VIDEO. Damso, le nouvel intello du rap game assume sa vulgarité

HIP-HOP Le rappeur belge sort un deuxième album, « Ipséité », qui bat déjà des records…

Benjamin Chapon

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Le rappeur belge Damso
Le rappeur belge Damso — G.Durand

Streamé plus de 30 millions de fois la première semaine de sa sortie, le deuxième album de Damso, Ipséité, a déjà battu le record du genre sur Spotify. Il a également pris directement la tête du top album pour devenir disque d’or en moins d’une semaine. Déjà remarqué avec son album Batterie faible sorti à l’été 2016, Damso est le rappeur incontournable du moment. Son écriture précieuse et ses textes volontiers introspectifs lui ont valu l’étiquette de rappeur intello. Pourtant, il est aussi capable de textes très violemment misogynes, de formulations hard-core dérangeantes, le tout mis en scène dans des clips à l’esthétique violente.

« Je suis vulgaire, j’assume ça. Ça fait partie de moi, explique Damso à 20 Minutes. Je n’écris que sur ce que je connais, et il n’y a rien que je connaisse mieux que moi-même. La musique permet de parler à ce qu’il y a de plus profond en nous. C’est pour ça que la concession, c’est le début de l’échec en art. »

« Papa, t’es vulgaire »

Sans concession donc, Damso écrit sur tous les thèmes qui lui sont chers et propres, et évite ceux qu’ils ne maîtrisent pas. « Je ne vais pas rapper sur la prison ou les gangs, même si je sais que ça fait partie des codes soi-disant incontournables. Je préfère des choses intimes, qui peuvent être violentes d’ailleurs. Aujourd’hui, je gagne de l’argent, je ne suis plus dans la rue. Si j’écrivais de nouveaux textes sur la rue, j’y exprimerai un nouveau point de vue : les regrets, les trahisons. »

Jeune papa, il n’envisage pas de mettre de l’eau dans son vin. « Etre père, ça m’ouvre des perspectives, je vais pouvoir écrire sur les gazouillis. Mais ça ne m’empêchera pas d’écrire des horreurs. Plus tard, mon fils me dira peut-être « Papa, t’es vulgaire ! », mais je pourrais lui expliquer que j’étais moi-même. Je refuse de me censurer. Les mafieux, ils n’arrêtent pas de faire du business et de tuer des gens quand ils ont des enfants… »

Le temps du succès

Cette intransigeance artistique s’accompagne d’une écriture équivoque, qui s’éloigne, par la richesse du vocabulaire et des formules, de la punch-linerie habituelle. « Les gens ne comprenaient pas ma musique aux débuts, analyse Damso. Il faut rentrer dans mon univers, ça peut prendre du temps. Il y a certains titres de l’album qui marchent fort aujourd’hui mais qui ont fait 1000 vues quand je les ai postés la première fois. » Si l’on s’arrête aux fanfaronnades de macho qui confond les femmes avec des serpillières, on rate l’essentiel de Damso. Derrière cette violence dérangeante se cachent des textes à double ou triple lecture, sur la douleur d’être au monde, d’être parmi les autres.

Pour autant, Damso ne comprend pas bien l’étiquette de « rappeur intello », s’en amuse un peu et a l’impression de s’exprimer normalement. « Je veux que tout le monde puisse comprendre mes textes pour peu qu’on s’y penche un petit peu. Je peux passer beaucoup de temps sur un couplet. Certains titres, j’ai mis trois mois à les finir. Mais cet effort, il ne doit pas s’entendre, il faut que les phrases coulent bien. »

Elles coulent si bien que le style Damso pourrait faire école. Son talent et son histoire d’enfant arrivé à Bruxelles, de Kinshasa, à 9 ans, n’appartiennent qu’à lui, mais de nombreux jeunes rappeurs devraient s’inspirer de sa façon de s’adresser au public, sans concession sur les côtés sombres et avec la passion du verbe.