VIDEO. Qui sont « les combattants », ces opposants radicaux qui empêchent les concerts d'artistes congolais?

OPPOSITION Depuis une dizaine d’année, « les combattants » empêchent la tenue de concerts d'artistes congolais, parfois violemment…

Aurélie Bazzara

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Les « combattants » ont manifesté à Paris le jour du concert de l'artiste congolais Héritier Watanabe, le 15 juillet 2017.
Les « combattants » ont manifesté à Paris le jour du concert de l'artiste congolais Héritier Watanabe, le 15 juillet 2017. — Gersende RAMBOURG / AFP

Il est surnommé « Moto na tembe » (comprenez « l’homme de tous les défis ») dans le milieu de la rumba. Héritier Watanabe n’a malheureusement pas réussi à surmonter ce dernier obstacle. Le chanteur tout droit venu de la République démocratique du Congo (RDC) devait donner un concert le 15 juillet à l’Olympia pour présenter son nouvel album « Retirada ». Mais les « combattants », ces groupes d’opposants radicaux de la diaspora congolaise, ont manifesté violemment aux alentours de l’Olympia pour empêcher la représentation. Résultat ? La préfecture de Police a annulé la représentation évoquant « des troubles à l’ordre public ».

Avant ces événements, la direction de la salle de spectacle parisienne avait demandé l’annulation du concert et déposé « une plainte en urgence face aux menaces proférées dans un contexte politique complexe en RDC », a indiqué à l’AFP l’une des avocates de l’Olympia, Céline Astolfe. Mais pourquoi les « combattants » ne veulent-ils pas voir des artistes congolais sur les scènes françaises ?

« On ne va pas faire la fête pendant que la mère patrie est en train de souffrir », explique Teddy Minar, rappeur et opposant. Selon lui, les chanteurs devraient se servir de la musique pour dénoncer le pouvoir en place et les exactions présumées commises dans ce pays d’Afrique centrale depuis quelques années. « Les artistes se maintiennent dans un silence assourdissant face aux violences », poursuit-il avant de conclure : « Un musicien doit savoir prendre position. On ne leur demande pas d’insulter Kabila [le président de la RDC ; NDLR], mais d’en parler. De composer des musiques qui parlent du pays. »

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Mais pour beaucoup, les « combattants » se trompent de cible et délégitiment leurs actions militantes. « Ils font un amalgame entre politique et musique. Ils sont devenus les ennemis de la musique », analyse David Monsoh, le producteur d’Héritier Watanabe. « Les vrais "combattants" sont sur le terrain, à lutter politiquement contre le pouvoir », poursuit-il.

Un cas qui ne fait pas exception. Quelques semaines plus tôt, l’artiste Fally Ipupa a été empêché de tenir son concert à La Cigale, le 22 juin. Tout comme les artistes Werrason ou JB M'Piana, jugés trop proches du régime. Les politiques comptent aussi parmi leurs cibles. En 2015, le président du Sénat congolais, Léon Kengo Wa Dondo alors âgé de 76 ans, a été roué de coups à Paris. Plus tôt encore, ils avaient aspergé de ketchup l’ambassadeur de la RDC, Christian Atoko Ileka.