La guerre entre Le Méliès et MK2-UGC

Alice Antheaume

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Marin Karmitz, fondateur des cinémas MK2
Marin Karmitz, fondateur des cinémas MK2 — MEIGNEUX / SIPA

Entre grands réseaux de cinéma et petites salles, les hostilités étaient déjà déclarées. Entre le Méliès, le cinéma municipal de Montreuil (190.000 entrées en 2007), en banlieue de Paris, et MK2-UGC (qui détiennent à eux deux plus des deux tiers des salles parisiennes), la guerre n’en finit plus.

La cause de la rixe: la concurrence entre le Méliès et deux cinémas (MK2 Nation, 4 salles, et MK2 Gambetta, 6 salles) que Marin Karmitz, le fondateur de MK2, juge «déloyale». Celui-ci déplore que le Méliès, en tant que salle municipale d’art et d’essai, propose des tarifs moindres que ceux pratiqués par les MK2. Ce à quoi Stéphane Goudet, le directeur du Méliès interrogé par 20minutes.fr, répond: «faire croire que Montreuil concurrence Paris, c’est appauvrir l’offre culturelle de la banlieue!»

L’été dernier, le projet d’élargissement du Méliès (passage de trois à six salles et implantation dans de nouveaux locaux, toujours à Montreuil) a accentué l’ire de Martin Karmitz qui rappelle que les «travaux et le fonctionnement» de celui qu’il considère comme son concurrent seront «intégralement financés par des fonds publics.»

Combat de chiffres

Or d’après Stéphane Goudet, «au total sur l'année, seules 16,58% des séances du MK2 Nation sont communes avec le Méliès.» Un pourcentage qui, selon MK2, serait bien supérieur: «plus de 30% de séances proposées au Méliès le sont également au MK2 Nation depuis janvier 2007».

Pourquoi cette différence de chiffres? Les deux camps ne font pas leurs calculs de la même façon. MK2 et UGC prennent les programmes de ciné et comptent les films communs à l’affiche chaque semaine avec le Méliès (cette semaine, trois avec le MK2 Gambetta ; deux avec le MK2 Nation). Quant au Méliès, il englobe dans ses comptes les séances des scolaires, que ne comptabilise pas MK2.

Rebond

Le conflit s’est encore envenimé cette semaine. Mardi, à la fin d’une conférence de presse organisée par MK2, les journalistes ont été invités par les organisateurs à sortir par l’arrière. La raison: éviter la rencontre avec Stéphane Goudet, posté à l’avant, désireux de distribuer les chiffres contradictoires sur son cinéma aux journalistes présents.

Samedi dernier, un autre événement a assuré le spectacle. Le collectif Renc'Art, qui soutient l'extension du cinéma de Montreuil, avait appelé à une manifestation près du MK2 Bibliothèque, dans le 13ème arrondissement, pour s’opposer au recours déposé par MK2 contre le projet du Méliès. Alors qu’une bousculade oppose contestataires et employés, Jean-Pierre Brard (le maire PCF de Montreuil qui milite aux côtés du Méliès) aurait mordu l'un des employés du MK2 qui s'interposait, s'indigne MK2, qui a porté plainte. Le maire de Montreuil, lui, a démenti tout usage de «violences physiques» et parle de «pures affabulations».

MK2 a déposé une plainte pour «injure publique» à propos d’une pub parue dans plusieurs journaux (20 Minutes, L'Humanité, et Montreuil Dépêche Hebdo) affirmant «UGC et MK2 attaquent le cinéma de Montreuil Le Méliès» et rappelant l'affiche du film «Les dents de la mer», avec un requin — sous les traits de Karmitz — qui s'apprête à avaler un poisson rouge.