«Mother!»: Quatre explications possibles pour ceux qui n'ont rien pigé au film

CINEMA Le nouveau film de Darren Aronofsky divise fortement les spectateurs… qui ne sont pas tous d’accord sur ce que raconte cette histoire riche en symboles et métaphores…

Fabien Randanne
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Javier Bardem et Jennifer Lawrence dans «Mother!».
Javier Bardem et Jennifer Lawrence dans «Mother!». — Paramount Pictures
  • « Mother ! », le nouveau film de Darren Aronofsky est sorti le 13 septembre 2017 en salle.
  • Ce film provoque des réactions très contrastées au sein du public et ouvre à diverses interprétations.

L’article qui suit dévoile des éléments clés de l’intrigue de Mother ! Or, on vous recommande d’en savoir le moins possible avant de le découvrir en salle.

Difficile de rester insensible à Mother ! Le nouveau film de Darren Aronofsky (Requiem for a Dream, Black Swan…), sorti mercredi, suscite des réactions épidermiques. Il y a ceux qui crient au génie, ceux qui hurlent à l’imposture et les autres qui sortent de la salle dans un état second en ne sachant quel camp rejoindre. « Un couple, incarné par Jennifer Lawrence et Javier Bardem, voit sa relation remise en question par l’arrivée d’invités imprévus, perturbant leur tranquillité », se contente d’annoncer le synopsis.

Pas de quoi préparer les spectateurs à ce qui les attend, notamment dans la dernière demi-heure, pleine de bruit et de fureur. Un tumulte riche en symbolisme et en métaphore qui ne manque pas d’interroger sur ce que raconte vraiment ce film. Impossible d’apporter une réponse définitive… mais voici quatre pistes, parmi de nombreuses autres, pour tenter de comprendre le fin mot de l’histoire.

ALERTE SPOILERS

  • Hypothèse numéro 1 : Un film sur l’acte de création

Javier Bardem incarne un écrivain à succès qui a du mal à se lancer dans la rédaction de son prochain livre. Mother ! raconte l’angoisse de la page blanche et la douleur d’un auteur peinant à créer. Il peut se regarder comme un film cerveau, c’est-à-dire un film narrant ce qu’il se passe dans la tête d’un personnage, les décors reflétant ses émotions. Le personnage de Jennifer Lawrence représente l’inspiration, à la fois comme muse et comme allégorie. Quand, lui, se démarque par sa passivité, elle, est dans l’action - c’est elle qui (re) bâtit la maison. Il faudra qu’une relation sexuelle entre eux survienne pour que le déclic se produise et qu’il se lance dans la rédaction fiévreuse de son nouvel ouvrage. L’expression « accoucher d’un livre » investit l’écran pour prendre tout son sens : le bébé naît, le public se l’approprie, la source d’inspiration est tarie et trahie. Pire, cette dernière est vilipendée, lynchée, par une partie de la foule (une métaphore des mauvaises critiques ?) et l’écrivain finit par s’en détourner après lui avoir tout pris. Elle meurt. L’auteur est prêt à reprendre à zéro le processus avec une autre.

 

  • Hypothèse numéro 2 : Un film sur le narcissisme masculin

Parce qu’il brutalise (euphémisme) son héroïne, Mother ! est perçu par certains comme une œuvre misogyne. Or, le film est sans doute bien davantage misandre (hostile aux hommes). Le spectateur fait littéralement corps avec le personnage de Jennifer Lawrence. Quand elle n’est pas braquée sur son visage, la caméra marche dans ses pas ou, subjective, nous donne à voir ce qu’elle voit. On est d’emblée dans l’empathie avec elle alors que son compagnon écrivain n’apparaît guère sympathique : narcissique, égocentrique et jamais vraiment à l’écoute des désirs de celle qui partage sa vie. Il laisse d’ailleurs entrer dans leur demeure des inconnus sans la consulter. Mother ! vire alors au home-invasion (littéralement « violation de domicile »), un sous-genre du cinéma horrifique qui met en scène des personnages dont la maison est attaquée et qui s’activent à repousser les intrus menaçant leur vie. La situation cauchemardesque évolue ici crescendo vers un thriller métaphorique sur l’intimité menacée. « J’ai été surpris à Venise de voir les journalistes se ruer sur Jennifer Lawrence pour lui demander photos et autographes après m’avoir posé des questions sur le rapport de mon héros avec ses admirateurs », confiait récemment Darren Aronofsky à 20 Minutes. Ou quand la réalité donne raison à la fiction.

 

  • Hypothèse numéro 3 : Une métaphore de la religion

La religion parcourt la filmographie de Darren Aronofsky. Son premier long, Pi, mettait en scène un mathématicien parano qui cherchait à décoder un message divin dans les cours de la Bourse. Noé, son dernier avant Mother !, était une adaptation de l’épisode de la Genèse sur le bâtisseur de l’Arche… Bref, le mysticisme, ça le travaille. Mother ! peut ainsi être appréhendé comme une relecture barrée de la Bible. Avec Javier Bardem en Dieu et Jennifer Lawrence en allégorie de la Terre. Ed Harris et Michelle Pfeiffer, premiers intrus à pénétrer dans la maison, seraient les Adam et Eve de service et leurs deux fils évoqueraient Abel et Caïn (fratricide à la clé dans le film). Une fois le livre (la Bible ?) publié, il est célébré par une foule de fans (les fidèles ?), qui lui vouent un culte confinant parfois à l’aveuglement. La fin peut-elle être comparée avec l’Apocalypse ? Darren Aronofsky explique dans le dernier numéro de Cinémateaser que « la religion constitue une grande part de ce que nous sommes. On ne peut qu’en être conscient et y réagir, y répondre » mais déclare aussi : « en aucun cas je ne peux dire que le film prend position sur ce thème. »

  • Hypothèse numéro 4 : Une allégorie de la Nature qui reprend ses droits

C’est l’hypothèse au sujet de laquelle Darren Aronofsky est le plus bavard. Jennifer Lawrence incarnerait la nature - « mother » nature - mise à mal par une humanité indifférente. Le réalisateur explique au magazine britannique Empire que la télévision est saturée d’images ressemblant aux plaies d’Egypte : guerres, famines, pauvreté, terrorisme… « On réalise combien le monde est fragile et dingue. On survit sur le fil du rasoir… » Le personnage de Jennifer Lawrence pourrait donc être cette Terre, que l’homme (le personnage de Bardem, et plus largement tous les intrus de la maison) refuse de considérer et qui est malmenée, saccagée, détruite… jusqu’à ce qu’elle reprenne ses droits en faisant tout sauter.