«Summer of Love» 1967-2017: Finalement, a-t-on trouvé l’esprit hippie, l’amour, la paix et la liberté?

SERIE D'ETE Après être parti à la recherche d’«amour» et de «paix» tout l’été pour les 50 ans du «Summer of Love», «20 Minutes» fait le bilan, calmement, en se remémorant chaque instant…

Clio Weickert et Romain Lescurieux

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Un rassemblement à Hype Park en 1969
Un rassemblement à Hype Park en 1969 — Alan Messer / Rex Featu/REX/SIPA
  • A la radio, sur les maillots de bain, dans des pubs ou à l’affiche de festivals… Le « Summer of Love » sera PARTOUT cet été à l’occasion des 50 ans du mouvement.
  • Cette récupération mercantile ne rend cependant pas hommage à l’esprit du mouvement. 20 Minutes veut croire à un nouvel « été de l’amour » possible et va partir à la recherche de l’esprit du Summer 67 dans le monde de 2017.
  • Ce dernier épisode est l'occasion de faire un bilan. Synthèse et Réflexion

« Le bonheur n’est pas chose aisée, disait Bouddha. Il est très difficile de le trouver en nous, il est impossible de le trouver ailleurs ». Bienvenue à toutes et à tous dans ce dernier épisode de notre série d’été.

Quête spirituelle

Pendant deux mois, à l’occasion des 50 ans du « Summer of Love », 20 Minutes a tenté d’ouvrir ses chakras en direction du cosmos, pour partir à la recherche de la paix, de l’amour, de la joie et de la liberté (la vraie, hein, pas celle que l’on trouve dans les banques d’images).

Regarde, une mouette!
Regarde, une mouette! - SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

Car notre enquête de terrain de longue haleine, de Paris à Ibiza, s’est révélée être une quête spirituelle et introspective éprouvante, un sacerdoce, voire un véritable chemin de croix. (OK, on exagère un peu). Mais qu’a-t-on trouvé au final ? Sort-on grandis de cette expérience ? Une chose est sûre, la liberté a un prix.

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Nous mentirions si nous ne disions pas qu’à plusieurs reprises, nous avons bien failli ne plus croire en la vie et perdre complètement foi en l’humanité. Et en nous. Pour comprendre cela, le plus simple est encore de revenir au début de ce voyage qui ressemblait au début, à une parenthèse enchantée. Making of presque entièrement vrai d’une expérience journalistique.

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La phase d’emballement

Tout a commencé par un banal échange :

- Chef : « Ça ne vous dit pas de bosser sur la drogue et la musique cet été ? »

- Journaliste 1 : « Mouais, bof, j’ai déjà pas mal de sujets GOT moi »

- Journaliste 2 : « Grave, je suis trop chaud, on part où ? C’est quoi le budget ? »

Après concertation et une enveloppe proche de zéro euro*, on décide de se lancer pour les raisons suivantes :

  • Il y a 50 ans, près de 100.000 jeunes déferlent à San Francisco pour changer de vie, et tenter de dépoussiérer le vieux monde. C’est le « Summer of Love ».
  • En 2017, la jeunesse est dépeinte comme individualiste, égoïste, déprimée, fataliste, matérialiste et on en a marre d’entendre ça.
  • Nous écrivons plus souvent des articles négatifs que positifs.
  • Peut-être que nos lecteurs on envie de légèreté cet été ?

Fin juin, le premier article est bouclé, avec cette conclusion d’un expert. « Les temps ont changé, la jeunesse hippie était progressiste, ils voulaient changer le monde pour le meilleur… Aujourd’hui, je crois que c’est l’inverse », tranche Frédéric Monneyron, auteur avec Martine Xiberras de Le monde hippie : De l’imaginaire psychédélique à la révolution informatique (Imago). Qu’importe, nous décidons de partir à la recherche de l’esprit hippie, et pourquoi pas le raviver.

A ce moment-là, on y croit vraiment. A tel point que la possibilité d’un nouveau rassemblement dans les parcs de France pour célébrer « l’amour » et la « paix » nous semble plus proche que jamais. Inutile de préciser que nos collègues se moquent de nous et nous prennent pour des branleurs*. La liberté de penser, ça fout les jetons.

La phase d’excitation

Début juillet, notre quête avance comme sur des roulettes : Nous publions une playlist (regroupant aussi bien Grateful Dead que Luis Fonsi et Daddy Yankee), nous marchons dans les rues de Paris avec le tagueur Wilfrid, l’homme derrière le tag « l’amour court les rues ». A la question, "Finalement, l’amour court-il vraiment toujours les rues ?", il répond : « Si tu te poses cette question, c’est que tu ne dois pas être très heureux dans ta vie. Je suis Montmartrois, regarde dans les rues, tous les messages d’amour qu’il y a maintenant. Nous avons fait plein de petits avec Duez. Le plus important c’est de positiver, d’aimer et de le faire savoir. L’amour n’est pas mort ». Quelques semaines plus tard, on vibre au Peacock Festival.

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« La techno, c’est perso, mais finalement cette somme d’individus forme un collectif », analyse alors peu avant 23 heures, un jeune festivalier, venu en bande pour profiter de la nuit. Notre voisin de table et de pichet, débite : « C’est l’amour avec ses sauces, c’est cosmique, je ne suis pas seul ». Puis, nous avons rendu visiteaux Grands Voisins (14e) et à la Prairie du canal (Bobigny), qui jouissent de manière éphémère des friches pour créer le monde urbain de demain.

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Là, on s’emballe et on pense à plein de sujets* : Tester le LSD,fabriquer de la MDMA, frapper à la porte de Brigitte Bardot à la Madrague pour parler de sa vie à l’époque, réaliser une interview de plus d’une heure avec Johnny Hallyday qui a vécu le mouvement hippie de près et l’a même influencé.

 Johnny Hallyday et Rosko en hippies lors d'une soiree au Lord's Club. Paris, 1967
Johnny Hallyday et Rosko en hippies lors d'une soiree au Lord's Club. Paris, 1967 - DALMAS/SIPA

Et surtout, on découvrela Rainbow Family.

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« Les Portes de la Perception » que voulaient franchir les hippies ne nous semblent plus très loin. Journaliste 1 s’envole pour Ibiza. Jusqu’ici tout va bien*. Mais en réalité, c’est la chute*.

La phase de désenchantement et de renoncement

Difficile de comprendre quand tout a basculé. Portés par l’adrénaline, par les rencontres heureuses (un frangin de la rainbow), ou malheureuses ( un "politicien" à Ibiza), transcendés par la grandeur du projet, nous sentions qu’un nouveau monde s’ouvrait vraiment à nous*. Mais soudain, les planètes n’étaient plus alignées et on a reçu en pleine face un p***** de retour de karma.

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Et si finalement, il ne restait rien du « Summer of Love » ? Le doute s’installe. Nos collègues*, nos amis, nos familles, tous commencent à se poser des questions et à nous prendre pour des fous. La liberté nous obsède et hante toutes nos discussions. La pression est trop forte. En vrac, les peurs s’accumulent :

-Devoir faire ses besoins dans un trou en pleine nature au rassemblement de la Rainbow (et devoir creuser soi-même ce trou avec une pelle)

-Se faire violer, puis sacrifier dans le feu sacré de la famille. A la sauce Charles Manson, un peu.

-Choper une intoxication alimentaire. Une MST. Ou pire, la gale.

-Bad tripper à cause de champi hallucinogènes.

-Prendre trop goût à la liberté.

-Rester bloqués et ne plus vouloir jamais remettre les pieds à Babylone.

Pour pas mal de raisons, dont certaines que nous passerons sous silence (le monde n’est pas encore prêt), la parenthèse « Summer of Love » a pris fin comme suit.

La phase du nouvel espoir

Début août, nous tombons sur un livre dont la sortie en France est prévue pour septembre : L’art d’être libre - Dans un monde absurde de Tom Hodgkinson (Les Liens Qui Libèrent). Tom Hodgkinson est un ancien journaliste du Guardian qui a tout plaqué pour reconquérir sa « liberté » et écrire son manifeste sur le sujet. Extraits.

« Voici un livre sur l’art de vivre. Vous trouverez en son cœur une vérité simple : lorsque vous embrassez Dame Liberté, la vie devient plus facile, moins chère et bien plus agréable. Je souhaite vous montrer comment vous débarrasser des chaînes forgées par votre propre esprit. Ainsi, vous pourrez devenir le libre créateur de votre vie ».

« Comment être libre ? Eh bien, que cela vous plaise ou non, vous êtes libres. La vraie question est d’exercer ou non cette liberté : il y a un néant essentiel dans le cœur de l’homme. Nous avons créé notre univers. La vie est absurde. Dieu est
amour. Nous sommes libres ».

Mais alors, si la vie est absurde, à quoi bon terminer un article ?

Greeting from « la Pura Vida »
Greeting from « la Pura Vida » - SIPA/Photomontage

A nos lecteurs : Les auteurs de cette enquête estivale sur l’esprit du « Summer of Love » sont partis sans laisser d’adresse ni achever cet article. D’ailleurs, nous tenons à préciser que les phrases notées d’un astérisque sont (partiellement) fausses. Aux dernières nouvelles, Clio et Romain auraient choisi de « fuir Babylone » et ont prétendu avoir posé des congés par télépathie.