«Summer of Love» 1967-2017: Raves et acid house… Un été de l’amour peut en cacher un autre

SERIE D'ETE A l’occasion des 50 ans du «Summer of Love», nous avons enquêté sur l’héritage de l’autre « Summer of Love », celui de 1988...

Benjamin Chapon

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Les adeptes du mouvement Rave ont manifesté le 18 mars 2017 à Nantes pour réclamer plus de liberté
Les adeptes du mouvement Rave ont manifesté le 18 mars 2017 à Nantes pour réclamer plus de liberté — S. SALOM-GOMIS/SIPA
  • A la radio, sur les maillots de bain, dans des pubs ou à l’affiche de festivals… Le « Summer of Love » sera PARTOUT cet été à l’occasion des 50 ans du mouvement.
  • Cette récupération mercantile ne rend cependant pas hommage à l’esprit du mouvement. «20 Minutes » veut croire à un nouvel «été de l’amour» possible et va partir à la recherche de l’esprit du Summer 67 dans le monde de 2017.
  • Ce neuvième épisode de notre série explore l’esprit du « second Summer of Love ».

Gngngn les hippies modernes. Gngngn l 'esprit peace & love. Gngngn la fraternité. C’est bien beau de chercher l’esprit du « Summer of Love », cinquante ans après, en 2017, mais il faut aussi se souvenir qu’un « second Summer of Love » a déjà eu lieu, et fête aussi son anniversaire. Plus difficile à dater, il s’étend, grosso modo, de 1987 à 1989, et a eu pour épicentre Manchester.

«Summer of Love» 1967-2017: «20 Minutes» part à la recherche de l'esprit «Amour et paix»

Musicalement, cet été de l’amour est marqué non pas par le rock psyché mais par l’émergence de l’acid house, dérivée british de la house né un peu plus tôt entre Detroit et Chicago. Du côté des drogues, l’ecstasy, plus forte et dangereuse, remplace le LSD des hippies. L’état d’esprit a également changé depuis 1967. Le mouvement se caractérise par les fameuses rave parties, rassemblement non autorisé, souvent en rase campagne, autour d’un soundsytem.

Peace & Love & myself

Plutôt désenchanté dans une Angleterre en crise sous Thatcher et un monde vendu pour de bon au capitalisme, cet été de l’amour consiste surtout à oublier ses problèmes au travers de fêtes, certes fraternelles et pacifiques, mais offrant surtout des expériences autocentrées. La drogue et la musique de ces raves invitent à des transes hypnotiques sur un rythme soutenu.

Pour Paulo, organisateur français de rave un peu partout en Europe, « rien n’a changé entre 1967 et 1987, on a juste accéléré le BPM et la concentration des drogues en speed et en caféine. A part ça, l’esprit est le même : se réunir et danser dans un état second. » Cet état d’esprit est-il encore vivant en 2017 ? Oui et non. « On a beaucoup souffert de la répression accrue d’un côté et de la reprise de l’esprit rave par des institutions, que ce soit des clubs ou des festivals. »

Un esprit dissous voire dissolu

Forcément difficiles à contacter, les derniers organisateurs de « vraies » raves sauvages, ne se font guère d’illusion sur l’avenir du mouvement. « On va mourir petit à petit, estime HiGhLeVeL. Il y a de plus en plus de très bons clubs. La rave n’est plus un truc nécessaire pour écouter notre musique dans nos conditions. Il n’y aura plus de grand mouvement rave comme autrefois. C’est juste un truc qui subsiste. »

Lui et ses amis ont essayé, ces dernières années, de ranimer la flamme en surfant sur les contestations sociales,les mouvements ZAD, l’esprit libertaire. « Il y a forcément une dimension antisystème, anticonsumériste aussi, dans l’esprit rave de 2017. Du moins chez les plus âgés, tempère HiGhLeVeL. Il y a mille et une raisons de venir en rave. Ce qui nous réunit, c’est l’envie de danser sur la musique qu’on aime. Pour le reste, je ne crois pas qu’il y ait une pensée politique claire. Moi-même, parfois je me sens militant, parfois juste fêtard. Ceux qui ont essayé de faire dire quelque chose de politique au mouvement rave se sont tous plantés. »

Drogues doudous

Finalement, le goût de l’interdit est le dernier « petit plus » d’une rave par rapport aux festivals marathon house qui se multiplient en France et en Europe. « Le son est meilleur, les conditions sont plus confortables, la sécurité est assurée… Mais je trouve tout ça un peu fade », se lamente Paulo. Même la drogue y est plus fade selon lui : « Quand t’as tourné à l’ecsta pendant 15 ans, un cachet de MD, ça te fait l’effet d’un verre de jus d’orange. »

«Summer of Love» 1967-2017: Philosophie, effets… MDMA, le LSD de notre génération?

HiGhLeVeL y voit lui une forme de progrès : « Les participants ont peut-être, sans doute, majoritairement envie ou besoin de se droguer. Mais du point de vue des organisateurs de raves il y a déjà suffisamment de galères à régler sans, en plus, se taper des OD ou des bad trips sur site. Tous les organisateurs essayent de limiter les prises de drogues. »

Summer is not coming

Enfin, si par miracle, jamais un troisième « Summer of Love » devait voir le jour en 2017, sous l’égide de la house et des raves, il aurait lieu… l’hiver. La plupart des grandes raves ont lieu hors saison. « La rave, c’est plutôt un truc d’hiver. On danse pour se donner chaud, expliquent nos organisateurs. L’été, c’est plus difficile de trouver des sites à cause des vacanciers. Il y a moins de coins peinards, la police est tendue, il y a du monde sur les routes, la nuit tombe plus tard… En plus, il y a déjà pas mal de festivals l’été. »

Autre indice : les meilleurs festivals techno-house ont lieu en hiver. Astropolis, à Brest, a une édition l’hiver, tout comme les festivals parisiens The Peacock Society et le Weather, dont même l’édition estivale est cette année décalée à octobre.Les Transmusicales de Rennes ont lieu début décembre, et Nordik Impakt fin octobre (mais à Caen, c’est déjà l’hiver). Bref, la house semble se sentir à son aise en hiver.

Finalement, cette histoire de « Summer of Love », on va laisser ça aux hippies.