«Le doute, un excellent moteur de la créativité»

INTERVIEW Philippe Dupuy, auteur de bande dessinée, et l'un des deux grand prix du Festival d'Angoulême...

Recueilli par Olivier Mimran

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Philippe Dupuy, auteur de bande dessinée, et l'un des deux grand prix du Festival d'Angoulême.

Comment vivez-vous cette distinction ?

Charles Berberian et moi sommes évidemment très heureux, même si la surprise a été énorme. On est aussi un peu embarrassés, parce qu'un tas d'autres auteurs l'auraient méritée et, parmi eux, de nombreux amis.

Grand prix cette année, vous coprésiderez la prochaine édition. Quel sera votre mot d'ordre ?

Je préfère rester prudent là-dessus, parce qu'on n'a aucune idée des contraintes économiques et matérielles auxquelles nous seront soumis. L'équipe du festival ambitionne d'éradiquer les chapelles qui nuisent à la BD et de suivre une ligne culturelle qui ne soit pas élitiste. Comme on partage ce point de vue, on essaiera de travailler dans ce sens. Oups ! J'ai l'impression de parler comme un homme politique là...

Le fait d'être deux rend la perspective plus confortable?

Dans un certain sens, parce qu'avec Charles, on se complète en étant très différents. Ça nous permettra de multiplier les angles. Mais jouer à quatre mains ne signifie pas diviser le travail par deux ! On a même tendance à en faire deux fois plus, donc je suppose que ce ne sera pas de tout repos...

Quels albums conseilleriez-vous aux lecteurs de 20Minutes qui souhaiteraient découvrir votre travail?

Un «Monsieur Jean», forcément. C'est la partie visible de notre iceberg artistique. Peut-être Vivons heureux sans en avoir l'air (Humanoïdes associés), le tome IV, qui a reçu le prix du meilleur album en 1999 et pour lequel on a une certaine tendresse. Et en miroir, Le Journal d'un album (L'Association), un livre plus intimiste. Dans toute oeuvre, il y a des portes d'entrée et ces deux titres en sont certainement les meilleures.

Vous exprimiez justement vos doutes en tant qu'auteurs dans Le Journal d'un album. Vous voilà rassurés?

Un peu par le fait d'être reconnus par nos pairs. Mais le doute est un excellent moteur pour la créativité, on espère donc ne jamais le perdre.