VIDEO. «Capitaine Marleau»: Corinne Masiero, une star pas comme les autres

PORTRAIT La comédienne, qui incarne l'héroïne de la série phénomène de France 3, mène une carrière sous le signe de l'engagement sous toutes ses formes, en allant aussi bien dans le registre comique que dramatique...

Fabien Randanne

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L'actrice Corinne Masiero, en 2014.
L'actrice Corinne Masiero, en 2014. — LAMACHERE/SIPA
  • Corinne Masiero, 53 ans, incarne le rôle-titre de « Capitaine Marleau », la série avec laquelle France 3 réalise des scores d’audiences impressionnants.
  • Corinne Masiero est très attachée à son Nord natal, où elle vit toujours, et n’a jamais cédé aux sirènes du « show-biz »…
  • L’actrice s’engage via les rôles qu’elle incarne, mais s’est également exprimée ouvertement sur le plan politique.

La chapka enfoncée sur la tête, la démarche dégingandé et du ch’ti dans la voix… Capitaine Marleau est l’arme de séduction massive de France 3. L’héroïne de la série imaginée par Josée Dayan assure des audiences canons. Mardi dernier, 6,8 millions de téléspectateurs étaient au rendez-vous, un score que la chaîne n’enregistre pas tous les jours (ça faisait d’ailleurs six ans que ça ne s’était pas produit). L’épisode de ce mardi soir confirmera sans doute la dimension phénoménale de cette fiction dont le succès doit beaucoup à l’interprète du rôle-titre, Corinne Masiero.

Avec ce rôle de gendarme, l’actrice de 53 ans a enfin conquis le cœur du grand public qui la reconnaît dans la rue et l’assaille de demandes d’autographes et de photos. Elle n’en prendra pas la grosse tête pour autant, car Corinne Masiero, toute vedette soit-elle aux yeux du grand public, n’est pas près de céder aux sirènes du star-system.

« Ma tête ne revenait pas au cerbère de l'entrée »

« J’aime bien les paillettes de temps en temps. Ce qui me gonfle, c’est le côté fermé du festival de Cannes », déclarait-elle à 20 Minutes qui l’interviewait sur la Croisette il y a deux ans. D’ailleurs, lorsqu’elle s’était rendue, en 2012, à la fête organisée après la projection de De rouille et d’os, alors en lice pour la Palme d’or, elle avait dû rebrousser chemin : « Ma tête ne revenait pas au cerbère de l’entrée. »

Quand certains lui claquent la porte au nez, elle, mise sur l’ouverture aux autres. En ce moment, elle cherche un terrain « au sud de la Loire pour faire un écolieu », comme elle l’a confié au Parisien. « J’ai ce projet depuis dix ans : prendre soin des potes qui n’ont pas les mêmes cachets que moi, vivre ensemble, pouvoir s’aider en cas de besoin (…), faire de l’éducation populaire autour des arts (…). Cela donnera du sens à nos vies. »

Corinne Masiero sait où elle veut aller car elle n’oublie pas d’où elle vient. En l’occurrence, du Nord, qu’elle n’a jamais quitté. Née à Douai, elle vit aujourd’hui à Roubaix. « Fille de prolos des deux côtés », selon ses mots cités par Gala, elle a d’abord eu une adolescence débordante de colère qu’elle ignorait comment canaliser. « J’avais l’impression que les gens qui se camaient étaient les vrais révoltés, qu’ils allaient contre la société », avance-t-elle à l’hebdomadaire. Alors elle s’est droguée. « Je voulais tout détruire et j’y suis arrivée. Pendant une dizaine d’années. Jusqu’au moment j’ai où j’ai compris que les camés étaient des beaufs comme les autres, ils n’avaient rien à dire, sauf parler de came. »

Des rôles en engagés

La culture comme une bouée de sauvetage, c’est un cliché. Or, dans le cas de Corinne Masiero, il se confirme. A 28 ans, elle rejoint une troupe de théâtre et décroche des rôles au cinéma. Germinal en 1993, La vie rêvée des anges en 1998. Mais il faudra attendre Louise Wimmer, en 2012, pour que son nom figure en haut de l’affiche. Dans le rôle-titre de ce drame signé Cyril Mennegun, une quadra cabossée par la vie qui tente de ne pas perdre pied après une séparation douloureuse, elle impressionne. L’année suivante, le long-métrage reçoit le César du meilleur premier film et Corinne Masiero doit se contenter d’une nomination – le trophée est décerné à Emmanuelle Riva pour Amour -, mais figurer dans la shortlist est déjà une victoire en soi.

Depuis, elle apparaît régulièrement sur grand écran, dans des comédies populaires (Les Reines du ring) ou des œuvres moins grand public (L’Hermine, Carole Matthieu, etc.). La plupart des personnages qu’elle incarne disent quelque chose de la société, sont liés de près ou de loin à la notion d’engagement.

Dans Discount, elle est une caissière dans le hard-discount qui récupère les invendus comestibles destinés à la poubelle pour les revendre dans un commerce parallèle – le film a d’ailleurs joué un rôle dans la loi contre le gaspillage alimentaire. On la croise dans La marche, qui retraçait la marche contre le racisme de 1983 tout en faisant écho à la France de 2013, Bientôt, elle sera Françoise dans La Consolation, adaptation du livre témoignage de Flavie Flament sur les viols dont elle a été victime. « Il faut faire la place à ce genre de films », déclarait-elle en marge d’une projection.

Politique

Alors qu’en France, les artistes ont dû mal à s’engager politiquement, elle, n’hésite pas. Ce printemps, elle a ouvertement soutenu la candidature de François Ruffin aux législatives. Aux municipales de 2014 ; elle figurait sur la liste Front de gauche de Roubaix. Et, déjà en 2003, elle rejoignait la Coordination des intermittents et précaires du Nord-Pas-de-Calais, dans la section… « bourrins ».

Capitaine Marleau pourrait d'ailleurs être qualifié de personnage « bourrin », dans le sens brut, authentique, qui ne s’embarrasse pas de minauderies. Une gendarme qui n’a rien d’une égérie L’Oréal et que Corinne Masiero défend bec et ongles : « Pourquoi une gonzesse devrait être glamour ?, s’agaçait-elle en avril sur RTL. C’est encore une fois un truc qu’on colle, comme ça. Une espèce de truc d’ambiance machiste. (…) Marleau, c’est pas ça. » Masiero non plus, c’est pas ça. Et c’est sans doute ce qui explique qu’elle plaît tant au public : au papier glacé, elle préféra toujours la chaleur humaine.