«Colossal»: Mais que représente le monstre d'Anne Hathaway?

E-CINEMA Alors que son « Colossal » sera visible dès le 27 juillet, le réalisateur Nacho Vigalondo évoque pour « 20 Minutes » les films où il est question de « monstres intérieurs » qui se voient aussi à l’extérieur…

Fabien Randanne

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L'affiche américaine de «Colossal».
L'affiche américaine de «Colossal». — Neon

Gloria perd son travail, quitte son compagnon et New York et se retrouve dans sa petite ville natale où elle renoue avec un copain d’enfance. Pendant ce temps-là, à Séoul, une créature gigantesque sème la terreur. Il s’avère que ses gestes sont étrangement synchrones avec ceux de l’Américaine… Et s’il s’agissait de la matérialisation du « monstre intérieur » de la jeune femme ?

Voilà, en gros, le pitch de Colossal qui sera disponible en e-cinema le 27 juillet. Le synopsis est aussi perché que King Kong au sommet de l’Empire State Building, et le résultat est déstabilisant. On se demande si on a affaire à un film catastrophe, à un drame, à une comédie ou à autre chose. Et la présence d’Anne Hataway et Jason Sudeikis dans les rôles principaux ajoute au trouble éprouvé : on ne s’attend pas forcément à voir deux acteurs plutôt consensuels se risquer dans un projet bien barré signé par Nacho Vigalondo, réalisateur espagnol connu des fans de cinéma de genre pour ses films Timecrimes et Open Windows. 20 Minutes s’est entretenu avec lui par téléphone et lui a demandé de décrypter son Colossal et des classiques où les « monstres intérieurs » prennent forme à l'extérieur et sèment la pagaille…

  • « Colossal » de Nacho Vigalondo (2017)

« Mon film est une lettre d’amour au "kaijū eiga" [le cinéma de monstres japonais], explique Nacho Vigalondo. Les monstres sont toujours des allégories de quelque chose. Godzilla, par exemple, est apparu quelques années après Hiroshima et Nagazaki, et traduit le traumatisme de la bombe nucléaire dans la psyché japonaise. » Alors, dans Colossal, le monstre représente-t-il la dépendance à l’alcool dont l’héroïne essaie de se défaire ? Sa dépression ? « Chacun se fera son interprétation, élude l’Espagnol. J’ai trop travaillé sur ce film pour l’analyser avec du recul. » Nous, on a notre petite idée...

  • « Quelques minutes après minuit » de Juan Antonio Bayona (2016)

Dans cette adaptation du livre de Patrick Ness et Jim Kay (paru chez Folio Junior), un enfant reçoit des visites nocturnes d’un monstre qui lui narre des histoires faisant écho à son quotidien et notamment au travail de deuil qui l’attend, car sa mère est condamnée par la maladie.

« Ce film nous montre combien le pouvoir de la narration et de la fantaisie peut révéler notre vie », déclare simplement Nacho Vigalondo. Son compatriote Juan Antonio Bayona ne disait pas autre chose lors de la promo : « La fiction rend la réalité supportable et permet de mieux la comprendre. » Le monstre comme un moyen d’exorciser ses démons intérieurs, la catharsis par la peur.

  • « Max et les Maximonstres » de Spike Jonze (2009)

Max et les Maximonstres est un classique de la littérature enfantine, notamment aux Etats-Unis. Le héros du titre, âgé de 10 ans, fugue et se retrouve dans une île habitée par des créatures pelucheuses aux émotions contrastées – elles représentent en réalité les tourments et emballements intérieurs du gamin.

« J’avais ce film en tête quand je tournais les scènes de Colossal se déroulant dans le passé, confie Nacho Vigalondo. Dans Max…, les monstres représentent l’insouciance de l’enfance et la peur de devenir un adolescent, un adulte. Ce que ce long-métrage raconte, c’est que l’on peut dresser son monstre intérieur. »

  • « Possession » d'Andrzej Żuławski (1981)

A Berlin, la relation entre Mark et son épouse Anna se délite. Il découvre qu’elle a un amant qui n’a rien d’humain.

« C’est un chef-d’œuvre ! s’exclame Nacho Vigalondo à la simple évocation du titre. Parfois, quand on devient critique, on regarde un film du dessus, de haut. Certains ont donc dit que Possession était stupide sans chercher à l’appréhender en profondeur. Quand je le regarde, c’est avec modestie, d’en bas, car c’est un monument. Il me semble qu’ici, le monstre représente le besoin d’aimer de l'héroïne. Je ne pige pas tout, mais il faut accepter de ne pas tout comprendre. Un cinéphile doit accepter qu’un film le dépasse. »

  • « Carrie au bal du diable » de Brian de Palma (1976)

Carrie, souffre-douleur des autres élèves de son lycée et élevée par une mère on ne peut plus stricte découvre qu’elles est dotée de pouvoirs de télékinésie.

« J’adore Stephen King ! Carrie raconte l’histoire d’une ado qui doit s’adapter à un environnement qui ne fait aucun effort pour s’adapter à elle. Cela crée de la frustration qui nourrit son monstre intérieur et qui se manifestera ensuite violemment », note Nacho Vigalondo. Et de poursuivre : « Certaines adaptations en film ou téléfilm m’ont mis en colère parce que, dans le roman, l’héroïne est obèse, ce qui a son importance, or, ce sont des actrices menues qui l’incarnent à l’écran. Dans la version de Brian de Palma, ça passe. Sissy Spacek a du charme, mais ce n’est pas une beauté classique. »