Siboy fait parler sa délicatesse au piano (non)
Siboy fait parler sa délicatesse au piano (non) — Keffer

RAP

Cagoulé, hard-core et fan d’Alain Souchon, Siboy est le nouveau poulain de Booba

Le rappeur de Mulhouse sort son premier album, «Spécial»...

  • Ancien compositeur pour d'autres rappeurs, Siboy défend aujourd'hui ses propres textes.
  • Le rappeur espère démontrer la variété des thèmes qu'il aborde.
  • Ses sources d'inspiration vont d'Alain Souchon à Zlatan Ibrahimovic.

Il y a quelques semaines, Damso, rappeur belge ultra-talentueux cornaqué par Booba, sortait son premier album Ipséité. Résultat :  un carton hors du commun. En ce début d’été, c’est un nouveau talent repéré et soutenu par le rappeur de Boulbi via son label 92i, qui sort son premier opus, Spécial.

Voilà plusieurs mois déjà que les textes accrocheurs et la cagoule de Siboy font parler d’eux. Avec sa dégaine de gangster et ses grillz, le rappeur de Mulhouse pourrait passer pour un énième attention whore. Mais il suffit de passer quelques minutes au Téléphone avec Siboy pour comprendre que le jeune homme en a sous la cagoule.

« Je ne fais pas que du hard-core »

La cagoule, justement, Siboy l’a d’abord enfilé pour préserver l’anonymat qu’il s’était construit en tant que producteurs de l’ombre pour d’autres MC : « La première raison, c’était de préserver la tranquillité de ma vie intime. » Ainsi, avant même d’avoir une quelconque idée du succès qu’il aurait, Siboy arborait sa cagoule. Il a même pris soin de faire effacer les rares vidéos dans lesquelles il apparaissait à visage découvert.

« Ensuite, la cagoule m’a aidé à me construire un personnage de barbare. J’ai commencé à jouer avec cette image-là. Mais là, avec l’album, j’espère sortir un peu de ce cliché et montrer que je ne suis pas qu’un barbare ! » Il faudra, pour cela, savoir écouter Siboy au-delà des outrances sexistes et violentes. « Mes textes sont extrêmes parce que c’est comme ça que je ressens la musique, se défend le rappeur. Sur l’album, il y a d’autres couleurs, je ne fais pas que du hard-core. »

De la prod à la plume

Ancien producteur, Siboy n’a pris aucune de ses propres sons sur ce premier album. « Quand on a commencé à parler de moi, j’ai reçu plein de bonnes prods. Assez vite j’ai compris que ça ne servirait rien de faire moi-même des compos. C’est l’avantage de la notoriété. » Comme pour la cagoule, le pragmatisme l’emporte sur la stratégie. D’après lui, cette façon de faire n’avait rien à voir avec un quelconque besoin de s’affirmer comme auteur.

« J’ai juste vu l’aspect pratique. J’ai pris les prods que j’aimais, ça m’a fait gagner du temps. Je voulais sortir l’album le plus vite possible. Je continue de faire mes propres prods de mon côté, je m’en servirai quand elles seront prêtes. Ce qui est sûr c’est que j’aurai plus le temps de faire des prods pour les autres. »

Fan d’Alain et Charles

S’il voyage dans toutes les nuances du sombre dans ses textes, Siboy a su construire des ambiances variées dans les morceaux de son premier album. Il a surtout le don d’installer des situations. « Je veux que mes textes racontent une histoire avec des images. Je m’inspire beaucoup des films d’horreurs et fantastiques, j’utilise leur façon de gérer le suspens. »

Cette manière d’écrire des chansons, Siboy la doit aussi aux artistes de variété française qu’il a découverts à son arrivée en France en 1998, à l’âge de 7 ans, alors que ses parents fuient la guerre qui frappe le Congo-Brazzaville. « J’ai d’abord découvert le grand Charles Aznavour et puis surtout Alain Souchon qui m’inspire énormément. J’adore ses chansons, elles sont très visuelles aussi. »

Le Congo, « c’est compliqué »

Autre source d’inspiration inattendue : le football. « Je me sers de la personnalité des stars du foot pour construire mon personnage. Un joueur comme Zlatan, ou même le petit Verratti, on voit tout de suite leur caractère quand ils sont sur un terrain. »

Supporter du PSG (un héritage paternel), Siboy vit toujours à Mulhouse. Vivre à Paris, il ne le sent pas trop. « Pour ma tranquillité », encore une fois. Quant à un retour au pays, pour un concert par exemple, « c’est compliqué. J’ai toujours le statut de réfugié politique. Je préfère ne pas parler de la situation de mon pays parce que la situation est complexe. »