VIDEO. 50 ans de «Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band» des Beatles, une révolution pop à fêter en fanfare

CULTE La Maison de la radio lui consacre sa première exposition, Sgt. Pepper’s Experience, qui ouvre ses portes ce vendredi et l’album est réédité en multiformats…

Anne Demoulin
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Pochette du 8e album des Beatles, «Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band»
Pochette du 8e album des Beatles, «Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band» — Capitol

Certains fans lui préfèrent le folk Rubber Soul, l’expérimental Revolver ou le fascinant melting pot Abbey Road. Tout le monde s’accorde néanmoins pour dire que le 8e album des Beatles sorti en Grande-Bretagne le 1er juin 1967, Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, est le plus important. Il figure, entre autres, à la première place de la liste des 500 plus grands albums de tous les temps de Rolling Stone.

A l’occasion des 50 ans de la sortie de l’album mythique ce jeudi, la Maison de la radio lui consacre sa première exposition, Sgt. Pepper’s Experience, jusqu’au 29 juillet 2017 à Paris. L’occasion de se plonger dans l’univers de ce chef-d’œuvre au travers un parcours sous la forme d’un pop-up géant, interactif et radioguidé : « A chaque double page du pop-up, un épisode radio réalisé par un producteur journaliste de Radio France. La visite se fait par groupe de 4, comme les Beatles », précise Marc Benaïche, le commissaire de l’exposition. Une expérience psychédélique en 10 étapes où l’on perçoit comment le Sergent Poivre a métamorphosé le monde de la musique.

Entrée en fanfare

« L’ouverture de l’exposition correspond au concept de l’album qui n’a de concept que le premier titre, Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band », explique Marc Benaïche. La « fanfare du club des cœurs solitaires du Sergent Poivre » accueille l’auditeur, et le salue dans une reprise du titre sur l’avant-dernière piste du disque.

Le décor fait aussi « référence au monde du cirque », un clin d’œil à Being for the Benefit of Mr. Kite !, chanson inspirée d’une affiche de cirque datant de l’époque victorienne, achetée par John Lennon chez un antiquaire dans le Kent. « L’idée était de faire un truc marrant, parce que les Beatles ne se prenaient pas la tête. »

Pochette surprise

La pochette de l’album, l’une des plus célèbres de l’histoire de la musique, reproduite à l’échelle humaine est animée par un mapping vidéo. La star du Pop Art britannique « Peter Blake avait créé de vrais personnages avec un paysage, une grosse caisse et un parterre de fleurs », rappelle Marc Benaïche.

Les Beatles trônent au centre en uniforme de parade de couleurs différentes, derrière une grosse caisse qui porte un logo conçu par Joe Ephgrave. A leurs côtés, des statues de cire à l’effigie des anciens Beatles, ceux à la coupe au bol et une multitude de personnalités de Marylin Monroe à Bob Dylan en passant par Edgar Allan Poe ou Stockhausen. « Quand l’album est sorti, on ne savait pas qui était qui. »

Influences multiples

Comme un miroir à cette pochette, « Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band est issue d’une longue maturation qui a commencé avec John Cage en musique, Andy Warhol et Pop Art, On the Road de Jack Kerouac et la Beat Generation », explique le commissaire. La jeunesse d’alors, à laquelle les Beatles appartiennent, ne se reconnaît plus dans la morale étriquée qu’on lui impose. Relations sexuelles libres, drogues, pratiques de religions orientales, les hippies, héritiers des beatniks, incarnent cette contre-culture.

Révolution pop

1967 est aussi « l’année de la révolution pop ». Après Revolver, sorti en 1966 en réplique à Pet Sounds des Beach Boys, Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band poursuit le duel musical opposant les petits gars de Liverpool aux Californiens. Il naît dans un contexte de créativité exceptionnel alors que sortent Blonde to blonde de Bob Dylan, l’album surnommé « à la banane » du Velvet Underground et les premiers albums des Doors ou de Jimi Hendrix.

La fin du rock’n’roll primitif

Lorsque Brian Wilson, le compositeur dépressif des Beach Boys découvre le dernier opus des Beatles, il est tellement bouleversé qu’il n’arrive pas à terminer le sien, Smiley Smile. Jimi Hendrix reprend sur scène le premier titre de l’album au lendemain de sa sortie.

She’s a Rainbow, rétorquent les Stones, We’re Only in It for the Money, parodie Frank Zappa, Pandemonium Shadow Show, reprend Harry Nilsson. « Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band est un album révolutionnaire qui participe au mythe du plus grand groupe du monde, il rompt les amarres avec le rock’n’roll primitif et la gentille variété pop », dit Jousse en voix off d’un faux Scopitone.

Des paroles surréalistes

« Un karaoké avec Lucy in the Sky with Diamonds illustre de manière complètement littérale le délire psychédélique de John Lennon. On a des tartes Chamallow qui s’envolent… », se réjouit le commissaire, et des « filles aux yeux kaléidoscopes ». « Lorsqu’ils chantent Love Me Do, c’est assez simple à traduire, le Sergent Poivre pose quelques problèmes d’adaptation ! »

L’usage des psychotropes

Nombreux sont ceux qui s’amusent à repérer les allusions à la drogue dans l’album : Fixing a Hole fait référence à un « fix », « Henry the Horse » dans Being for the Benefit of Mr. Kite ! évoque l’héroïne, « horse » signifiant « héroïne » en argot anglais, les initiales LSD de Lucy in the Sky with Diamonds et son texte surréaliste.

Si les Beatles n’ont jamais caché leur usage de substances psychotropes, Lennon et McCartney s’en défendent. Il est assez évident que l’hallucinogène plane sur la chanson, et tout l’album.

L’expérimentation en studio

L’atmosphère hystérique qui règne dans les concerts des Beatles rend ceux-ci inaudibles. Ils décident d’arrêter les tournées en 1966 et de poursuivre l’expérimentation en studio initié avec Revolver. Le groupe s’enferme, de décembre 1966 à avril 1967 avec leur producteur George Martin et l’ingénieur du son Geoff Emerick pour enregistrer les 13 chansons de l’album et deux singles (Strawberry Fields Forever et Penny Lane). 129 jours d’enregistrement contre 7 à 15 jours d’ordinaire à l’époque.

Ils inventent la « synchronisation » de deux magnétophones 4-pistes, engage le compositeur Mike Leander pour écrire les arrangements de la section des cordes de A Day In a Life où sont juxtaposés deux chansons grâce à un « orgasme sonore », interprété par un orchestre. Du jamais vu ! L’album marque le début d’une « nouvelle culture, celle du studio d’enregistrement utilisé comme un instrument à part entière », commente Rebecca Manzoni, devant le clip intégral de A Day In a Life.

L’ouverture à des sonorités venues d’ailleurs

« Nous avons créé un espace George Harrison, on s’allonge et on projette au plafond un mandala bouddhiste psychédélique projeté », décrit le commissaire. Un espace chillout qui fait référence au voyage en Inde où George Harrisson a pris des des cours de sitar auprès de Ravi Shankar, que l’on retrouve sur Within You Without You. « C’est précurseur de ce qu’on appellera vingt ans plus tard la World Music », commente Marc Benaïche.

Le Summer of love

« All You Need is Love arrive juste après la sortie de l’album », poursuit-il. Une chanson, jouée et enregistrée, dans le cadre de la participation du groupe à Our World, pour le premier mondovision de la télévision, le 25 juin 1967, pour un auditoire de 400 à 700 millions de téléspectateurs ! Ce titre deviendra l’hymne du Flower Power et dans l’exposition de Radio France, il faut se tenir la main pour que le morceau se joue. With a Little Help from My Friends, écrite pour Ringo Starr par John Lennon et Paul McCartney, reprise par Joe Cocker, deviendra en 1969, celui de Woodstock.

« Leur amitié a contribué à leur succès », Marc Benaïche. Un impact tel que Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band est « probablement celui dont on a le plus parlé depuis 50 ans. L’exposition est conçue pour que les fans s’y retrouvent en vivant une expérience autour de l’album et qu’une nouvelle génération découvre et comprenne ce moment de créativité assez exceptionnel », conclut le commissaire. Une exposition psychédélique pour un album mythique, réédité pour l’occasion en multiformats !