«C'est mon miel, c'est güte pour la voix»

REPORTAGE A la Folle Journée de Nantes, public et musiciens se rencontrent et échangent...

A Nantes, Benjamin Chapon

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Un homme se glisse dans les coulisses du chœur Accentus et donne un pot de miel à une chanteuse allemande: «C’est mon miel, c’est güte pour la voix.» La cantatrice a l’air ravie et s’exclame: « Il n’y a qu’à la Folle Journée que ce genre de choses arrivent.»

Le plus important et populaire festival de musique classique en France a cette année encore réuni plus de 100.000 spectateurs dans la Cité des Congrès de Nantes. L’évènement doit beaucoup à son créateur et directeur, René Martin. L’homme a su jouer de son entregent et de son caractère pour installer ce festival à la programmation exigeante et au retentissement populaire, avec pour mission de démocratiser la musique classique.  «Mais le public de la Folle Journée est déjà tout acquis à la cause musicale, tempèrent les membres du trio Chausson. En réalité, ce festival désacralise la musique classique, la rend sympathique et accessible.»

«Jamais déçu»

Dans le public aussi, on minimise cette idée de démocratisation. «On dit que c’est un festival pour les 7 à 77 ans. Mais à 7 ans, ils bavardent et à 77 ans, ils toussent», grogne un mélomane quadragénaire à l’opinion minoritaire. «Même si les places sont bon marché, une journée bien remplie coûte environ 100 euros, transport et nourriture compris, calcule une habituée du festival. Mais l’énorme avantage, c’est que l’on peut choisir les concerts à l’aveugle, on n’est jamais déçu.»

A l’image d’une Barbara Hendricks, qui demande au public de na pas trop applaudir pour qu’elle ait plus de temps pour chanter, les artistes de la Folle Journée sont prêts à sacrifier une part de leurs suffrages pour donner plus au public. Ils font également des efforts en réduisant leurs cachets; même s’ils ne l’avouent qu’à demi-mot. «C’est une occasion en or de jouer à Nantes, le monde musical est réuni ici», confirment les membres du Trio Chausson, en pleine négociation pour donner un concert au Japon. Les représentants de la Folle Journée de Tokyo sont en effet venus en nombre recruter des artistes. «La qualité principale que l’on recherche, c’est la générosité, nous explique l’un d’eux. Contrairement aux idées reçues, les plus grands artistes sont souvent  les plus gentils, car c’est leur âme qu’on entend sur scène.»

Innovation
Aussitôt entendu, aussitôt acheté. Le public de la Folle Journée pouvait cette année acheter le CD du concert (10 euros) auquel il venait d’assister dès la sortie de la salle, ou le télécharger sur clé USB (6 euros). Autre innovation de l’édition 2008, l’invitation faite à des DJ, des chanteurs de hip hop et des compositeurs contemporains de mettre Schubert à leur sauce. A ce petit jeu, le groupe de percussions caribéennes, Renegade Steel Band, a remporté le plus franc succès.