«Ce que fait Pierre Sarkozy est plus que bien»

Nadia Daam

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Olivier Cachin, auteur du «Le Dictionnaire du rap de A à Z» et «Hip-hop, l'authentique histoire en 101 disques essentiels». Il a créé et présenté la première émission de télé sur le rap, Rapline, dans les années 90.


Faut-il nécessairement être issu des banlieues pour faire du rap?

C'est une question compliquée parce qu'il y a plusieurs manières de faire du rap, du plus léger au plus hardcore. Si on est devant un micro et qu'on a choisi du faire du rap engagé, alors oui, il vaut mieux savoir de quoi l'on parle. En revanche, et c'est le cas de Pierre Sarkozy, faire des sons ne nécessite pas d'avoir un vécu particulier. Seul le talent compte. D'ailleurs, les producteurs travaillent dans l'ombre des rappeurs et n’occupent pas le devant de la scène. Du coup, leur nom ou leur origine sociale importe peu.

Alors pourquoi une telle polémique?

Il y a un côté clanique très fort dans le rap français. C’est ce que j’appelle le rap des codes postaux. Or, on est pas nécessairement bon quand on vient de banlieue, et à l'inverse, ce n'est pas parce qu'on a grandi à Neuilly-sur-Seine que l'on est pas bon dans ce qu'on fait.

Est-ce une problématique spécifique à la France?

C’est clairement une spécificité hexagonale. Aux Etats-Unis, il n’y a pas ce genre de polémique. Puffy est le parangon du genre. Il n'a jamais joué sur ses origines sociales et sa crédibilité n'est pas remise en cause pour autant. Eminem, en tant que Blanc, a aussi su s'imposer en jouant un maximum de sa différence. Encore une fois, ce qui compte, c’est le talent.

Que pensez-vous des sons de Pierre Sarkozy, alias Mosey?

C'est mieux que bien. Et si on faisait un blind-test, les plus virulents à son encontre seraient bien obligés d'admettre qu'il a beaucoup de talent. Or, c'est tout ce qu'on lui demande. Cette polémique est quand même assez vaine. Après tout, il y a suffisamment de choses à dire sur le père, pourquoi s'en prendre au fils?