«Summer of Love» 1967-2017: On a parlé avec un «frangin» de la Rainbow Family et on a décidé de quitter «Babylone»

CULTURE A l’occasion des 50 ans du «Summer of Love», «20 Minutes» part à la recherche d’«amour» et de «paix» et a rencontré un membre actif de la Rainbow Family, un mouvement créé aux Etats-Unis en 1972…

Romain Lescurieux et Clio Weickert

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Miron, un «frangin» de la Rainbow Family
Miron, un «frangin» de la Rainbow Family — C.WEICKERT
  • A la radio, sur les maillots de bain, dans des pubs ou à l’affiche de festivals… Le « Summer of Love » sera PARTOUT cet été à l’occasion des 50 ans du mouvement.
  • Cette récupération mercantile ne rend cependant pas hommage à l’esprit du mouvement. 20 Minutes veut croire à un nouvel « été de l’amour » possible et va partir à la recherche de l’esprit du Summer 67 dans le monde de 2017.
  • Ce septième épisode de notre série vous propose un voyage sans bouger de votre canapé. 

« Welcome home ». Dans sa quête d’amour et de liberté, à l’occasion des 50 ans du « Summer of Love », 20 Minutes ne pouvait pas ne pas s’intéresser à ce qui semble être aujourd’hui une véritable espèce en voie de disparition : le hippie. Et c’est sur Google (aka le monde moderne), que nous avons essayé de dénicher l’un de ces rêveurs aux cheveux longs et en sarouel (c’est comme ça qu’on les imaginait), assez fous pour remettre en cause le système et pour prôner la paix.

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C’est un peu par hasard, que la Rainbow Family s’est retrouvée sur notre chemin. Un « mouvement alternatif hétérogène international New Age », selon Wikipedia. Un poil moins cryptique que l’encyclopédie libre collective, le blog du mouvement français nous a apporté plus de billes sur ce qui semblait alors être une communauté prônant la liberté et la vie alternative, et sur le point de se rassembler pour l’été. Ne trouvant pas d’adresse mail, c’est par télépathie ( le groupe y a recours parfois), installés au calme dans la salle de sieste de notre boulot, que nous avons tenté une première fois d’entrer en contact avec eux.

Un rassemblement dans le Colorado en 2006
Un rassemblement dans le Colorado en 2006 - PETER M. FREDIN/AP/SIPA

Bonjour, nous sommes journalistes pour « 20 Minutes », nous réalisons une série d’été sur les 50 ans du Summer of Love et nous recherchons des vrais hippies. Vous reconnaissez-vous dans le mouvement ?

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Vivez-vous tout nu et avez-vous les cheveux longs ?

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Prenez-vous du LSD ?

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Après un échec manifeste à communiquer par la pensée, et après avoir découvert que le groupe de la Rainbow utilisait Facebook (c’est bien pratique tout de même), on a décidé de recourir à des méthodes plus traditionnelles, l’écriture et la parole. Ce qui de fil en aiguille, nous a conduits chez Miron, un psychomotricien qui pratique le yoga, la méditation, la relaxation. En plein 14e arrondissement.

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« Jusqu’où vous voulez aller ? Jusqu’au bout ? Ça peut aller loin. Certains ne sont jamais revenus », lâche l’homme d’une quarantaine d’années, tee-shirt multicolore et bandeau plaqué sur des cheveux noir corbeau, dans un appart embaumant les effluves d’encens et aux murs remplis de vignettes de divinités indiennes. C’est certain, c’est notre homme.

« Revenir à une vie simple »

C’est en 2003 que Miron goûte à son premier rassemblement. A l’époque, il a 27 ans. « J’étais intéressé par le mouvement hippie et je me demandais s’il existait encore », raconte-t-il dans son fauteuil. Un peu comme nous quoi. Après des recherches sur Internet, celui qui a alors « du mal à lâcher prise », décide de partir seul dans les Pyrénées. « Là, c’est la révélation », se souvient-il. Il vit alors son premier rassemblement de la Rainbow Family.

Un rainbow en 2006
Un rainbow en 2006 - PETER M. FREDIN/AP/SIPA

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Ce mouvement pacifique est né en 1972 aux Etats-Unis dans le Colorado. Quelques années après la fin symbolique du Summer of Love en 1969, plusieurs milliers de personnes – notamment des vétérans du Vietnam et un gros noyau de hippies – se sont rassemblés dans la forêt nationale Roosevelt pour vivre « librement », au plus près de la nature. Une dizaine d’années plus tard, le phénomène débarque en France. Depuis, tous les ans, des Rainbows français se constituent avec 200-300 personnes.

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L’objectif ? « Revenir à une vie simple, vivre ensemble une expérience communautaire de manière éphémère basée sur la paix et l’amour, l’harmonie et le partage », affirme Miron. « En fait, on réalise les rêves qu’avaient les hippies dans les années 1970 : vivre en communauté et en harmonie ». Et ce, loin de Babylone (= notre société, soit « ce monde capitaliste corrompu basé sur des valeurs d’argent, de concurrence et de conflits »).

« Au final, on chie dans le même trou »

Le rassemblement annuel dure le temps d’une lune (un peu moins d’un mois), souvent en forêt ou en montagne, sans chef ni leader, et sans tous les excès qui ont mené à la perte des hippies : la drogue dure et l’alcool (les chiens aussi sont interdits). Le reste n’est que « liberté ». La nudité ? « Possible, mais pas obligatoire ». Le sexe ? « Il y a du polyamour pour certains, beaucoup de tantrisme, mais il n’y a pas de débauche sexuelle », précise Miron. L’événement attire selon lui, des gens de partout, de tous les statuts sociaux. Une fois sur le campement, les « barrières tombent et tout le monde est logé à la même enseigne. Au final, on chie tous dans le même trou que l’on creuse ». Et tout le monde met la main à la pâte.

Un rassemblement Rainbow, début juillet 2017, aux Etats-Unis
Un rassemblement Rainbow, début juillet 2017, aux Etats-Unis - Joe Kline/AP/SIPA

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Les journées s’organisent au rythme du yoga, de la méditation, de cercles autour du feu sacré avec un bâton de parole pour prendre des décisions, couper du bois, cueillir des plantes, des ateliers de couture et la préparation des repas (bio, local et sans viande). Pour l’argent ? On fait tourner le « chapeau magique » et chacun donne ce qu’il veut pour subvenir aux besoins du village. « On fait selon ce qu’il y a ».

Adieu Babylone ?

Après, chacun vit comme il l’entend. Un peu de chamanisme et de chant traditionnel indien, de la philosophie amérindienne et des chants spécifiques de la famille Rainbow, baignés d’unité, d’amitié, d’amour et de paix : « We are a circle, within a circle, with no beginning and never ending », chantonne notre hôte.

« En dix jours là-bas, je rencontre plus de gens intéressants que j’en rencontre à Babylone en plusieurs mois. C’est très riche, ça donne de l’espoir. On n’est pas tout seul. Nous sommes nombreux ». Des paroles de paix et d’amour qui nous aussi, nous ont donné envie de quitter Babylone.

Into the wild
Into the wild - ED ANDRIESKI/AP/SIPA

C’est décidé, on prend la route, bye bye le monde capitaliste corrompu.

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