Preview BD: «Une soeur» de Bastien Vivès ou comment passer des Pokémon au désir amoureux

BD Les éditions Casterman et « 20 Minutes » vous présentent les premières pages du nouvel album intimiste du prodige Bastien Vivès…

Olivier Mimran

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Une soeur - extrait
Une soeur - extrait — © Bastien Vivès & éditions Casterman 2017

Après s’être consacré cinq ans à la série Lastman – co-réalisée avec Balak et Michaël Sanlaville-, Bastien Vivès revient à ses premières amours en signant un récit intimiste et tout en délicatesse : dans  Une sœur, l’auteur du  Goût du chlore (Essentiel Révélation du festival d’Angoulême 2009) et de  Polina (Grand Prix de la critique en 2012 récemment adapté au cinéma) renoue en effet avec le « style Vivès », une narration très esthétique dans laquelle les silences sont souvent plus éloquents que les dialogues.

Interrogé par 20 Minutes, le trentenaire raconte ce retour aux sources à la suite de la preview ci-dessous. Bonne lecture !

Résumé : En vacances en Bretagne, Antoine, 13 ans, rencontre Hélène, de trois ans son aînée. Eux que tout semble opposer se rapprochent, mus par un sentiment qui leur est encore étranger : le désir…

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Une histoire de « parenthèse enchantée »

Si l’on s’en tient à une lecture littérale, Une sœur raconte, finalement, simplement, l’éveil à la sensualité d’une ado et d’un pré-ado. Ce seul point distingue d’ailleurs l’album du reste de l’oeuvre de Vivès, dont les « héros » sont d’ordinaire plus âgés. « Je ne voulais pas traiter du sentiment amoureux comme je l’ai déjà fait dans d’autres livres, confirme l’auteur. Là, je voulais évoquer le côté “parenthèse enchantée” que tout le monde connaît un jour : le personnage principal est trop jeune pour comprendre les sentiments qu’il découvre ; en tout cas, pour les analyser et se dire “je suis amoureux”. Il ne se rend pas compte de ce qu’il lui arrive, malgré le fait que sa vie soit en train de basculer définitivement de l’enfance à… autre chose. Sans spoiler, on peut dire qu’il, passe, en une semaine, des Pokémon à l’alcool et au sexe (rires). »

Cet épisode initiatique est si joliment amené – la première partie de l’album relatant plutôt « l’approche » que le rapprochement entre Antoine et Hélène — que quelle que soit sa propre expérience, le lecteur y est renvoyé. « Ça n’a pas été facile à raconter parce que je n’ai, personnellement, pas eu ce genre d’adolescence puisque je n’ai pas de sœur et que j’avais bien des cousines mais plus grandes, confie Vivès… Du coup, je n’ai pas vécu les confessions entre garçons, vers la fin du collège, concernant les premiers flirts, les séances de “touche-pipi”, etc. puisque j’avoue que la première fois que j’ai embrassé une fille, j’étais en Terminale (rires). »

L’essence des sens

Au bout d’un moment, Antoine et Hélène vont évidemment s’adonner à l’intime. « Ils vont chercher à découvrir le corps de l’autre mais pas à travers le prisme du sentiment amoureux. Ils se sentent juste tellement bien ensemble qu’ils décident de “s’accompagner un moment”, d’abord pour conjurer des aspects de leur vie qui leur sont délicats : Hélène a un peu peur des garçons de son âge, même si elle se la raconte un peu, et Antoine est trop jeune pour tout comprendre du monde qui l’entoure. »

En partie autobiographique

Lorsqu’on lui demande si Antoine n’est pas, quelque part, le petit Bastien que Vivès fut, celui-ci sourit : « Je suis effectivement parti sur le souvenir de mon petit frère et moi, même si mon petit frère ne ressemble pas à Titi dans le livre. L’idée, c’était de créer un personnage dans lequel je me projetais assez bien. Et puis vu que pour Antoine, le récit tourne autour du fantasme d’avoir une grande sœur, j’ai fait en sorte que le gamin me ressemble un peu parce que j’ai sûrement aussi eu ce fantasme plus jeune. Celà dit, à treize ans, j’avais les cheveux quasiment rasés et j’étais un peu gros, donc je n’avais pas du tout cette tronche-là (rires). »

Le « cinéma du pauvre » de Vivès

Avec ses découpages très cinématographiques (les plans larges succèdent intelligemment aux plans serrés en fonction de l’intention d’une séquence), Une sœur rappelle parfois certains films d’Éric Rohmer ou de Pascal Thomas. « Rohmer, j’aime beaucoup, mais c’est vraiment le cinéma de Claude Sautet, les ambiances qu’il savait si bien installer, qui m’a marqué. D’ailleurs, quand j’ai commencé à faire de la BD, je disais en plaisantant que c’était un peu mon “cinéma du pauvre”. Alors oui, je revendique mes influences cinématographiques dans ma mise en scène, mes découpages. »

Sensuel et sensible, parfois cru bien qu’empreint d’une grande innocence, Une sœur est de ces livres qui bouleversent sans que l’on sache trop bien en expliquer la raison. On se réjouit alors, bien qu’on adore Lastman, que Vivès réexploite la veine réaliste qui a fait son succès. « J’avais besoin de me lancer dans un récit plus intimiste, autour de la notion de frangins, de filles etc. parce que c’est vrai que depuis cinq ans, avec Lastman, je suis dans une dynamique complètement régressive : je fais de l’action/aventure, des choses qui me parlaient beaucoup gamin. Mais je pense que, de manière inconsciente, j’ai eu besoin de revenir à de la BD d’auteur pour ne pas rester gamin trop longtemps (rires).
Et puis j’avais envie de mettre en scène des gosses qui dessinent des Pokémon, en vacances, dans une atmosphère familiale sans stress. En ce sens, je pense que cet album m’a aussi permis de souffler un peu. »

 

Une sœur, de Bastien Vivès - éditions Casterman, 20 euros
En vente le 03 mai 2017