Un concert d'un seule et même note jouée pendant dix heures... Vous avez une nuit pour comprendre ce qu'est la musique minimaliste

MUSIQUE A l'occasion de Nuit Blanche, la Philharmonie de Paris propose au public de prendre le temps de découvrir toutes sortes de musiques...

Claire Barrois

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Il y a un an, pour la première Nuit Blanche, le public en train d'écouter le pianiste Nicolas Horvath dans la Grande salle Pierre Boulez, de 19h à 7h.
Il y a un an, pour la première Nuit Blanche, le public en train d'écouter le pianiste Nicolas Horvath dans la Grande salle Pierre Boulez, de 19h à 7h. — Julien Mignot / Philharmonie
  • A l’occasion de Nuit Blanche, qui a lieu du 7 au 8 octobre à Paris, la Philharmonie de Paris propose au public de s’approprier gratuitement ses espaces tout au long de la nuit.
  • Les performances musicales explorent le concept de minimalisme.
  • Pour les programmateurs de cette nuit minimaliste, Nuit Blanche est le moment idéal pour se laisser entraîner dans la simplicité…

Passer la nuit à écouter des musiciens s’accorder ? C’est, si on y met (beaucoup) de mauvaise foi, la proposition que nous fait la Philharmonie de Paris à l’occasion de Nuit Blanche, avec la Nuit en La : « un unisson sonore ininterrompu sur la note la pendant dix heures »… La performance est l’une des propositions de la Nuit minimaliste qui animeront l’intégralité des espaces du bâtiment, samedi 7 octobre de 20 heures à 6h30. Ce sera aussi l’occasion de visiter gratuitement le musée de la Musique à la bougie ou d’observer les moindres recoins de la grande salle dessinée par Jean Nouvel.

Si la possibilité de découvrir gratuitement la Philharmonie devrait attirer de nombreux curieux, leurs réactions face à la programmation promettent d’être… contrastées.

Laisser le temps à la musique

Pleine lune et temps suspendu autour de la découverte de l’art contemporain, Nuit Blanche 2017 est le moment idéal pour se lancer à la découverte de la musique minimaliste d’après Emmanuel Hondré, le directeur des concerts et spectacles de la Philharmonie : « Le minimalisme, c’est un peu tout le temps pareil, mais bizarrement, avoir le temps d’amplifier ce qui est répétitif, ça le rend plus fort. Il faut que le très peu soit très riche, captivant pour fonctionner. » Et avec dix heures de concert en perspective, les spectateurs de la Nuit minimaliste auont bien le temps de s’y plonger.

En ce qui concerne la Nuit en La, le concept serait faussement « minimaliste » : jouée par neuf musiciens la note la s’avère pleine de subtilités. « Chaque la a son propre timbre, sa dynamique, son souffle. Ça le rend instable, fluctuant, même si la note est constante, estime Gaspar Claus, le violoncelliste du trio Vacarme, à l’origine de cette proposition. Le la se déplace, est en métamorphose permanente. Le public est invité à déambuler et sa propre position changera également sa perception de la musique. »

Nuances, timbres, dynamiques de jeu, et même « battements », une variation de fréquence qui entraîne une vibration naturelle de la note… Les possibilités autour du la sont nombreuses. « Le public sera sûrement un peu en transe, estime Gaspar Claus. Du côté des musiciens, on sera à l’écoute de nos énergies. » Energies préservées grâce à une ostéopathe qui interviendra pendant les pauses des musiciens (dix heures, c’est long !).

La liberté, autre atout de la nuit

Outre la performance, jouer dix heures de suite permet aux musiciens de se lancer dans une autre manière de jouer. « Le temps presque illimité est une forme de liberté pour l’artiste et le public la ressent, estime Emmanuel Hondré. On peut entrer et sortir, rester un quart d’heure comme huit heures. Le temps est suspendu, la musique accompagne une temporalité intérieure qui n’a rien à voir avec le temps qui s’écoule en dehors de la salle de concert. »

Et pour continuer à voyager dans le temps, on peut également assister à la performance d’Arandel, qui a été chargé par le musée de la Musique de jouer une demi-heure en utilisant les enregistrements des instruments du musée, à l’occasion de son vingtième anniversaire. « On a isolé les morceaux qui nous plaisaient, ensuite on les a assemblés, explique Arandel. Le résultat est très éclectique, enfin pour ce qu’on imagine, parce qu’à quelques heures de Nuit Blanche, on est loin de savoir vraiment ce qu’on va faire… » Si le public est lui aussi perdu, il lui restera toujours la visite du musée à la bougie.