Julie Gayet: en amour, «la raison d’Etat prime toujours»

Propos recueillis par Alice Antheaume

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Napoléon et sa première femme, Joséphine
Napoléon et sa première femme, Joséphine — DR

«Je me réveille plein de toi, écrit Napoléon à Joséphine de Beauharnais au lendemain de leur première nuit d’amour, en décembre 1795. Ton portrait et l’enivrante soirée d’hier n’ont point laissé de repos à mes sens…»
L’empereur et sa première femme se sont échangé des lettres toute leur vie durant, même lorsque Napoléon était à la guerre, même après leur divorce. La comédienne Julie Gayet lit une sélection de cette correspondance ce vendredi à l’auditorium du Louvre, à Paris, et évoque les relations amoureuses des hommes de pouvoir.

On ne connaît que les lettres de Napoléon à Joséphine, pas ce qu’elle lui a répondu. Pourquoi?

On suppose que Napoléon a brûlé à la fin de sa vie toutes les lettres envoyées par Joséphine, alors qu’il partait sur l’île d’Elbe. Voilà pourquoi on ne dispose que de celles qu'il a écrit à sa femme. A ceux qui se demandent pourquoi, moi, voix féminine, je lis les lettres d’un homme, je réponds qu’au fond, ces lettres étaient reçues par Joséphine et lues, donc, par une femme.

Qu’apprend-t-on de la nature de leur relation à la lecture de ces lettres?

Leur relation était sur le mode «je te fuis, tu me suis». Au début, Napoléon était fou d’elle, il découvrait le plaisir sexuel dans ses bras et ne manquait pas de l’exprimer de façon coquine. «Vivre dans une Joséphine, c'est vivre dans l'Élysée», écrit-il par exemple. Puis il se montre plus distant alors qu’elle a davantage besoin de lui. Il lui reproche d’être dépensière et lui conseille de garder de l’argent pour ses petits enfants. Même si, avec les années, Napoléon se moque de la jalousie naissante de Joséphine, il reste néanmoins très tendre avec elle. Mais ce qui est fascinant, c’est qu’on a tous l’impression d’avoir vécu ce type de relation amoureuse, alors qu’en arrière-fond se jouaient la campagne d’Italie et la guerre d’Austerlitz.

Tandis que Napoléon est en Italie, Joséphine tombe malade. Lui, très amoureux, lui écrit qu’il veut aussitôt revenir à ses côtés. «Dans cinq jours, je suis là, je reste pendant une journée, et dans douze jours, je suis de retour auprès de mes soldats». C’est elle qui le rappelle à la raison d’Etat en lui disant qu’il faut qu’il reste en Italie.

Joséphine avait-elle une influence politique sur Napoléon, même dans l’ombre?

Non, mais en revanche, elle avait un rôle de représentation important auquel elle s’adonnait avec plaisir.

Comment un homme de pouvoir, qu’il s’appelle Napoléon Bonaparte ou Nicolas Sarkozy, peut-il vivre ses amours? Ses relations sentimentales ne parasitent-elles pas son rôle politique?

La raison d’Etat prime toujours. Or le fait d’avoir du pouvoir a plusieurs fois éloigné Napoléon de Joséphine. Mais leurs lettres ne sont devenues publiques que longtemps après qu’elles ont été écrites. Car au moment où un homme d’Etat vit cela, on ne sait jamais vraiment ce qui se joue. On le sait après, comme cela a été le cas pour François Mitterrand. Et c’est très bien comme ça! Aujourd’hui, malgré le jeu assez fou entre médias et Nicolas Sarkozy, je n’ai personnellement pas envie de savoir quelle est sa vie privée. Je veux savoir ce qu’il décide sur des choses concrètes, pas le reste. Napoléon, avant de se lancer dans ses mémoires une fois en exil, disait que les gens l’avaient vu de profil pendant sa carrière politique, mais que, désormais, ils allaient le voir de face. Il pouvait le faire parce que, justement, son rôle à la tête de l’Etat était terminé.

A voir: Julie Gayet lit des lettres d'amour de Napoléon à Joséphine, vendredi 1 janvier à l'Auditorium du Louvre.