Présidentielle: Quasiment jamais évoquée par Le Pen et Macron, où se cache la culture?

MANQUE «20 Minutes» est allé chercher où se cachait la culture dans les programmes de Marine Le Pen et d'Emmanuel Macron...

Claire Barrois

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Emmanuel Macron, au musée du Bardo à Tunis, et Marine Le Pen, au musée du château Couvert.
Emmanuel Macron, au musée du Bardo à Tunis, et Marine Le Pen, au musée du château Couvert. — FETHI BELAID / GUILLAUME SOUVANT / AFP
  • La culture a été la grande oubliée des débats.
  • Le patrimoine et l'éducation musicale dans les propositions de Marine Le Pen.
  • Un pass de 500 euros pour les jeunes, l'éducation artistique et les horaires d'ouverture des bibliothèques prolongés dans celles d'Emmanuel Macron.
  • Une culture très classique pour Emmanuel Macron et très superficielle pour Marine Le Pen.

Sécurité, dette, pouvoir d’achat… Les sujets abordés au cours des débats ont parcouru bon nombre de domaines. Mais la culture a brillé par son absence et a été tellement négligée au cours des débats qu’on peut se demander si Marine Le Pen et Emmanuel Macron envisagent quelque chose dans ce domaine. 20 Minutes est donc parti à sa recherche.

Pas dans le débat

Est-ce que la culture n’intéresse plus nos représentants politiques ? En réalité, c’est pire que ça : « Les élites expriment des tendances lourdes dans la société, signale Joëlle Zask, philosophe, auteure d’Art et démocratie. En France, il y a une certaine forme de détestation de l’art, de la culture, de l’intelligence, qui ont une image bobo, bling bling, élitistes… Alors que la culture n’est pas réservée à une catégorie de population particulière. »

« L’absence de culture dans les discours des candidats est très inquiétante parce que la solidarité et la société se créent par le biais de références communes », ajoute Julie Sauret, consultante pour des structures culturelles, spécialiste des politiques culturelles.

Dans (trop) peu de propositions

C’est pas parce qu’on ne parle pas de culture qu’on n’y pense pas, pourront arguer les plus fervents défenseurs d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen. Oui et non. Les candidats ont fait quelques propositions, sans grande ambition. En voici les principales.

  • Créer un pass culture à 500 euros

Emmanuel Macron propose d’offrir 500 euros pour permettre à tous les jeunes de 18 ans « d’accéder à des contenus culturels ». Cette somme sera subventionnée par l’Etat « pour une partie très minoritaire », a déclaré le candidat, qui veut que ces pass soient surtout financés par les grands acteurs du numérique, qui n’ont pas encore réagi à cette proposition.

« Ce type de dispositif a un rôle très positif, s’enthousiasme Joëlle Zask. A Marseille, Le coût de la culture n’est pas négligeable, il peut même être un obstacle pour pas mal de gens. » Un avis contredit par Julie Sauret : « Ce pass paraît être une bonne idée. Mais l’accès à la culture n’est pas qu’une question de moyens, il faut aussi se sentir autorisé à entrer dans les institutions culturelles. L’école joue un rôle important là-dedans. »

  • Protéger le patrimoine

C’est LA mesure phare de Marine Le Pen. Dans un entretien au Monde paru en février, Marine Le Pen a affirmé vouloir inscrire dans la Constitution la défense et la promotion du patrimoine historique et culturel qu’elle qualifie de plan contre la « dilapidation des trésors nationaux » afin de cesser de « brader à des puissances étrangères » les monuments. A cet effet, Marine Le Pen entend augmenter le budget de la culture de 25 % pour la préservation du patrimoine.

« Pour les acteurs de la culture, le programme de Marine Le Pen est catastrophique dans la mesure où elle tend à rabattre la culture sur le passé, constate Joëlle Zask. On ne pourrait pas être plus que des héritiers passifs de ce qui a déjà été fait. On a déjà vu ce type de décisions appliquées dans un certain nombre de municipalités d’extrême-droite : elles ont créé des commissions pour décider ce qui est bon ou pas, français ou pas, comme si l’Etat était investi de la capacité de juger ce qui doit appartenir à la culture. »

  • Généraliser la pratique artistique à l’école

Le candidat d’En Marche ! propose de développer une politique d’accès à l’éducation artistique pour les enfants. Une proposition saluée par les deux expertes en politique culturelle, et en partie partagée par la candidate du Front National, qui affirme avoir pour priorité de « restaurer une véritable éducation musicale généraliste dans les établissements scolaires ».

Si l’école est un bon vecteur de diffusion de l’école, Julie Sauret regrette « l’oubli du mouvement de l’éducation populaire hérité de 1936 et du tissu associatif qui permet de toucher énormément de monde en dehors des institutions. Les candidats ignorent peut-être tout simplement leur existence. »

  • Ouvrir les bibliothèques le soir et le dimanche

Pour accéder à la culture, Emmanuel Macron veut aussi permettre aux villes d'« ouvrir les bibliothèques le soir et le dimanche » – en particulier les bibliothèques municipales et universitaires. Il a déclaré, lors d’une interview à Culturebox : « Le numérique est certes une voie rapide vers une offre culturelle plurielle, insoupçonnée mais, et c’est fondamental, il ne remplace pas l’expérience physique des œuvres. »

Pas dans leur langage

Et le vocabulaire des candidats, que dit-il de leur culture ? Pas grand-chose, malheureusement. Il est révolu le temps où un président (Georges Pompidou), publiait une Anthologie de la poésie française. François Mitterrand ou encore Charles de Gaulle avaient également un vocabulaire riche puisé dans la littérature française. Sur ce point, leur héritier est Jean-Luc Mélenchon. « Il n’y a que lui qui manie la langue française avec brio et emploie un vocabulaire varié, souligne Julie Sauret. Aucun des autres candidats ne s’exprime vraiment bien. »

Qu’est-ce qui ressort des discours des deux derniers candidats à la présidentielle ? « Macron est cultivé, mais il possède une culture très classique, note la spécialiste. Ses références sont un peu vieillottes, il se plante quand il essaie de citer IAM… Mais il lit, il écoute de la musique classique. En revanche, Marine Le Pen n’est pas du tout cultivée et ne s’en cache pas vraiment, même si elle est très mal à l’aise quand des journalistes évoquent le sujet. Elle ne connaît aucun nom en peinture, sèche quand on lui demande quel livre elle a lu, sur l’art contemporain elle fonctionne par clichés… Contrairement à Emmanuel Macron, qui parle comme un technocrate, elle a un vocabulaire plus réduit, mais qui paraît plus direct, plus sincère. »