Le catch, faux combat mais vraie performance artistique

Culture Il est temps de démonter l’un des principaux clichés sur le catch…

François Oulac

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John Cena et Nikki Bella face à The Miz et Maryse, le 2 avril dernier à Orlando.
John Cena et Nikki Bella face à The Miz et Maryse, le 2 avril dernier à Orlando. — WWE

« Ils ne se battent même pas pour de vrai ! » : c’est sûrement la première phrase que vous entendrez à propos du catch dans la bouche d’un non-initié. Car c’est bien connu, le catch tel que le conçoit la WWE est un récit soigneusement mis en scène. Les catcheurs sont des personnages ; les rivalités qui les opposent sont simulées ; les coups ne sont pas réellement portés sur le ring et l’issue des combats, décidée à l’avance par les cadres de la ligue américaine. Il y a un terme, dans le jargon de la discipline, qui incarne à lui seul ce mélange des genres : kayfabe (prononcez « kèfèbe »).

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« Pouvez-vous définir le kayfabe ? », demande-t-on à Austin Aries, catcheur professionnel depuis plus de treize ans rencontré le week-end dernier en marge de Wrestlemania 33, à Orlando. « Kayfabe ? Jamais entendu parler, c’est quoi ? », réplique-t-il avec un sourire goguenard. On comprend qu’il ne servira à rien d’insister. Le kayfabe désigne les mises en scènes de la WWE pour renforcer le réalisme de son récit, qu’il s’agisse de combats dans les vestiaires diffusés en direct, de catcheurs qui s’invectivent au micro entre deux combats… ou de Vince McMahon, le président de la WWE, qui en 2007 a simulé sa mort en faisant exploser sa limousine face caméra. Alors que cet aspect factice rebute le profane, c’est précisément ce pacte fictionnel qui plaît aux fans.

"Le public comprend pleinement que nous sommes des artistes"

Le kayfabe implique aussi, pour les catcheurs, de ne jamais sortir de leur personnage lors de leurs apparitions publiques. « Dans les années quatre-vingt, les mecs [présentés comme des ennemis] devaient voyager dans des voitures séparées ou prendre des vols différents pour protéger le secret », se souvient Seth Rollins, jeune star de la WWE et spectateur de catch de longue date. Mais depuis le début des années 2000 et l’ère des réseaux sociaux, la petite omerta qui régnait autour du kayfabe a disparu et les catcheurs sont plus libres.

« Abandonner ce secret nous a permis de grandir en tant que compagnie, de passer de spectacle de foire à phénomène mondial », poursuit Seth Rollins. « Désormais le public comprend pleinement que nous sommes des artistes et pas juste des mecs bizarres en collants qui font semblant de se battre. Et puis maintenant, quand je fais tranquillement mes courses, je n’ai pas besoin de faire semblant de détester Triple H ! »

Quant à la prétendue fausseté des combats, elle n’est que partielle. Les catcheurs suivent un entraînement rigoureux pour conserver leur condition physique, les impacts au sol sont vrais et les risques de blessures, bien réels. « Prenez cette bouteille de plastique puis lâchez-la », ordonne Titus O’Neil, signé chez la WWE depuis 2009. « Elle est bel et bien tombée sur la table, la gravité existe non ? », nous demande ce colosse de 1,98 m pour 122 kg de muscles. « Et bien le catch c’est pareil. Je peux vous dire que si je vous soulève et que je vous jette au sol, vous allez le sentir. » On veut bien le croire.