Songe d'une nuit d'hiver

Stéphane Leblanc - ©2008 20 minutes

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Il flotte des volutes de mystères dans cette pièce qui débute dans un dédale de clairs-obscurs. La Petite Catherine de Heilbronn, telle que la met en scène André Engel aux Ateliers Berthier, jusqu'au 23 février à Paris, ressemble à un cauchemar de David Lynch. Nous sommes pourtant chez Heinrich von Kleist, poète romantique allemand, dans un univers créé en 1807 et peuplé d'anges et de démons. Mais aussi d'hommes trop humains, comme ce comte Wetter von Trahl (Jérôme Kircher, vibrant), qui cherche sa promise d'après des indications reçues en songe, mais se méprend en croyant reconnaître la noble mais perfide Cunégonde (Anna Mouglalis, tout en voix grave et en posture de plante vénéneuse). Car l'héroïne, c'est bien la petite Catherine du titre, qu'incarne Julie-Marie Parmentier avec un doux mélange de candeur, de fougue et de grâce. Pourquoi le comte l'a-t-il arrachée aux siens, comme il le lui est reproché au cours d'un long prologue dans la pénombre ? Ne serait-ce pas plutôt la jeune fille qui le poursuit sans relâche ? Ces questions charpentent un drame qui aspire, de fausse piste en chausse-trappe, à un état d'apaisement. Celui-là même que Kleist a dû rechercher lorsqu'il s'est donné la mort avec sa compagne au bord d'un lac en novembre 1811, à l'âge de 34 ans.