Francofolies: Christophe Willem et Yvan Cassar revisitent le «catalogue de tubes» de Michel Berger

INTERVIEW Le festival charentais maritime a donné cette année carte blanche à Christophe Willem, qui présentera le 13 juillet sa « création » avec le pianiste Yvan Cassar…

Propos recueillis par Fabien Randanne

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Yvan Cassar (à g.) et Christophe Willem (à dr.) rendront hommage à Michel Berger aux Francofolies de La Rochelle 2017.
Yvan Cassar (à g.) et Christophe Willem (à dr.) rendront hommage à Michel Berger aux Francofolies de La Rochelle 2017. — PJB – BENAROCH – F.Andrieu ; AgencePeps / SIPA
  • L’auteur-compositeur-chanteur et pianiste Michel Berger est mort il y a 25 ans, le 2 août 1992.
  • Les Francofolies lui rendent hommage avec un concert spécial de Christophe Willem et Yvan Cassar.
  • Le chanteur et le pianiste donneront leur interprétation des tubes de Michel Berger.

« Mais si tu crois un jour que tu m’aimes, ne crois pas que tes souvenirs me gênent… » Christophe Willem et Yvan Cassar livreront leur Message personnel aux Francofolies de La Rochelle le 13 juillet. Le festival a donné carte blanche à l’interprète de Double je qui a convié le pianiste à revisiter avec lui le répertoire de Michel Berger. Rencontre avec deux artistes qui insistent sur l’hommage qu’ils souhaitent rendre à travers leur création qui se jouera à guichets fermés.

Pourquoi avoir choisi l’œuvre de Michel Berger pour cette carte blanche ?

Christophe Willem : La raison la plus évidente est que l’on commémore cet été les 25 ans de sa disparition. C’était le moment le plus approprié pour lui rendre hommage, de manière sobre et élégante. Le faire avec Yvan était une évidence. On s’est axé sur la musicalité et les textes de Michel Berger et non sur une réorchestration qui risquait de trop gommer l’univers premier de l’artiste.

Ce sera une « création »… Donc autre chose qu’une succession de reprises ?

Yvan Cassar : On essaie de trouver du sens à l’articulation des chansons, mais malgré tout, ça va être des reprises dans le sens où on va rejouer une vingtaine de morceaux de Michel Berger. L’intérêt pour nous était de travailler sur la personnalité de ce qu’on allait proposer, de trouver les morceaux les plus adaptés à la voix de Christophe. On a une tendance naturelle à aller sur les chansons lentes, sur les ballades. D’abord parce que, par goût, on adore ça, et parce que dans la structure même de la composition de Michel Berger, dont le piano était l’instrument principal, on retrouve des bijoux. On ne savait plus comment choisir. On voulait aussi proposer une relecture, que les gens passent un moment de redécouverte de chansons qu’ils connaissent.

Vous avez cherché à trouver un équilibre entre les tubes et les chansons moins connues ?

C. W. : On n’était pas obligé de se cantonner à un album. L’idée d’appeler la création Message personnel c’est parce qu’on veut, en toute humilité, à travers notre vision de Michel Berger montrer l’axe émotionnel qui nous intéresse dans son répertoire. Notre envie première, c’est déjà de prendre beaucoup de plaisir à le faire et d’essayer au maximum que le public soit réceptif. Apporter notre patte sans que le spectateur des Francofolies perde ses repères.

Y. C. : Presque tout est connu dans son répertoire, c’est un catalogue de tubes. On a plutôt choisi les chansons qu’on aime et qu’on a envie de partager, qui correspondent le mieux à nos goûts et à la voix de Christophe. Je ne pense pas que quelqu’un vienne au spectacle en disant « Je veux absolument écouter cette chanson », mais il y aurait sûrement des déceptions si on ne faisait pas les grands golds. On les fait, mais on les fait naturellement.

C.W. : L’idée est aussi d’apporter une valeur ajoutée à l’œuvre de Michel Berger et ne pas – comme je le disais en riant – se retrouver à faire un karaoké géant sans intérêt. Certains titres n’ont pas été sélectionnés car on ne trouvait pas judicieux d’en faire une relecture ou parce que personnellement, vocalement, je n’apportais rien de supplémentaire.

Y. C. : Ce qui est intéressant, c’est que sur chaque titre il y a une proposition. Ce qui ne veut pas dire qu’on arrive de manière prétentieuse en disant : « On va tout changer »… Il y a parfois des partis pris parce qu’on se dit que le public a envie d’être surpris et on a envie de se surprendre nous-mêmes. Il y a aussi des chansons que l’on fait d’une manière presque « classique », parce que l’interprétation de Christophe en piano-voix suffit au propos. Il ne s’agit pas de tout révolutionner mais de rendre hommage à un artiste qu’on aime beaucoup.

Avez-vous une chanson préférée dans le menu de cette carte blanche ?

C.W. : C’est difficile. Il y a les chansons qu’on prend plaisir à entendre et celles qui nous ont surpris dans la manière dont on les a abordés. Par exemple Cézanne peint, je l’ai entendue énormément de fois et on a abouti à une version inattendue. Elle symbolise bien le travail qui a été fait sur cette carte blanche : prendre l’essence du titre, l’emmener ailleurs sans dénaturer l’originale. L’exercice de style, sur ce morceau particulièrement, me procure beaucoup de plaisir.

Y. C. : (Il acquiesce) Oui, on a eu un petit coup de cœur sur cette relecture. J’aime aussi beaucoup notre version de Il jouait du piano debout qui, je pense, surprendra beaucoup de gens.

Qu’évoque pour vous Michel Berger en tant que pianiste ?

Y. C. : On sent dans la composition que les chansons sont très adaptées à l’instrument piano, donc, en tant que pianiste, on ressent une parenté, une envie d’y aller, un geste naturel. Ce que je trouve magnifique et qui m’impressionne chez Michel Berger, c’est son talent mélodique. En ayant approfondi son œuvre, je me suis rendu compte de ses tics. Comme beaucoup de compositeurs de chansons, il a ses manières bien à lui d’enchaîner les accords et je pourrais définir chez lui trois manières de le faire. C’est là qu’on voit tout le génie mélodique parce que, à partir de ces trois manières, il a fait à chaque fois vingt, trente chansons. Je trouve ça fascinant. L’intérêt, pour moi, c’est de trouver une gourmandise à casser les codes des accords pour rechercher un habillage harmonique différent et trouver l’essence, le parfum le plus adapté à ce que raconte la chanson car, une ballade, c’est avant tout un texte, une histoire, des sentiments, des relations amoureuses brisées ou pleines d’enthousiasme.

Yvan, à l’automne, vous proposerez un nouveau concert hommage. Cette fois-ci, dédié à l’album « Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band » des Beatles…

Y. C. : Je suis spécialisé dans les hommages (il rit). Je commence une série au Théâtre des Champs-Elysées où on célébrera chaque année à un album anniversaire, une grande date de la pop ou du rock. Je vais prendre plaisir à travestir, à réarranger ces chansons. Plusieurs chanteurs assureront les reprises, avec un groupe vocal, un groupe acoustique, un ensemble de cordes et un brass band…

Christophe Willem en fera partie ?

Y. C. : Mais oui ! Il ne peut pas me dire non, c’est un ami ! [Christophe Willem approuve : « Avec plaisir ! »]

Christophe, « Marlon Brando » vient de sortir. C’est le premier single de votre prochain album…

C.W. : L’album s’appelle Rio et sort le 29 septembre. Dès le lendemain je serai en résidence aux Etoiles à Paris pour un mois, avant de poursuivre à Bruxelles [Belgique] et en Suisse. C’est une manière de faire découvrir l’album en mettant au centre le partage avec le public. Je ferais ensuite une tournée plus classique qui démarrera en mars 2018.

Quelle sera la couleur musicale de « Rio » ?

C.W. : L’album est très éclectique. Je me suis beaucoup investi, je l’ai composé avec Aurélien Mazin. J’ai signé plusieurs textes, dont certains avec Igit, et Zazie en a fait deux. C’est la première fois que j’écris vraiment des textes et que l’album parle aussi peu de moi. Mais tout en parlant moins de moi, je trouve qu’il me définit davantage à travers mon point de vue sur certains sujets, ma manière d’observer les choses.