Roman ado: «Tortues à l’infini» de John Green ou l'art d'attirer les étoiles contraires

KIDS « Tortues à l’infini » sort ce mardi en librairie et « 20 Minutes » vous explique pourquoi le nouveau roman pour ados de John Green a de faux airs de futur best-seller…

Stéphane Leblanc
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John Green dans les bras de l'actrice Shailene Woodley pour la remise du prix du film de l'année attribué à Nos Etoiles contraires aux MTV Awards 2015.
John Green dans les bras de l'actrice Shailene Woodley pour la remise du prix du film de l'année attribué à Nos Etoiles contraires aux MTV Awards 2015. — Matt Sayles/AP/SIPA

Mais comment fait-il ? Quelle est sa marque de fabrique ? John Green, auteur du génial Nos étoiles contraires (Nathan) qui a passionné 23 millions de lecteurs à travers le monde avec son histoire d’adolescents en phase terminale de cancer, revient ce mardi en librairie avec un nouveau roman : Tortues à l’infini (Gallimard Jeunesse), une histoire d’amitié entre deux filles et un garçon, lycéens américains d’aujourd’hui.

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Le titre, mystérieux, fait référence à la cosmogonie hindoue selon laquelle la Terre repose en équilibre sur une immense carapace de tortue…

Une histoire personnelle

L’essentiel n’est pas tant de savoir lequel des deux romans, Nos étoiles contraires ou Tortues à l’infini, est le plus réussi : les deux sont différents et revendiquent leur unicité au contraire des préquelles ou des suites qui s’inscrivent dans le cadre de sagas comme Le Seigneur des anneaux, Harry Potter ou Hunger Games.

Tortues à l’infini est un livre singulier, ce qui explique pourquoi John Green a mis tant de temps (cinq ans et demi) pour l’écrire. Pour autant, il est sans doute moins spectaculaire, moins dramatique aussi, même si on retrouve beaucoup des ingrédients qui ont fait le succès de Nos étoiles contraires et des premiers romans de John Green : l’amitié entre lycéens, la naissance du sentiment amoureux, la quête d’identité, la résilience, l’ouverture aux autres et l’idée que les personnages auront parcouru du chemin entre la première et la dernière ligne.

Sans rien dévoiler de l’intrigue, on confiera qu’il y a, bien sûr, une maladie, une légère psychose en fait, et quelques accidents sans lesquels on ne serait pas dans un roman de John Green.

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Ce qui fait l’originalité de Tortues à l’infini, c’est que le trouble dont souffre son héroïne -une phobie des microbes, pour l’expliquer simplement- a longtemps affecté l’auteur lui-même, sans qu’il n’ose jamais l’évoquer jusqu’alors. C’est aussi une histoire qui se déroule à Indianapolis, la ville où John Green a vu le jour le 24 août 1977.

Je soutiens qu’il n’est pas irrationnel de s’inquiéter d’être le refuge d’une colonie de bactéries. » (Aza dans « Tortues à l’infini »)

 

Des mots justes

Aza, Daisy sa meilleure amie qui écrit des fan-fictions sur les amours imaginaires de Rey et de Chewbacca dans Star Wars, et Davis, un ancien camarade de colonie de vacances issu d’une famille richissime, mais dont le père a mystérieusement disparu, sont des personnages sans qualités particulières, mais sans vrais défauts non plus, dont les réactions trouvent toujours une justification, ce qui finit par les rendre attachants.

Certes, l’histoire d’amitié entre ces trois-là est plus ordinaire et moins spectaculaire que l’histoire « à l’amour, à la mort » des héros de Nos étoiles contraires. Il n’empêche. Elle est tout aussi sincère, remarquablement écrite et touchera de la même manière. En plein cœur.

Nous regardions le même ciel ensemble - ce qui est sans doute plus intime que de croiser le regard de l’autre. tout le monde peut vous regarder. Il est plutôt rare de trouver quelqu’un qui voit le monde tel que vous le voyez. » (Aza dans « Tortues à l’infini »)

 

Des héros ordinaires…

Ces héros ont beau être ordinaires, leur vie ne l’est pas tant que ça, et c’est ce qui rend le roman intéressant. Surtout, John Green prend soin d’éviter les clichés. Ils ne sont sans doute pas très à l’aise dans leur peau, mais ce ne sont pas des loseurs, il ne subissent pas de pression sociale particulière, aucun harcèlement d’aucune sorte ; l’adolescence chez eux rime avec sensibilité et quête de liberté, des sentiments universels ; pas avec trivialité, rivalité ou ambiguïté... Leurs obsessions et préoccupations ne sont pas (que) sexuelles. Plutôt romantiques chez Daisy, plus hygiéniques dans le cas d’Aza qui parle ainsi de ses retrouvailles avec son ancien camarade de colo, Davis.

J’ai hésité à l’embrasser et il a semblé ressentir le même embarras. Finalement, on ne s’est pas touchés, ce qui, en toute honnêteté, est ma façon de dire bonjour préféré. » (Aza dans « Tortues à l’infini »)

 

Une enquête salutaire

Le style est simple et direct, l’écriture efficace, agréable, prenante. Comme son héroïne, John Green est assez prude dans son évocation des sentiments, ce qui lui vaut parfois quelques commentaires désobligeants. Mais ses fans s'en accommodent très bien. Ils aiment ces personnages tout en chair et en émotions, à moitié orphelins dans le cas présent, parfois dans le besoin, parfois non, où même le gosse de riche est séduisant car il est cultivé et attentionné.

A travers une enquête d’abord introspective, pleine de noeuds maniaco-dépressifs à déméler, l’intrigue vire policière avec la disparition mystérieuse du père de Davis, et se révélera salutaire in fine, avec des personnages qui auront grandi et mûri en entammant leur ascension vers l’âge adulte. Les plus jeunes lecteurs (à partir de 11 ans) rêveront de leur ressembler un jour. Et ceux qui ont leur âge ou qui sont plus âgés s’identifieront sans peine, car on repose tous en équilibre plus ou moins stable sur des tortues à l’infini.