«Au début, je me suis demandé comment j’allais m’en sortir»

Propos recueillis par Sandrine Cochard

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Mercredi sort sur les écrans français le film de Sean Penn, «Into the Wild». Le réalisateur américain futur président du jury à Cannes a choisi Eric Gautier, directeur de la photographie français réputé qui collabore régulièrement avec Arnaud Desplechin, Patrice Chéreau, Olivier Assayas ou encore Claude Berri, pour travailler l’image, essentielle, du film. Entretien.

Comment vous êtes-vous retrouvé au générique du film de Sean Penn, «Into the wild»?
Je tournais avec Alain Resnais («Cœurs» ndlr), durant l’hiver 2005/2006, un film à l’opposé de celui de «Into the wild» car tout en studio et en lumière artificielle. Sean Penn m’a contacté car il avait beaucoup aimé «Carnets de voyage», de Walter Salles.



Il connaissait également le travail que j’avais fait pour Patrice Chéreau sur «Intimité» où l’image devait avant tout transmettre des impressions fortes liées au film, comme le froid ou la chaleur. C’est ce travail qu’il recherchait pour «Into the wild», où l’image fait sans cesse passer un sentiment d’immensité ou de fragilité de la nature.



Comment s’est passée votre collaboration avec Sean Penn?
Je me suis retrouvé dans les mêmes types de rapports que j’entretiens avec Arnaud Desplechin, basés sur une complicité formidable et une grande confiance. Sean Penn est quelqu’un de profondément intuitif, qui a pris plusieurs paris sur son casting, notamment sur l’acteur principal, Emile Hirsch, et moi-même. Il m’a laissé une grande liberté d’action, notamment sur toute la partie tournée en Alaska. Il est très impliqué et s’acharne sur chaque plan, ce qui est rassurant. J’avoue qu’à mon arrivée, sentant l’ampleur du travail qui m’attendait, je me suis demandé comment j’allais m’en sortir. Pour vous donner une idée, entre les repérages et le tournage, j’ai pris 46 fois l’avion! Une des grandes qualités de Sean Penn est d’arriver à un cinéma fort à partir de situations simples. Il ne tombe jamais dans la banalité.

Ce film se distingue notamment par ces nombreux plans tournés en extérieur. Le tournage a-t-il été difficile?
Le travail en extérieur n’est pas forcément synonyme de dépendance au temps qu’il fait. Il existe une palette d’outils pour travailler sur les contrastes et les couleurs, de la pellicule au filtrage en passant par le grain ou encore l’axe de la caméra… Il nous a néanmoins fallu rebondir en permanence avec les contraintes météorologiques qui, au final, ont servi le film. En l’occurrence, nous avons privilégié la lumière naturelle, même pour les plans en intérieur. Notre référence a été le cinéma américain des années 1970, «Apocalypse now» par exemple, où les extérieurs sont magnifiques. Ce sont des plans comme on en fait peu aujourd’hui, aux Etats-Unis.

Quels sont vos meilleurs souvenirs de tournage?
Sur les huit mois passés sur ce projet, je retiens surtout les moments où l’on sent qu’une prise est la bonne et qu’on tient la scène. Pour la scène des moissons, nous avions tourné de l’aube au crépuscule, dix-huit heures durant, et nous commencions à remballer le matériel. Soudain, la lune, pleine, a commencé à monter dans le ciel, offrant une lumière magnifique. Nous avons rapidement tout déballé pour filmer la scène en lumière naturelle. Le dernier soir de tournage est aussi un bon souvenir. Sur la route qui nous conduisait à l’aéroport, nous avons aperçu des aurores boréales, avec le sentiment d’être, comme dans le film, en communion avec la nature.