Eurovision: L'ex-favorite, Blanche, veut éviter la mauvaise blague belge

MUSIQUE Il y a quelques semaines, la représentante de la Belgique était considérée comme une sérieuse candidate à la victoire. Mais ça, c’était avant sa première répétition…

Fabien Randanne

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Blanche, candidate de la Belgique à l'Eurovision 2017, lors de sa deuxième répétition au Centre d'expositions de Kiev (Ukraine), le 4 mai 2017.
Blanche, candidate de la Belgique à l'Eurovision 2017, lors de sa deuxième répétition au Centre d'expositions de Kiev (Ukraine), le 4 mai 2017. — Thomas Hanses
  • Ellie Delvaux, alias Blanche, 17 ans, est la représentante de la Belgique à l’Eurovision à Kiev (Ukraine) avec sa chanson « City Lights »
  • Blanche participera à la première demi-finale, ce mardi, en espérant décrocher l’une des dix places qualificatives pour la finale de samedi.
  • Grande favorite il y a quelques semaines, la chanteuse a vu sa cote baisser chez les bookmakers après des répétitions décevantes.

De notre envoyé spécial à Kiev (Ukraine),

C’est l’histoire d’une Belge de 17 ans propulsée sur la scène de l’Eurovision pour représenter son pays. C’est l’histoire d’un conte de fées qui pourrait virer au cauchemar. C’est une histoire entre grands espoirs et petites cruautés comme sait en réserver l’Eurovision.

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Bref, c’est l’histoire de Blanche (Ellie Delvaux à l’état-civil) qui chantera City Lights lors de la première demi-finale du concours à Kiev ce mardi soir*. Tout avait pourtant bien commencé pour la jeune artiste. Eliminée en quarts de finale de finale du The Voice belge l’an passé, elle a été contactée dans la foulée par Pierre Dumoulin, leader du groupe Roscoe. Tombé sous le charme de sa voix, il lui propose de travailler ensemble. Ils ont enregistré plusieurs démos, dont le morceau que la RTBF, la télévision publique belge francophone, a sélectionné pour le concours.

« J’ai un peu peur de me retrouver dans le bas du classement au final »

Quand, début mars, le clip de City Lights est mis en ligne, la cote de la Belgique monte en flèche chez les bookmakers. Blanche se retrouve deuxième favorite pour remporter le trophée, derrière l’Italien Francesco Gabbani.

« Je suis ravie, je me dis que c’est bien parti, confie-t-elle à 20 Minutes quelques semaines plus tard alors qu’elle est au sommet de la hype eurovisionnesque. Ça ne me met pas la pression, mais j’ai un peu peur de me retrouver dans le bas du classement au final. » Et de lâcher dans un élan de sincérité : « Je m’attends de moins en moins à ne pas être dans le Top 10. » Trop ambitieuse ? Pas vraiment. A l’époque, on lui aurait également garanti un bon classement.

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« C’est comme si elle ne se rendait pas compte qu’elle était à l’Eurovision »

Mais ça, c’était avant. Avant sa première répétition sur la scène du Centre d’expositions de Kiev (Ukraine) où se déroule le concours cette année. A cet exercice, il faut d’emblée être au taquet : chaque artiste dispose de 30 minutes, pas une de plus, pas une de moins, pour s’exercer.

Dimanche 30 avril, les supporters belges tombent de l’armoire. La répétition est à huis clos, mais une captation vidéo est diffusée en direct dans la salle de presse. Les observateurs trouvent Blanche trop nerveuse, sa prestation déçoit, et, sur Internet, les commentaires plus ou moins bien attentionnés abondent. Côté bookmakers, c’est la dégringolade. Ce lundi midi, elle émargeait à la 13e place.

« C’était assez médiocre, elle ne regardait pas la caméra, c’est comme si elle ne se rendait pas compte qu’elle était à l’Eurovision. J’ai su à ce moment-là qu’on ne gagnerait pas », raconte David Taelman Hermans, rédacteur belge du site Oikotimes. L’artiste que beaucoup décrivent comme « dans son petit monde », « renfermée » et « surprotégée par son entourage », semble bouffée par le stress.

« Elle ne sait pas trouver les caméras »

Jeudi 4 mai, pour la deuxième répétition, Blanche a, comme l’exige le règlement, répété en tenue de scène - alors que la première s’effectue généralement en tenue de ville. « Elle a fait quelques ajustements après la première répétition, des changements de gestuelle qui donnent un rendu plus propre. Mais elle ne sait pas trouver les caméras, sauf une fois où elle sourit un peu, c’est toujours le problème. Et puis, elle chante le dernier refrain plus haut que dans la version studio, c’est son choix, elle veut montrer qu’elle sait monter dans les aigus. Personnellement, je trouve ça moins réussi », glisse Luc Sermeus, président de l’OGAE (Organisation générale des amateurs de l’Eurovision) Belgium, qui, croisé dimanche en salle de presse, semble malgré tout confiant pour la qualification en finale.

« La place en finale n’est jamais acquise, temporise Pierre Bertinchamps, journaliste à Télépro.be. Elle a une belle voix et son univers peut plaire. Il faut miser sur les votes des jurys professionnels et un peu sur celui des téléspectateurs. Il y a dix-huit candidats pour dix places qualificatives, ça peut passer de justesse. »

Le « syndrome Roberto Bellarosa »

Du côté de la délégation belge, « c’est "Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes", selon David Taelman Hermans qui parle de "syndrome Roberto Bellarosa" ». Ne cherchez pas cette pathologie dans le dictionnaire médical, mais dégainez plutôt les archives de l’Eurovision.

Ledit Bellarosa représentait la Belgique au concours en 2013. Il a raté ses répétitions dans les grandes largeurs. Et puis, le soir de la demi-finale : miracle. Le chanteur a fait mentir toutes les mauvaises langues qui lui promettaient une élimination d’emblée en sortant la performance de sa vie. (Oui, DE SA VIE, quand il est question d’Eurovision, il faut toujours faire dans l’emphase) En finale, il a terminé à une 12e place qui paraissait inimaginable une poignée de jours plus tôt.

Pierre Bertinchamps livre le même diagnostic : « On peut espérer que Blanche, lors de sa demi-finale aura un déclic similaire à celui de Bellarosa. » Il ne reste qu’à croiser les doigts pour que les paroles de la chanson de la jeune Belge ne soient pas prémonitoires : « All alone in the danger zone. (…) Are we going to lose it all ? ». Soit, en français : « Toute seule dans la zone de danger. Allons-nous tout perdre ? »

* La première demi-finale est diffusée en direct sur France 4 ce mardi dès 21h. La finale, à laquelle participera la France, sera diffusée samedi 13 mai, en direct, sur France 2, dès 20h50.