VIDEO. Jeanne Moreau, une vie d’actrice et de femme libre

DISPARITION L’icône du cinéma français est décédée ce lundi à l’âge de 89 ans…

C.W. avec AFP
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Jeanne Moreau est décédée à l'âge de 89 ans
Jeanne Moreau est décédée à l'âge de 89 ans — LASKI/SIPA

Elle se disait « mystique et frivole ». Jeanne Moreau, icône du cinéma français, femme libre et indépendante qui se faisait très discrète ces dernières années, est décédée ce lundi à l’âge de 89 ans. L’actrice à la beauté sensuelle et à l’inimitable voix grave, qui a fasciné les plus grands réalisateurs au cours d’une carrière de 65 ans, a été retrouvée sans vie à son domicile parisien.

 

Une enfance dans un bordel

Née le 23 janvier 1928 à Paris d’un père restaurateur et d’une mère danseuse anglaise, Jeanne Moreau passe une partie de son enfance à Vichy. Mais c’est à Paris, « dans un lieu sordide vers Pigalle, où les passes se négocient sur le pas-de-porte d’un hôtel meublé », précise Le Point, que la jeune femme termine ses études secondaires. A la Libération, elle gagnera même quelques pièces en traduisant les lettres enflammées d’Anglais aux prostituées du quartier.

Un antagonisme profond la sépare de son père, « un homme élevé par des parents du XIXe siècle » qui supportait mal que sa femme lui échappe. « Ça m’a rendue enragée de voir comment une femme pouvait se laisser malmener », confiait-elle. Son goût pour la lecture lui vient de son oncle, « un homme extraverti » qui lui donnait des livres - « ce qui était interdit, j’ai toujours lu en cachette » -, et lui payait des cours de danse. « J’ai découvert la sexualité sur le tard, à travers les livres et parce qu’on a vécu dans un hôtel de passe à Montmartre » à Paris, s’amusait cette grande séductrice.

A 19 ans, après le Conservatoire, elle fait ses débuts à la Comédie-Française qui représente pour elle « la discipline, l’exactitude ». « Cela me convenait. J’aimais l’école puisque mon père ne tenait pas à ce que je fasse de longues études et qu’il m’imaginait fonctionnaire ou épouse d’un restaurateur ». Son père désapprouve son amour pour le théâtre, et la met à la porte.

Une ambassadrice du cinéma français

En 1947, elle participe au tout premier festival d’Avignon organisé par Jean Vilar. Mais c’est trois ans plus tard, de retour à la Comédie-Française, qu’elle se fait repérer dans le rôle d’une prostituée dans Les Caves du Vatican d’André Gide, mis en scène par Jean Meyer. Entre-temps, Jeanne Moreau tourne dans son premier film, Dernier amour de Jean Stelli, en 1949. Le début d’une longue et belle carrière. Sa rencontre avec Louis Malle pour Ascenseur pour l’échafaud en 1957 est déterminante, suivra le film Les Amants (Lion d’Or à Venise), un an plus tard.

Jeanne Moreau dans le film «Les Amants»
Jeanne Moreau dans le film «Les Amants» - NANA PRODUCTIONS/SIPA

Au fil des ans, elle travaille avec les plus grands réalisateurs et collectionne les films phare de la Nouvelle Vague. « Tourner, c’est entrer dans leur univers, c’est la meilleure façon pour pouvoir incarner leurs fantasmes et grâce à eux j’ai une famille incroyable de femmes qui sont en moi et m’accompagnent », disait-elle. En 1962, Jules et Jim inaugure sa collaboration avec François Truffaut. « On m’a prêté beaucoup d’aventures amoureuses avec des metteurs en scène. Je n’en ai pas eu 36. Avec François, ça n’a jamais abouti, justement à cause de son amour des femmes, je ne voulais pas être une parmi tant d’autres », racontait-elle.

Pour La vieille qui marchait dans la mer, elle a reçu en 1992 le César de la meilleure actrice et « Jeanne la Française », comme on l’appelle à l’étranger, est devenue les années suivantes une sorte d’ambassadrice du cinéma français. Elle a reçu en 1998, des mains de Sharon Stone, un Oscar d’honneur pour l’ensemble de sa carrière, et, dix ans plus, un Super César d’honneur lors des César 2008.

Jeanne Moreau dans «La vieille qui marchait dans la mer»
Jeanne Moreau dans «La vieille qui marchait dans la mer» - INTERFOTO USA/SIPA

Lauréate du prix d’interprétation féminine 1960 à Cannes (pour Moderato Cantabile), elle fut la seule comédienne à avoir présidé deux fois le jury de ce Festival (en 1975 et 1995). Elle y a aussi été plusieurs fois maîtresse de cérémonie.

Une vie amoureuse tumultueuse

Femme libre et indépendante, sensuelle et séductrice, Jeanne Moreau a connu de nombreux hommes. En 1949, alors à l’aube de sa carrière, elle tombe enceinte du comédien Jean-Louis Richard et se marie la veille de son accouchement. « Je ne voulais pas d’enfant, je ne suis pas maternelle », expliquera-t-elle plus tard, tel que le rapporte Le Point. Le couple divorce en 1951. En 1977, la comédienne se marie une seconde fois, à William Friedkin, le réalisateur de French Connection et de l’Exorciste. Quatre ans plus tard, le couple se déchire et le divorce est prononcé.

Outre ces deux mariages, l’une des grandes histoires de sa vie fut son amour pour Louis Malle, qu’elle rencontra pour Ascenseur pour l’échafaud. Un an plus tard, Les Amants a été « un cadeau de rupture ». « Je suis toujours partie la première, je n’aime pas être abandonnée », disait-elle. Par la suite, elle partagea la vie du couturier Pierre Cardin pendant quatre ans, dont elle devint la muse. On lui prêta également une liaison avec le comédien Marcello Mastroianni ou encore Jean-Louis Trintignant. « J’ai séduit beaucoup d’hommes, confia-t-elle à la fin de sa vie, j’ai toujours été vers des hommes qui avaient du talent. Je n’ai pas eu des amants pour avoir des amants ».

Jeanne Moreau se disait « mystique et frivole », capable de s’angoisser pour le drame du Darfour mais aussi d’aimer l’élégance et les belles choses. Elle aimait comparer la vie à un jardin, « un jardin en friche qu’on nous donne à la naissance » et qu’il faut « laisser beau au moment de quitter la terre ».