Comment Wy-dit-Joli-Village est devenu un haut lieu du trafic de cannabis… pour la télé

SERIES C’est dans ce village à 45 minutes de Paris qu’OCS tourne sa nouvelle série, « Hollyweed », censée se dérouler sur une île atlantique…

Bryan Faham

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Tournage de la série « Hollyweed, belle île en herbe » pour OCS à Wy-dit-Joli-Village dans le Val-d'Oise le 7 avril 2017.
Tournage de la série « Hollyweed, belle île en herbe » pour OCS à Wy-dit-Joli-Village dans le Val-d'Oise le 7 avril 2017. — B.F.

L’heure du déjeuner passée, le ciel est bleu, l’air est doux, et pourtant, les rues de Wy-dit-Joli-Village sont quasiment désertes. Quelque 320 vicusiens habitent ici, à trois quarts d’heure de Paris, dans le décor champêtre du  Val-d’Oise profond. Ne cherchez pas de commerces, tout juste trouverez-vous une église. Au détour de la rue principale (unique), on croise René Lepiéreux. On pourrait lui parler de la pluie et du beau temps, mais quelque chose nous pousse à lui demander s’il a pas un peu de weed à vendre... Pour les besoins du tournage d’une série de OCS, Hollyweed, belle île en herbe, Wy-dit-Joli-Village est devenu pour quelques jours une plaque tournante imaginaire du trafic de cannabis.

L'église de Wy-dit-Joli-Village dans le Val-d'Oise.
L'église de Wy-dit-Joli-Village dans le Val-d'Oise. - B.F.

Depuis quelques semaines, les habitants sont témoins de mouvements particuliers. On parle de 25 tonnes de cannabis dans le coin… que personne n’a encore vu.

René constate en effet que la quiétude habituelle du village est légèrement perturbée ces jours-ci. S'il a grandi ici, il habite désormais plus près de Paris mais revient souvent rendre visite à sa mère : « Il n’y a rien à voir ici, à part le musée, c’est une ville-dortoir. Mais le 1er mai il y a une brocante avec un monde fou ! » Wy-dit-Joli-Village a aussi pour lui un nom pas banal à l'origine cocasse. « La roue du carrosse de Henry IV s’est cassée lorsqu’il passait par là, raconte René. En descendant, il aurait alors lancé « quel joli village ! »». Sur la page Wikipédia du village, cette légende figurera désormais en compagnie de la mention : « La série Hollyweed y a a été tournée.» 

L’histoire de la série se déroule sur l’île imaginaire de Troudec’h. En pleine décadence, elle est rongée par le chômage, ses habitants partent pour d’autres horizons, et les dettes ne font qu’augmenter. Un beau jour, 25 tonnes de cannabis échouent sur une plage de l’île. Certains habitants décide de vendre la marchandise pour améliorer l’ordinaire…

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« C’est plus simple de tourner à Wy-dit-Joli-Village qu’à Paris »

Le choix de Wy-dit-Joli-Village pour le tournage n’est pas anodin. La directrice de production, Sarah Coutausse, explique qu’« on est supposé être sur une île, et le village de Wy-dit-Joli-Village est pauvre en signalisation et en bitume. Il a l’air très lointain alors qu’il est proche de Paris. Et ça, c’est beaucoup plus simple pour la production. C’est cohérent en termes logistiques et artistiques. »

Rue de Wy-Dit-Joli-Village dans le Val-d'Oise.
Rue de Wy-Dit-Joli-Village dans le Val-d'Oise. - B.F.

Pour le régisseur général Alexis Orlandini, la façon de travailler à Wy-dit-Joli-Village est la même qu’ailleurs : « Il y a très peu d’habitants. Voir arriver une équipe qui les prive de leurs espaces de stationnement ou de leurs habitudes de circulation, c’est une gêne mais on arrive à convaincre les gens du bien-fondé de nos intentions avec pas mal de diplomatie et de bon sens. » Il ajoute que « c’est plus simple de tourner ici qu'à Paris, où il y a la mairie, la préfecture, le commissariat... Ici, ça se limite à une autorité : le maire. »

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« Un budget mesuré » qui pousse à la création

Pour le tournage, la production dispose d’un budget « entre 1,5 et 2 millions d’euros » pour les douze épisodes de 26 minutes confie Arthur Benzaquen. C’est peu comparé aux 2,9 millions d’euros pour dix épisodes de Loin de chez nous ou aux 250 000 euros par épisode de Plus belle la vie. La communication d’OCS parle de « budget mesuré ».

Ce n’est pas un problème pour l’équipe de production, « ça pousse à la création » estime Arthur Benzaquen. Il rappelle par exemple que Wy-dit-Joli-Village n’est pas une île, mais « truquer une vingtaine de plans coûtera moins cher que d’emmener toute une équipe sur l’île d’Oléron. D’ailleurs ça me perturbait au départ, je disais que ce n’était pas possible. (…) Ça fait partie du plaisir de créer. »

Détail du décor de la série « Hollyweed, belle île en herbe » pour OCS à Wy-dit-Joli-Village dans le Val-d'Oise.
Détail du décor de la série « Hollyweed, belle île en herbe » pour OCS à Wy-dit-Joli-Village dans le Val-d'Oise. - B.F.

Autant la production que le casting est d’accord sur l’aspect créatif d’Hollyweed et d’OCS en général. C’est notamment le cas de Laurent Bateau, vu dans Les grands, déjà sur le bouquet d' Orange : « On est libre complètement, c’est un laboratoire. On a le droit de rater... »

La série Hollyweed n’a pas encore de date de diffusion arrêtée sur OCS. Laurent de Vismes avait eu l’idée de tourner un film, avant de s’orienter vers une série humoristique. Les douze épisodes de 26 minutes sont produits par Benjamin Morgaine et Arthur Benzaquen, que l’on retrouvera aussi à l’écran aux côtés de Philippe Vieux, Marie Petiot, Bruno Lochet ou encore Laurent Bateau.

La diffusion de la série pourrait survenir en plein débat sur la légalisation du cannabis. Mais le sujet n’est que vaguement évoqué dans la fiction à travers le personnage du maire. OCS n’a, en tout cas, pas l’intention de peser sur la question