Arielle Dombasle: «Il n'y a pas d'interdit au théâtre. Si on veut attaquer Berlusconi ou Sarkozy, on peut!»

INTERVIEW Elle incarne la «provocation» féminine dans «Don Quichotte contre l’Ange bleu»...

Propos recueillis par Alice Antheaume

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Arielle Dombasle dans "Don Quichotte contre l'ange bleu", une pièce de Jérôme Savary
Arielle Dombasle dans "Don Quichotte contre l'ange bleu", une pièce de Jérôme Savary — DR

A quelques jours de la première de «Don Quichotte contre l’Ange bleu», un spectacle rempli de moulins rouge (et rose) adapté librement du roman de Lopez de Vega, Arielle Dombasle est «un peu flippée». Le temps d’une pause dans sa loge du théâtre de Paris, elle nous explique, entre une tasse de thé fumé et une vapeur de son parfum, pourquoi.

Qu'est-ce qui vous rend anxieuse?

J’ai arrêté de fumer depuis dix jours et je cherche un truc pour rester calme. Pensez-vous que la cocaïne pourrait être une bonne solution? (rires). Je suis un peu angoissée parce qu’au fil des répétitions, Jérôme Savary (metteur en scène de ce Don Quichotte et ancien directeur de l’Opéra comique, ndlr) ne cesse de tout changer au déroulement de la pièce. Il supprime une scène, en remet un bout ailleurs, insère du french cancan ici, ajoute un calembour là. La nuit, j’en cauchemarde, je fais des bonds dans mon lit, et ensuite, j’encaisse. Il veut que les gens en aient pour leur argent! Du temps où il était au Palais de Chaillot, un établissement public, il disait «hé coco, là, tu me fais venir un éléphant», et l’éléphant arrivait. Mais là, c’est un théâtre privé, ce qui change tout: on lui fait bien comprendre le poids de ses demandes. Mais en France, à l’ère où l’on ne fait que copier ce qui se fait à l’étranger, où l’on recycle tout en permanence, c’est le seul metteur en scène à savoir mêler l’opérette, la musique, le cirque, la comédie, le magic hall.

Dans cette pièce, vous incarnez Daisy Bell, le symbole de la «provocation» féminine, gros seins, talons vertigineux, porte-jarretelles et armures dignes d’un show de Madonna… Dans la même lignée que votre spectacle au Crazy Horse de l’année dernière?

Oui, je me sens bien dans tous les rôles qui touchent à la sensualité. Mais physiquement, c'est très difficile. Car tous les soirs pendant 70 jours, les comédiens et moi-même dansons et chantons en live. La voix doit être parfaite. En 1h30, je change onze fois de costume, passant de la petite femme de Paris à la poule puis au lapin, parfois en trente secondes chrono, aidée par trois personnes à la fois. Pendant tout le mois de novembre, j’ai travaillé avec un chorégraphe à Béziers, dans un ancien monastère où Jérôme Savary a établi sa nouvelle compagnie, La Boîte à rêves. Heureusement que j’ai fait de la danse pendant dix-huit ans et que je nage plusieurs fois par semaine, ça me sauve!

Y a-t-il des messages politiques dans cette pièce?

Le théâtre, c’est le lieu de la subversion. Alors il n’y a pas d’interdit. Si Jérôme Savary veut attaquer Sarkozy ou Berlusconi, il le fait. Il ne se prive pas de montrer sur scène que la télé a cannibalisé tout le reste, à tel point que les cabarets sont ici rachetés par de grandes chaînes de télé étrangères. Même les cinémas deviennent des pizzerias dans ce «Don Quichotte».

Infos pratiques: à partir du 11 janvier au Théâtre de Paris, 15 rue Blanche 75009 Paris. Places à partir de 20 euros.