Journées du patrimoine: «La fierté de leur patrimoine et de leur histoire peut changer la vie des jeunes», estime Françoise Nyssen

INTERVIEW A l’occasion des Journées européennes du patrimoine, la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, a confié à «20 Minutes» sa confiance dans l’engagement des jeunes pour la sauvegarde de leur patrimoine…

Propos recueillis par Claire Barrois et Benjamin Chapon

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La ministre de la Culture, Françoise Nyssen, le 8 septembre à Rennes.
La ministre de la Culture, Françoise Nyssen, le 8 septembre à Rennes. — MATHIEU PATTIER/SIPA

A la veille de ses premières Journées européennes du patrimoine en tant que ministre de la Culture, Françoise Nyssen, qui accueillera, samedi, les visiteurs dans son bureau de la rue de Valois, a répondu aux questions de 20 Minutes.

Que signifie selon vous le succès durable des Journées du patrimoine ?

Il dit l’attachement des Français à leur patrimoine, et à travers celui-ci, à leur culture et à leur Histoire : 12 millions de visiteurs l’an dernier, le chiffre parle de lui-même. Le patrimoine aide à préparer l’avenir : il nourrit la fierté et la confiance de notre société en elle-même. D’où l’importance d’y sensibiliser les jeunes publics. Nous en avons fait le thème de cette édition 2017 : « Jeunesse et patrimoine ». Et je suis confiante sur ce sujet quand je vois le nombre de jeunes qui s’impliquent pour le patrimoine, qui participent à des chantiers pendant les vacances par exemple, qui font de l'archéologie… La fierté de leur patrimoine et de leur histoire peut changer la vie des jeunes.

Le succès des Journées du patrimoine est-il lié à sa gratuité ?

Il est d’abord lié à la dimension collective de l’événement. Les Journées européennes du patrimoine (JEP) sont un grand moment citoyen, un grand moment de cohésion républicaine. 17.000 lieux ouvrent leurs portes, dans toute la France. Beaucoup sont gratuits, en effet, et c’est important pour l’accès de tous à la culture. Ce qui fait le succès des JEP, ce sont aussi les animations. Il y en aura 26.000 cette année ! Cela rend le patrimoine vivant, cela permet aux Français de se le réapproprier en le traversant avec des pratiques culturelles. Les Français sont fiers de leur histoire, de leur patrimoine, et ont envie d’en être partie prenante. C’est chez eux.

Le patrimoine a aussi un coût, lié à l’entretien des monuments… La législation doit-elle évoluer ?

La législation a été largement complétée et modernisée ces dernières années, jusqu’à l’an dernier, par la loi « Liberté, Création, Architecture et Patrimoine » qui simplifie les règles et les procédures de conservation. Je rappelle, qu’en ce qui concerne les monuments historiques, l’Etat demeure le principal financeur des travaux, sur les monuments inscrits ou classés, au côté des propriétaires, des collectivités territoriales, mais aussi des fondations qui font un formidable travail. Récemment, la fondation « Adopte un château » a monté un financement participatif  pour acquérir le château de Paluel en Dordogne. Il y a un élan. Le patrimoine réenchante directement la vie des citoyens, près de chez eux.

Vous découvrez la vie de ministre depuis maintenant quatre mois. Y prenez-vous du plaisir ?

Les journées sont intenses, mais là n’est pas la question. Je suis une passionnée. J’attache beaucoup d’importance à me rendre régulièrement sur le terrain : je me déplace beaucoup, j’ai des moments d’échange et de rencontre avec les acteurs culturels, je vais visiter des lieux. D’ici à la fin de l’année, j’aurai fait le tour de toutes les régions.

L’aspect proprement politique de la fonction ne vous rebute pas ? Avez-vous déjà fait un bilan de ces premiers mois ?

L’action politique est un cheminement, on continue à travailler. Chaque point d’étape compte. C’est tout le temps dans cet esprit-là qu’il faut avancer. « L’espérance fait advenir les raisons d’espérer », disait le philosophe Alain. On poursuit le chemin avec détermination. L’objectif d’une politique culturelle, c’est d’accompagner le pacte républicain : la culture apporte de la fraternité, et une liberté qui amènera à l’égalité.

Emmanuel Macron renoue avec certaines prérogatives présidentielles oubliées par ses deux derniers prédécesseurs. A votre connaissance, est-ce que le président de la République a un projet présidentiel, comme le Grand Louvre avec François Mitterrand ou le musée du Quai Branly pour Jacques Chirac, un projet d’envergure pour la culture qui soit un symbole fort ?

Ce projet d’envergure c’est celui que je porte, c’est de réenchanter le pacte républicain par la culture. La culture est partout. Chaque fois qu’il en a eu l’occasion, Emmanuel Macron a exprimé l’importance de la culture. Et il est dans cette envie que la culture accompagne. Et par exemple le patrimoine et les Journées européennes du patrimoine, c’est quelque chose qui lui importe énormément dans le sens où c’est une revitalisation du territoire, c’est permettre aux Français de renouer avec leur histoire et avec un sentiment de fierté, d’appartenance.