Palahniuk revient, plus contagieux que jamais

Karine Papillaud - ©2008 20 minutes

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Un livre coup-de-poing, vigoureusement asséné par l'Américain Chuck Palahniuk. En signant Peste (Denoël), l'auteur de Fight Club invente la biographie d'un certain Buster Casey, un mythe urbain bien sombre. Ce drôle de type dont tout le monde parle, mais qui n'apparaît jamais dans le livre, participe la nuit à des courses de voitures mortelles. Il est aussi et surtout un fléau vivant, responsable de la plus terrible épidémie mortelle de cette époque futuriste : rendu accro dès l'enfance aux venins de serpents, d'araignées et autres morsures de rongeurs, il est porteur « sain » de la rage. Son histoire est racontée par une série de témoins qu'on croise et recroise. Un peu comme un simulacre de reportage où chacun apporte sa version, même contradictoire.

Palahniuk est journaliste, on le soupçonne de se moquer un peu de son métier à travers cette forme déroutante et rapidement hypnotique. Tout cela est étrange, inquiétant et parfois horrible, comme l'auteur aime et sait faire. Mais ce huitième opus est addictif comme une morsure de veuve noire. D'abord, il est truffé d'un humour irrésistible : dans Peste, les déjeuners de Thanksgiving sont l'occasion de se débarrasser des personnes âgées de la famille. Mais surtout, il dissèque avec curiosité une société urbaine qui ressemble à la nôtre, en intégrant cette fois-ci une dimension chamanique. Il réussit en artiste à questionner les relations entre le présent, le passé et le futur, mais aussi entre la fiction et la réalité, en évitant tous les clichés du genre.