«J'ai adoré découvrir les codes de YouTube»... Quand Jamy tourne dans une vidéo de Max Bird

INTERVIEW CROISEE « 20 Minutes » a rencontré les deux pros de la vulgarisation scientifique qui ont tourné ensemble dans une vidéo pour la chaîne YouTube de Max Bird…

Propos recueillis par Fabien Randanne

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Jamy et Max Bird, deux pros de la vulgarisation scientifique.
Jamy et Max Bird, deux pros de la vulgarisation scientifique. — Max Bird Officiel - Twitter

Grâce à eux, les curiosités de la science et de la nature n’ont plus aucun secret pour nous. Jamy a conduit pendant une vingtaine d’années le camion de C’est pas sorcier et poursuit sa route avec une émission de découverte scientifique (1). Max Bird (pseudonyme de Maxime Déchelle) est une gloire montante de YouTube qui, sur sa chaîne et sur 20minutes.fr démonte les idées reçues (2)… Le second a invité le premier dans l’une de ses vidéos, qui vient d'être mise en ligne. Soit la rencontre de deux vulgarisateurs qui, malgré le quart de siècle qui les sépare, n’a rien du choc des générations. 20 Minutes les a conviés à une interview croisée et a surtout vu la complicité qui reliait ces deux passionnés.

Max, quel est votre premier souvenir de Jamy ?

Max Bird : C’est pas sorcier a commencé en 1994, je devais avoir 3 ou 4 ans…

Jamy : La claque !

Max : (Il rit) Oui, pour moi, l’émission a toujours existé. Je la regardais beaucoup, notamment au début des années 2000. Je lisais tous les bouquins qui parlaient de dinosaures, d’Amazonie et je ne loupais aucun C’est pas sorcier.

Cela vous a influencé ?

Max : C’est clair ! Enfin, je l’analyse comme ça avec le recul. Ma manière de vulgariser, le ton ou ne serait-ce que la conception de mon décor, cela aurait été très différent si Jamy n’avait pas été là.

« Si j’ai fait ce que j’ai fait, c’est parce que j’ai regardé Jérôme Bonaldi et Michel Chevalet. » - Jamy

Et vous Jamy, quand avez-vous entendu parler de Max pour la première fois ?

Jamy : Je suis désolé Max, mais c’était il y a seulement quelques mois. Je suis allé voir ce qu’il faisait et j’ai trouvé ça très bien. C’est pour ça que j’ai accepté de participer à une de ses vidéos quand on me l’a proposé ensuite. Je voudrais revenir sur ce qu’il disait au sujet des influences. Ce qu’il faut préciser, c’est que ni les uns ni les autres ne sommes des inventeurs, on est tous les héritiers de quelqu’un. Si j’ai fait ce que j’ai fait, c’est aussi parce que, à un moment donné, j’ai regardé Jérôme Bonaldi. Je crois que j’ai le même regard envers Michel Chevalet que celui que Max a à mon égard. Quand on est séduit par une façon de raconter, sans qu’on le veuille, il y a des petites choses, des mécanismes, qui s’impriment dans notre cerveau et qui, quand on doit à notre tour expliquer ou écrire, ressortent tous seuls.

Jamy, si vous aviez l’âge de Max aujourd’hui, vous seriez youtubeur ?

Jamy : Je l’ignore. (Il réfléchit) Probablement. Quand on a créé C’est pas sorcier avec Fred, on était un peu les seuls sur ce terrain de la pédagogie. Vouloir faire descendre la science de son piédestal, en parler simplement et même avec un peu d’humour, tout en étant sérieux, il n’y avait que la télévision pour faire ça à l’époque. Le Web n’existait pas. Depuis, les choses ont changé, de nouveaux médias sont apparus, parfaitement adaptés à cet exercice.

Max : Si Internet avait existé, la télé aurait été moins cliente d’une telle émission, comme c’est le cas aujourd’hui. Les producteurs ne se disent pas « J’aime » ou « J’aime pas », mais « Est-ce que ça va faire de l’audience ? » et désormais, en télé, pour séduire le plus grand nombre, il vaut mieux faire des programmes courts sur les couples et les voisins plutôt que des émissions exigeantes. Ceux qui veulent de l’exigence et de la vulgarisation vont la trouver sur Internet.

« Je me demande combien de temps encore on va faire confiance aux passionnés à la télé et ça me fait peur. » - Max Bird

Les chaînes YouTube dédiées à la vulgarisation scientifique sont nombreuses. Que vous inspire ce foisonnement ?

Jamy : Ce qui est important, c’est la qualité du programme. J’ai vu Max travailler, je sais que c’est du sérieux. Il y a quand même des ponts entre la télé et la web télé, on doit tous trouver des formes pour mettre en scène le fond. C’est ce que fait Max : il a créé un personnage à travers lequel il fait passer des messages, il diffuse de la connaissance de manière ludique sans que le fond soit à remettre en cause.

Max : C’est ce qui faisait le sel de C’est pas sorcier, on sentait que l’intérêt premier était de faire en sorte que le message soit bien compris. Jamy écrivait ses textes, personne ne le faisait à sa place, c’est essentiel et c’est ce qui fait la différence entre YouTube et la télé aujourd’hui : sur le petit écran on a l’impression que l’animateur lit un prompteur alors que sur YouTube, il y a moins d’argent, c’est plus un travail de passionnés qui font tout avec des bouts de ficelles : ils écrivent, ils jouent, ils montent… Ce qui créée une cohérence et une meilleure lisibilité…

Jamy : En même temps… Je crois qu’en télé il existe toujours aujourd’hui des programmes faits par des passionnés et qui ont une exigence. Dans les émissions que je fais, que ce soit Le Monde de Jamy ou Comme une envie de jardins, j’ai cette exigence, parce que j’ai ça en moi.

Max : C’est l’exception qui confirme la règle et je crois que c’est l’héritage de C’est pas sorcier qui intéresse tes producteurs aujourd’hui. Je me demande combien de temps encore on va faire confiance aux passionnés à la télé, et ça me fait peur.

« J’ai senti que Jamy s’est mis la pression pour tourner dans ma vidéo YouTube. » - Max Bird

Max, vous avez invité Jamy à tourner une vidéo avec vous, comment ça s’est passé ?

Max : Mal ! (rires) Je suis vraiment ravi parce que inviter Jamy était vraiment une idée fixe depuis la création de la chaîne. Je me disais que c’était gonflé de lui demander de faire autre chose que le guest pour la séquence d’introduction comme je le fais avec les autres. Ça s’est passé mieux que dans mes espérances, c’était un rêve qui se concrétisait de le voir répéter ses répliques sur le tournage.

Jamy : Pour moi, c’était revigorant. Ce qui est passionnant dans le métier qu’on fait, c’est cette multiplicité des supports. Les codes de la webtélé sont différents de ceux de la télé classique et moi, j’ai adoré découvrir ces nouveaux codes. Quel que soit notre âge, prenons du plaisir à apprendre. C’est une autre manière de raconter, de dire les choses, un autre langage, mais qui n’en est pas moins sérieux. J’ai donc passé un très bon moment, d’autant qu’il y a entre Max et moi une communauté d’esprit autour de la transmission du savoir. Et ni lui ni moi ne nous prenons au sérieux, on se remet en question facilement.

Max : C’est ça qui m’a surpris ! On se demande toujours à qui on va avoir affaire. Même si j’avais envie qu’on retrouve le ton de Jamy, un peu ralenti, de l’animation télé, je ne voulais pas qu’il se transforme en youtubeur. J’ai senti qu’il s’est mis une pression, il avait une certaine exigence pour refaire plusieurs fois les scènes où il y avait plus de jeu, où l’on était plus dans les codes à moi. Qu’il fasse cet effort-là était un beau cadeau. Je suis ravi que la première apparition de Jamy dans une vidéo YouTube soit dans mon programme, qui est une sorte d’héritier de C’est pas sorcier. C’est cohérent, c’est beau, ça me plaît beaucoup !

(1) Jamy présente Les Mondes de Jamy et Comme une envie de jardins sur France 3
(2) Max Bird a une chaîne YouTube à son nom et se produit jusqu’au 24 juin dans un one-man-show,
L’Encyclo-spectacle, au Nez rouge, face au 13, quai de l’Oise, Paris 19e