Lavilliers, on the road again

Loren Baux - ©2008 20 minutes

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Assis à une table du Mécano Bar (Paris 11e), la boucle d'oreille éternelle, le verre de bière à portée de main, Bernard Lavilliers a l'air d'un marin en escale, intarissable d'anecdotes sur les destinations où l'a conduit son nouvel album, Samedi soir à Beyrouth. « Je sortais en boîte avec des potes libanais. C'était un samedi. Le lendemain, l'ambassade du Dane­­mark a cramé, ça tirait dans tous les sens, » raconte le baroudeur. A chaud, ce 2 février 2006, il note dans son carnet Moleskine tout ce que lui inspire cette « ville blessée qui se farde pour continuer à vivre ».

Après Beyrouth, Recife, festive et violente. Puis, Kingston, la jamaïcaine, et Memphis désertée, berceau de la soul où se trouve le Studio 50 de Willie Mitchell. « Je savais que le mec était toujours là. On a travaillé dans son studio roots en mélangeant des tempos de soul et des rythmes jamaïcano-orientaux », explique-t-il en tapant la cadence sur la table. Au final, les paroles tristes sur le voyage et les femmes vibrent sur des mélodies qui swinguent, dans Solitaire, ou qui murmurent, sur Bosse. Pour ce titre social, le loup de mer fait un crochet par la France : « J'en avais marre de ce ?travailler plus?, comme si on n'avait jamais rien foutu », avant d'ajouter qu'il n'évoquera pas « ces personnes dont on parle beaucoup trop ». Le voyageur solitaire préfère s'en tenir à la musique, « un passeport universel, une sorte de pouvoir qui permet de prendre une guitare n'importe où et de faire un break ».