Lomepal ne fait pas du rap, parce que «le rap c’est sportif, pas artistique»

MUSIQUE Après un premier album remarqué, « Flip », l’artiste parisien va débuter sa première « vraie » tournée…

Maria Aït Ouariane

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Lomepal a annoncé de nouvelles dates de tournées jusqu'à l'été 2018
Lomepal a annoncé de nouvelles dates de tournées jusqu'à l'été 2018 — Reagular

Avec son rap subtil et son identité visuelle transgenre, Lomepal, c’est le musicien qui excite les bobos depuis quelques mois. Mais pas seulement. Ses vidéos cumulent des millions de vues et ses titres ont dépassé les 40 millions de streams. Sa tournée d’automne, FlipTour, affiche déjà complet, et  de nouvelles dates ont été annoncées pour le printemps prochain, dont un Olympia le 4 Octobre 2018.

Quand on le rencontre, Antoine Valentinelli, alias Lomepal depuis 2011, mange son poulet frit. « Ça va ? Tu pourras retranscrire même si j’ai la bouche pleine ? », s’excuse-t-il. Un peu. On pourrait en tirer une métaphore sur le rappeur qui croque le succès à pleines dents mais il se foutrait sans doute de nous. A 25 ans, le jeune homme est taquin.

La maîtrise du Ollie

A une question introspective, il esquive : « Je me pose pas mal la question… Je n’arrive pas vraiment à répondre à cette question. » A une demande de précision biographique sur ses débuts dans la musique, il se marre : « Oh je ne faisais pas de musique à l’époque. J’ai commencé la musique avant-hier. » Quand on lui cite la vision des Inrocks de son travail : « Hymne à l’Hédonisme triste… ça veut dire quoi ? »

Alors que débute vendredi sa nouvelle tournée, Lomepal vient d’achever une tournée des skate shops de France. « C’était hyper sauvage mais c’est ça qui était cool. On sortait les enceintes dans la rue nous-même. Y’avait une super ambiance et vachement de monde, c’était trop cool. Et puis tout était filmé, on voulait tout le temps faire les cons pour montrer des trucs drôles. »

Pour lui, le skate est bien plus qu’un passe-temps. Quand il se met à nous raconter une de ces blessures mémorables, ses yeux s’illuminent et c’est comme s’il se mettait à slammer « Un jour je skatais à Cosanostra à Chelles. C’est surement le meilleur skatepark de Paris parce que c’est le plus vieux et celui qui a le plus d’histoire. Y a des journées comme ça où t’as un bon feeling et j’ai fait des trucs vachement dur que je ne faisais pas d’habitude... Y a un grand rail qu’on appelle la Canne à Sucre, qui est vachement dangereux, j’ai skater ce truc-là et j’ai fait plein de trix dessus. Mais quand on a commencé à filmer, j’y arrivais plus. J’étais fatigué, il était tard, je me suis acharné dessus, et c’est le pire truc à faire... Et à un moment je ne vais pas assez vite, mon corps est fatigué, et... j’ai fait tout le rail en tombant. Mon poignet s’est déplacé. Ça faisait un S. C’était un enfer après, opération le soir même. »

Cette pratique intense du skate lui a donc valu pas mal de fractures et… une culture musicale élargie, qui va de Janis Joplin à Superpoze. « J’ai connu plein de styles de musique avec les vidéos de skate que je regardais à partir de 10 ans. Du coup, y a plein d’artistes dont je ne connais qu’un morceau mais qui du coup rendent ma culture vachement large. »

Flip est « plus artistique que sportif et pour moi le rap c’est sportif »

D’ailleurs, lui-même ne se définit pas comme rappeur. Il renie le titre Bien que j’lutte dans son EP 20 Mesures où il chantait « J’lache ce vent de nouveauté pour porter un vrai message prenant (…) C’est juste qu’il n’y a plus de rap vrai »

« Je me déteste d’avoir dit des trucs comme ça. Vraiment. Parce qu’en vrai, il n’y a pas de rap vrai, ni de légitimité à faire du rap. Avec Flip, je n’ai pas fait un album de rap. J’essaye de faire ma musique : un truc qui soit différent du reste. C’est plus artistique que sportif et pour moi le rap c’est sportif. »

Skate, romantisme et « truc un peu mongol »

Difficile à saisir, sauf pour ses fans qui adhèrent sans effort à son univers, Lomepal retient trois titres de son album pour présenter son style : « Il y a Bryan Horman parce qu’il explique bien ma passion du skate. Il y a aussi Yeux Disent pour tout le côté féminin et romantique. Et puis, dans l’album, il y a aussi le truc un peu mongol, un peu agressif, genre Pommade ou Billet. »

Un alliage de genres qui lui a valu pas mal d’insomnies. « Cet album, je n’arrivais pas à le faire comme je voulais. J’ai mis deux ans à vraiment réussir à comprendre qu’est ce que j’allais raconter. C’était trop dur y a des moments où j’ai vraiment perdu espoir. J’ai eu de la chance. »

Déjà tourné vers la suite, Lomepal repart avec son fidèle compagnon : son skate. Direction le tournage du clip de Bryan Herman. L’homme pâle glisse tranquillement pour se faire une place au soleil avec une dernière vanne : « C’était pour 20 Minutes c’est ça ? C’est cool, Je lisais ce journal quand j’allais à l’école quand j’étais petit… C’était gratuit. »