«J’aime lire» a 40 ans: Huit conseils pour donner le goût de la lecture aux enfants

KIDS A l’occasion des 40 ans de «J’aime lire» et de l'entrée dans la lecture de milliers de nouveaux écoliers, voici quelques conseils simples à usage des parents…

Caroline Delabroy

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Un enfant lit un livre au Salon de la littérature jeunesse de Montreuil, en 2014.
Un enfant lit un livre au Salon de la littérature jeunesse de Montreuil, en 2014. — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Le vent de larentrée passée, vient l’heure des premières injonctions de lecture. C’est LE grand classique que l’on commence à étudier en classe, la fiche de lecture qu’il va falloir rendre après la Toussaint, la bonne résolution de l’été que l’on essaie de tenir pour limiter les écrans. C’est aussi les premiers - ou énièmes - conseils donnés aux parents d’élèves sur le mode : faites lire vos enfants ! Oui, mais comment faire lorsque le morveux lance en retour un tonitruant « J’aime pas lire ! ».

Dans son très bon numéro de rentrée, la Revue des livres pour enfants s’est amusée à décortiquer tous les sens de cette phrase. Cela va de « J’aime pas lire pour l’école » à « J’aime pas lire parce que c’est trop dur », en passant par « J’aime pas lire… parce que c’est un truc de filles ». « C’est une question qui concerne beaucoup de gens, qui est entourée de beaucoup d’a priori », relève Marie Lallouet, rédactrice en chef de la revue et auteur d’un livre sur le sujet.

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« C’est assez rare qu’un enfant n’aime rien lire du tout, poursuit-elle. Très souvent il y a discordance entre ce qu’un enfant lit ou aime lire, et ce que les parents ou les enseignants aimeraient qu’ils lisent. » « Il faut faire confiance aux enfants », abonde Delphine Saulière, rédactrice en chef du fameux magazine J’aime lire, qui fête cette année ses 40 ans. Toutes deux reconnaissent toutefois le rôle fondamental des parents dans l’éducation au goût de lire. Avec leur aide, voici quelques conseils pratiques à leur usage.

Conseil n°1 : Dé-cul-pa-bi-lisez !

Aux grands maux, les grandes inquiétudes : « Si mon enfant ne lit pas, il sera mauvais en classe, etc. » Primo, « le lien n’est pas si simple », rappelle Marie Lallouet. Tout le monde connaît des gens brillants qui n’ouvrent jamais un livre, et inversement. Secundo, « on n’est pas obligé d’adorer lire, certains enfants ont d’abord besoin d’être dans l’action et la construction », observe Delphine Saulière. Donc, on laisse tomber les discours culpabilisants qui ne font qu’ajouter de la pression à la pression. Et on ouvre alors le champ des possibles.

Conseil n°2 : Donnez rendez-vous à la lecture

« La lecture c’est comme le vélo, cela avance si on en fait souvent, assure Delphine Saulière. Et moins on est intimidé, plus on découvre le plaisir de se laisser emporter par une histoire ». En ce sens, l’abonnement à un magazine jeunesse crée un rendez-vous régulier, qui est en outre moins intimidant qu’un livre et offre différentes portes d’entrée. Mais c’est aussi une question d’emploi du temps, en réservant des moments propices à la lecture. On peut aussi se contenter de « s’arrêter vingt minutes à la bibliothèque, entre la piscine et le conservatoire », conseille Delphine Saulière.

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Conseil n°3 : Butinez à l’envi dans les bibliothèques

Trop de parents ont sans doute l’image, un peu écornée, des bibliothèques de leur enfance. Or celles-ci n’ont plus rien d’austères ou repliées sur elles-mêmes. « C’est le premier établissement culturel de proximité, un lieu gratuit et accueillant, où une grande liberté d’action existe à l’intérieur », rappelle Marie Lallouet, qui invite les parents à laisser les enfants piocher dans les bacs et emporter ce qu’ils veulent. Pour Delphine Saulière, le butinage vaut aussi dans les « rayons culture des supermarchés ». « Il faut être capable de céder sur un livre, comme on le fait sur autre chose, cela ne coûte pas forcément cher », dit-elle.

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Conseil n°4 : Laissez-les lire moins grand que leur âge, et inversement

Si à 6 ans, l’enfant lorgne sur un titre pour les tout-petits, inutile de l’en dissuader à coup de : « C’est trop bébé pour toi ». « Cela n’existe pas les livres trop petits, ce n’est pas comme les chaussures, sourit Marie Lallouet. On peut régresser : le nombre d’ados qui lisent des Tom Tom et Nana… » A l’inverse, il ne faut pas prendre peur lorsqu’un enfant va vers des livres plus gros que son âge. « L’une des clés du succès d’ Harry Potter est que tout le monde peut y trouver son compte, même un petit », affirme Delphine Saulière. Les enfants adorent les détails, le vocabulaire, il ne faut pas avoir peur du langage. »

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Conseil n°5 : Lisez à voix haute, à tout âge

« Si la lecture du soir pour les plus petits est entrée dans les usages familiaux, les enfants sont souvent très seuls à partir du moment où ils savent lire », regrette Marie Lallouet. « Prenez le temps de lire à voix haute, c’est extraordinaire toute l’émotion qui passe par la voix », conseille aussi Delphine Saulière, pour qui une lecture à deux voix peut également permettre de passer le cap de lectures difficiles au collège, et même au lycée. Sans compter le plaisir, sans âge, de partager un moment autour d’une histoire et des péripéties d’un personnage.

Conseil n°6 : Pensez au livre audio

Pour les plus récalcitrants, le livre audio représente une piste intéressante. Pour des questions de TVA et droits d’auteur, la France a longtemps été en retard sur le sujet. Mais aujourd’hui, les maisons d’édition proposent de belles productions. « Faire un passage par l’audio peut sauver plus d’un lecteur dans la panade, c’est vraiment une solution quand on a du mal, par exemple, à lire un grand classique, estime Marie Lallouet. Les trajets en voiture peuvent être des moments privilégiés d’écoute. »

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Conseil n°7 : Lisez devant vos enfants

« Faire aimer la lecture aux enfants, c’est aussi lire soi-même et montrer que le livre fait partie de votre vie, qu’il vous fait du bien », poursuit Marie Lallouet. Que l’on lise dans les transports ou une fois les enfants couchés, cela reste invisible aux enfants. Pourquoi ne pas profiter du week-end pour instaurer un moment lecture en famille ? « On peut lire aussi son France-Dimanche, engage Delphine Saulière. L’important est de prendre du temps pour lire à côté de ses enfants. »

Conseil n°8 : N’oubliez pas le verbe aimer dans l’histoire…

Stimuler l’intérêt des enfants, savoir tout proposer, consacrer du temps à la lecture, quel sacerdoce se diront certains ! « Les parents ont un rôle d’éducateur, ce n’est pas toujours facile, reconnaît Marie Lallouet. Ils ne sont toutefois pas seuls dans cette histoire, il y a les instits, les bibliothécaires, les grands-parents et les grands frères et sœurs aussi, il y a du monde dans cette histoire-là. Et le verbe aimer aussi, il ne faut pas l’oublier. »

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