J'aime pas le classique, sauf... gratuit, sur la plage, et avec des surprises

FESTIVAL Depuis trente ans, le festival Violon sur le sable propose des concerts sur la plage qui rassemblent 40.000 spectateurs...

Claire Barrois
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Sur la plage, Violon sur le sable rassemble 40.000 spectateurs par concert.
Sur la plage, Violon sur le sable rassemble 40.000 spectateurs par concert. — P. Souchard

C’est l’un des plus gros festivals de musique classique en termes de fréquentation, et ça fait trente ans que ça dure. 20 Minutes a rencontré Philippe Tranchet, le créateur de Violon sur le sable, pour lui demander comment il faisait pour rassembler 40.000 personnes par concerts depuis tout ce temps. Voici la recette de son succès.

  • Trois cuillères d’audace

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, Philippe Tranchet ne vient pas du monde de la musique classique. Et cela lui a permis de prendre toutes les libertés dont il avait envie pour créer l’ADN de son festival. « J’avais une culture plus Beatles que Mozart, raconte le directeur de Violon sur le sable. Je ne comprenais pas le décor austère, pourquoi il n’y avait que des lumières blanches… J’ai ajouté de la couleur. Je ne comprenais pas non plus pourquoi il fallait jouer l’intégralité d’une symphonie, j’ai donc mis en place le principe de la compilation, en ne faisant jouer que des tubes. Ça a permis de faire en sorte d’alterner les genres pour que la musique plaise au public. »

  • 300 g de communion

Un silence religieux, un parfum de détente couplé à une concentration extrême… L’ambiance de Violon sur le sable est impressionnante, voire complètement bluffante. « C’est difficile à imaginer quand on n’est jamais venu, mais le plus impressionnant, c’est le silence, la communion. Je me souviens d’un concert de la pianiste Brigitte Engerer qui s’était arrêtée au milieu du concerto L’empereur de Beethoven pour regarder le public. Elle s’était adressée aux gens en leur disant : "J’écoute votre silence". La musique transporte vraiment le public. Les enfants sont nombreux, mais silencieux également. »

  • Une dose de chic (mais pas pour vous)

La musique classique, mine de rien, c’est aussi une certaine présentation et un décorum. Transposer les concerts sur la plage la rend plus accessible, mais l’idée n’était pas de faire une version bas de gamme du sacro-saint concert. « Le symbole de l’Opéra, c’est le queue-de-pie, estime Philippe Tranchet. Je l’ai gardé, je ne voulais surtout pas de chemises à fleurs pour que la tenue impose le respect au public. L’idée c’était que le public vienne habillé en tenue de vacances, de plage, ou comme il le souhaitait, mais que nous ne fassions pas de différence avec le public de l’ Opéra de Paris. »

  • Un zeste de confiance

Passer l’après-midi à la plage et rester pour écouter de la musique qu’on ne connaît pas, parfois interprétée par des artistes qu’on ne connaît pas non plus ? Même pas peur pour le public, qui n’est pourtant pas, la plupart du temps, habitué aux salles parisiennes. « Les artistes et la programmation sont annoncés une semaine avant, mais les gens ne s’y intéressent pas vraiment, ils nous font confiance, reconnaît Philippe Tranchet. 80 % du public revient tous les ans. Les gens se sont choisis entre eux : Les habitués en parlent à leurs proches et les font venir. Il y a des Anglais, des Allemands qui viennent tous les ans… Quelqu’un a même acheté une maison à Royan pour pouvoir venir tous les étés ! »

  • Une pincée de communication

Des affiches sobres, la programmation révélée tard, un feu d’artifice chaque soir jamais revendiqué sur les plaquettes… Côté communication extérieure, on la joue très sobre. L’essentiel : la musique. Pour le directeur du festival, « les gens sont attachés à Violon sur le sable parce que certains sont venus petits. Tout est fait pour le public. Par exemple, ma priorité quand j’ai cherché un chef, c’était qu’il communique avec lui. Ça met les adultes qui n’y connaissent rien en musique plus à l’aise pour s’ouvrir à ce qu’ils vont entendre : les gens arrivés à un certain âge ont besoin de références, de savoir ce qu’ils écoutent. » Et visiblement, c’est une recette justement dosée. Trente ans après, elle fonctionne toujours aussi bien.