Daniel Buren: «L'Etat n'est pas capable d'entretenir les oeuvres dont il a la charge»

Propos recueillis par Alice Antheaume

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Christine Albanel et Daniel Buren marchent au milieu des colonnes du Palais Royal, le 18 janvier 2008
Christine Albanel et Daniel Buren marchent au milieu des colonnes du Palais Royal, le 18 janvier 2008 — PHOTO PATRICK KOVARIK

En décembre dernier, Daniel Buren menaçait de faire détruire ses colonnes dans les jardins du palais Royal, à Paris. Deux jours avant la rencontre, ce vendredi, du sculpteur et de la ministre de la Culture pour parler des travaux à effectuer («l’urgence, c’est l’étanchéité. Je voudrais qu'on lance le mouvement avant l'été», peut-etre avec des partenaires privés, a promis Christine Albanel), Daniel Buren s'est expliqué auprès de 20minutes. Interview.

Comptez-vous toujours détruire vos colonnes? Si oui, à quelle date?
Je suis complètement incapable, physiquement, financièrement et légalement, de détruire quoique ce soit. Il n’en est donc pas question pour le moment - et je pense que ce moment n’arrivera pas. J’ai simplement dit que si l’Etat, propriétaire de l’œuvre en question - «Les Deux Plateaux», classée Monument Historique - n’était pas capable d’entretenir correctement ce dont il a la charge, je devrais alors demander à ce qu’il détruise de façon radicale une œuvre que ce même Etat laisse à l’abandon, qu’il laisse se dégrader petit à petit. Ce que, en tant qu’auteur, je ne peux laisser se perpétuer. C’est mon droit moral qui est en jeu. J’ajouterais que la loi oblige l’Etat à maintenir en parfait état les oeuvres qu’il a acquises. Bien avant que d’en arriver à une destruction quelconque, mon rôle est donc de demander à l’Etat d’accomplir correctement ses obligations et de restaurer la fontaine souterraine et tout le système électrique permettant de colorer l’oeuvre dès la nuit tombée.

Avez-vous eu des retours de la part de l'Etat? Vous a-t-on promis une éventuelle restauration de votre oeuvre?
Il y a huit ans déjà que l’Etat m’a promis de remédier aux dysfonctionnements. Il y a donc urgence, maintenant, que ces promesses se concrétisent. Je rappellerais une fois encore que les dysfonctionnements sont dus à un manque d’entretien et non à un vice quelconque de construction. D’autre part, ce qui forme l’image directe que tout le monde connaît de mon travail - que d’aucuns ont appelé «Les Colonnes de Buren» - est aussi fraîche et parfaite qu’au premier jour, il y a presque 22 ans. Depuis deux décennies, le public ne se lasse pas de toucher ces polygones appelés «colonnes», de les escalader, de sauter dessus, de slalomer entre elles en skate-board. Savez-vous que, au bas mot, le nombre minimum de personnes qui utilisent ce lieu et le visitent s’élève aujourd’hui à plus de 35 millions?

Jean-Pierre Raynaud a donné son accord, mardi, pour que l'une de ses oeuvres, installée dans l’immeuble d’une entreprise, soit détruite, faute de pouvoir être déplacée aux conditions qu'il souhaitait. Qu'en pensez-vous? Peut-on dire que vous vivez des situations similaires?
Je ne suis pas au courant de cette péripétie. S’il a demandé la destruction de son oeuvre et qu’on lui a accordé, je pense qu’il avait de bonnes raisons de la demander. J’ai moi-même demandé la destruction de sept oeuvres différentes, situées dans sept villes de France qui, de Marseille à Paris, ponctuaient la «Marche des Marseillais» lors de la Révolution Française. Car ces pièces, dons de l’Etat aux villes en question, étaient pour la plupart laissées à l’abandon. J’ai, après des années de batailles diverses et variées, obtenu gain de cause: toutes ces œuvres ont aujourd’hui été démontées et ont disparu.

Si vos colonnes étaient malheureusement détruites, qui auraient les débris? Vous? L'Etat?

La destruction de cette oeuvre et la réfection d’une manière ou d’une autre de la cour d’Honneur coûterait plus chère à l’Etat que de remettre en place ce qui doit l’être. Je ne crois donc pas trop à cette solution qui serait juste absurde, voire légalement impossible. Si l’oeuvre devait être détruite, les débris serviraient de remblais quelque part, un point c’est tout.