fin de «Narco», en 2004, et «Universe» accompagne le voyage désertique des Daft Punk dans leur film «Electroma» (2006).



Sebastien Tellier (live) - Fantino
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Sebastien Tellier - Universe
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En 2001, Sébastien Tellier sort son premier format long, «L’Incroyable Vérité» (2001), et affine son écriture. Composé pour une bonne partie de longues plages sans paroles, l’album se joue d’une instrumentation variée (piano, synthétiseur, guitare électrique, cordes et cuivres…) au service de mélodies tristes et intemporelles. Le chanteur évoque ce disque comme celui de l’exploration de ses racines. On s’y retrouve en terrain familier avec les trilogies du chien et de la femme. L'imposant barbu cherche à traduire la vie des gens normaux par le biais d’une musique universelle. «L’Incroyable Vérité» peut ainsi s’écouter comme la bande-son d’un foyer tourmenté par la violence et le spleen dans un cadre pastoral.



Nouvel album, nouveau concept. Avec «Politics» (2004), Sébastien Tellier renonce à l’unité de style de son premier essai pour une thématique mondialiste. Le chanteur français embrasse toutes les sonorités du globe, alternant les langues et les genres, de la pop enjouée de «League Chicanos» à la soul mellow de «Wonderafrika», du classicisme du court instrumental «Slow Lynch» à l’électro bruitiste de «La Tuerie». Ce second album offre surtout au compositeur son premier tube avec «La Ritournelle», sept minutes trente d’un entêtant motif répétitif au piano débouchant sur une déclaration d’amour. Le titre s’est imposé comme un must de ses concerts.






LEAGUE CHICANOS virgin
envoyé par CRS1

L’univers bariolé de «Politics» permet à Sébastien Tellier d’exprimer à plein sa personnalité facétieuse. Le sens de la dérision qui pointait à la marge dans «L’Incroyable Vérité» («Oh malheur chez O Maley») donne pleinement son sens à un disque débridé, pied de nez politique («Ketchup Vs genocide») plus que véritable discours engagé. Ainsi, pour assurer la promotion du disque, le chanteur tourne de courtes vidéos très drôles où il se présente comme un politicien haranguant son auditoire.






Ce goût du potache ne l’empêche pas, dans un versant plus sérieux de sa personnalité, de frayer avec le milieu de l’art contemporain. Ainsi lors de la Nuit blanche 2006 à Paris, il joue de nouvelles compositions en accompagnement de la sculpture mobile de Xavier Veilhan.




En 2006, Sébastien Tellier sort «Sessions», un disque dédié «aux couples solitaires, ceux qui aiment danser au son du désespoir» dans lequel il reprend des titres de ses deux premiers albums dans des versions épurées. Petite merveille de lyrisme, le disque confirme pour ceux qui en doutaient encore la maîtrise de la mélodie dont fait preuve le Français. Celui-ci reprend au passage «La Dolce Vita» du chanteur Christophe. Et pousse loin cette sentimentalité frontale que l’on retrouve aujourd’hui en clôture de son nouvel album avec «L’amour et la violence». Un titre dont le lyrisme tourmenté tranche avec l’apaisement épanoui, servi par une production lorgnant vers l'électro et le R’n’B, du reste de «Sexuality».