« Le premier héros policier islandais »

Recueilli par Bastien Bonnefous - ©2008 20 minutes

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Arnaldur Indridason

Auteur de « L'Homme du lac » (éditions Métailié).

Ce roman, comme tous les vôtres, traite de disparitions. Pourquoi ?

Je trouve intéressant d'examiner ceux qui restent et la manière dont ils continuent à vivre. Par définition, on ne connaît pas le destin des disparus, en revanche, on connaît celui des proches, souvent plongés dans le malheur.

Les histoires de disparitions sont très importantes en Islande ?

Autrefois, il était très dangereux de voyager dans le pays à cause des conditions météo. Il n'était pas rare que les voyageurs se perdent et meurent de froid. Ce genre d'événements a donné lieu à de grandes histoires populaires de fantômes dans la littérature islandaise.

L'Homme du lac évoque la guerre froide en Islande. Pourquoi ce thème ?

Je suis né en 1961, j'ai grandi pendant la guerre froide, dans la peur du conflit atomique. J'ai aussi été élevé dans les histoires d'espionnage entre l'Ouest et l'Est. J'avais envie d'écrire un roman qui mettrait en scène de prétendus espions communistes islandais. Je suis parti d'un fait réel : on a bien retrouvé en 1973 des appareils d'écoute soviétiques au fond du lac de Kleifarvatn, au nord de Reykjavik.

Qui est le commissaire Erlendur ?

Un jour, j'ai compris que je tenais avec lui le premier héros policier islandais. En islandais, Erlendur veut dire étranger. Il est étranger car non intégré dans sa société. C'est aussi un étranger dans la littérature islandaise.

Comment expliquez-vous le succès du polar nordique ?

Ça tient surtout à ce que j'appelle le réalisme social. Ce polar raconte des histoires de gens de chair et de sang, auxquels les lecteurs peuvent s'identifier. On ne parle pas d'explosions spectaculaires ou de complots mondiaux auxquels personne ne croit, comme le Da Vinci Code. La police de Reykjavik n'est pas armée, donc si Erlendur tirait à tout bout de champ, ce ne serait pas crédible.