Francesco Gabbani candidat de l'Italie à l'Eurovision 2017.
Francesco Gabbani candidat de l'Italie à l'Eurovision 2017. — Efrem Lukatsky/AP/SIPA

MUSIQUE

Eurovision: Sanremo et singe dansant... Comment Francesco Gabbani s'est imposé en favori

« 20 Minutes » vous présente le candidat italien que beaucoup voient comme le gagnant de l’édition 2017 à Kiev (Ukraine)…

  • Le 13 mai, Francesco Gabbani représentera l'Italie en finale de l'Eurovision à Kiev (Ukraine).
  • Il est le favori pour remporter le concours, mais la cote de Salvador Sobral, le candidat du Portugal, ne fait que grimper depuis lundi...
  • Sa chanson «Occidentali's Karma» moque la façon dont les Occidentaux se réapproprient les cultures asiatiques et les paroles contiennent quelques références codées.

Cheveux gominés, costume impeccablement taillé et moustache posée sur un sourire immaculé : tout en Francesco Gabbani crie l’Italie. On l’imaginerait parfaitement se déhancher dans une fiesta de La Grande Bellezza ou jouer les daddy top model à un défilé Dolce & Gabbana. Sauf que c’est sur la scène de l’ Eurovision qu’il laissera sa classe transalpine irradier dans la nuit ukrainienne (le concours à lieu à Kiev, pas à Tchernobyl), le 13 mai.

Car le grandissimo favori pour décrocher le trophée cette année, c’est lui. En même pas trois mois, le compteur sous le clip de sa chanson, Occidentali’s Karma, est en surchauffe :  les 100 millions de vues ont été dépassées en un temps record. Jamais un titre du concours n’avait créé un tel enthousiasme. Les bookmakers le considèrent de loin comme l’évident gagnant et les fans s’attendent déjà à aller à Rome pour le prochain concours.

« J’ai peur d’être encore plus déçu si je ne gagne pas »

« Etre le favori, ça me fait d’abord très plaisir et ça me donne de l’entrain pour affronter la compétition, mais d’un autre côté, à force de me l’entendre dire, j’ai peur d’être encore plus déçu si je ne gagne pas », assure Francesco Gabbani à 20 Minutes. La réponse semble convenue, pourtant, l’Italien fait rarement dans le consensuel.

S'il a sorti plusieurs singles en 2011 et un premier album en 2014, avec un succès relatif, la première fois qu’il a vraiment fait parler de lui, c’était il y a un an. Le chanteur participait au Festival de Sanremo dans la catégorie « Nuove Proposte » (« nouveaux talents »). Ça ne vous dit peut-être rien, mais ce concours bientôt septuagénaire est une institution de l’autre côté des Alpes. Pendant une semaine, l’agitation des rues italiennes cesse tous les soirs. Les gens ont les oreilles rivées sur le show télé, des tours éliminatoires à la finale : on n’entend plus une Vespa rouler. Sachez que si l’Eurovision a vu le jour, c’est en grande partie en s’inspirant du modèle de Sanremo. Autrement dit, ce Festival ce n’est pas une kermesse de maternelle.

Star à San Remo

En 2016 donc, Francesco Gabbani participait avec sa chanson Amen. Et il a gagné. Une victoire qui tient du miracle tant les paroles du morceau étaient peu… amènes avec les croyants. « Jésus est devenu agnostique, les tueurs se convertissent. Quelqu’un est déjà en odeur de sainteté, la foule fait la queue devant les magasins de l’inutilité. Mais il n’y a déjà plus rien à vendre. Les amis, allez en paix. » Soit la crise de foi d’un homme qui digère mal l’enfer sur Terre.

Février 2017, le Toscan fait son retour au Festival de Sanremo. Cette fois, du côté des « Big ». Une victoire dans cette catégorie offre la possibilité d’aller ensuite représenter l’Italie à l’Eurovision. Francesco Gabbani n’est pas vraiment le favori, contrairement à la méga star Fiorella Mannoia. Mais au milieu des balades, son Occidentali’s Karma se démarque. Et gagne.

Des messages cachés dans les paroles

« C’est une chanson dansante, mais il était important pour moi qu’elle ait du sens, précise-t-il à 20 MinutesOccidentali’s Karma ironise sur la tendance irrespectueuse des Occidentaux à mettre à leur sauce les cultures orientales. C’est le thème de base, mais il y aussi plusieurs messages cachés dans les paroles et j’aimerais que ça incite l’auditeur à s’informer sur leurs significations. »

Comme dans Da Vinci Code, on a enquêté. Par exemple, le singe nu (« la scimmia nuda ») qui danse dans le refrain n’est pas une référence à un porno zoophile mais à l’essai du même nom signé par l’éthologue Desmond Morris. On n’a pas lu le bouquin, mais c’est assurément très sérieux. Et puis le chercheur britannique a adoubé le chanteur italien. Les deux hommes se sont rencontrés à Oxford et l’anglais est prêt à dégainer son téléphone pour voter le soir de l’Eurovision. La preuve que Francesco ne chante pas des conneries.

« Un duo avec Alma ? Pourquoi pas ? »

En revanche, il le concède à 20 Minutes, s’il a écouté les chansons de ses adversaires au concours, il n’a « pas forcément prêté attention au sens des paroles ». Faites ce que je dis, pas ce que je fais… Bon, on le pardonne parce qu’il nous assure que Requiem, la chanson d’ Alma, la candidate française, est « l’une de [ses] préférées ». On est prêt à parier qu’il ne dit pas ça pour flatter notre orgueil franchouillard. D’autant qu’il semble avoir bien sympathisé avec la Française. « Je l’ai rencontrée à Londres. Comme elle parle italien et que je suis loin d’être un as en anglais, elle me traduisait tout, raconte-t-il. On s’est bien entendus. Faire un duo avec elle ? Pourquoi pas ? Ça pourrait être chouette. »

En attendant de, peut-être, partager une scène avec la belle Alma, ce qui l’attend à l’Eurovision, c’est une chorégraphie avec un singe. Enfin, avec un danseur déguisé en gorille - le règlement interdit de toute façon de se produire avec un animal. Cela faisait déjà partie de sa prestation à San Remo. « Ça a bien fonctionné, c’est un point important de la chanson », assure Francesco Gabbani, qui espère sans doute qu’à l’heure des résultats son vieux singe n’aura pas besoin de lui apprendre à faire la grimace. Il n'empêche, cette semaine, à Kiev, le Lisboète Salvador Sobral a quelque peu relégué l'Italien au second plan dans le radar des journalistes. Depuis lundi, la cote du Portugal ne fait que monter. Pas sûr que Francesco Gabbani reste si zen que ça...