«Dragon Ball Super»: Pourquoi «Dragon Ball» est si important en France?

MANGA La sortie de «Dragon Ball Super» est l'occasion de rappeler à quel point l'oeuvre d'Akira Toriyama a marqué une date dans le manga en France, et dans la vie de ses lecteurs...

V. J.

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«Dragon Ball Super», suite directe et officielle du «Dragon Ball» d'Akira Toriyama
«Dragon Ball Super», suite directe et officielle du «Dragon Ball» d'Akira Toriyama — 2015 by BIRD STUDIO, Toyotarou/SHUEISHA Inc.

Son Goku, ambassadeur des prochains Jeux Olympiques de Tokyo en 2020. S’il fallait une seule preuve supplémentaire de la toute-puissance de Dragon Ball, la voici. Mais vous reprendrez bien quelques chiffres pour vous en convaincre : 240 millions exemplaires vendus dans le monde, 20 millions de lecteurs en France, 8.000 pages, 614 chapitres, 42 volumes... Ah, et 7 boules de cristal ! Voilà déjà pour le manga, mais n’oublions pas les séries animées, les films, les jeux vidéo, les produits dérivés… Et bien sûr, Dragon Ball Super.

Supervisée par Akira Toryama lui-même, créateur du manga, cette suite fait l’événement. Qu’il s’agisse de l’animé diffusé sur Toonami depuis janvier ou de son adaptation en manga en librairie mercredi 5 avril. Pour l’occasion, Glénat, l’éditeur français historique de Dragon Ball, a organisé une rencontre entre acteurs du milieu et fans devant l’éternel, où les annonces officielles ont vite laissé place aux anecdotes personnelles. Car Dragon Ball a changé le visage du manga en France, et la vie de nombre de ses lecteurs.

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Une date

Dragon Ball et la France, c’est une histoire d’amour de près de 30 ans, « qui remonte à l’époque où il n’y avait que six vols par jour pour Tokyo », se rappelle Jacques Glénat. L’éditeur prend l’un d’entre eux à la fin des années 80, avec l’idée de vendre ses BD franco-belges là-bas. En vain. « Une des rares éditées, Les Passagers du Vent, fera un flop. » En revanche, il ramène dans sa valise Akira, « très influencé par Moëbius ». Sa première importation, et son premier succès. Lorsqu’il découvre Dragon Ball, le dessin animé est déjà diffusé au Club Do et il trouve le manga « sympa ». L’éditeur choisira un mode de diffusion inédit, non pas en librairie mais en kiosque, sous la forme de fascicules avec ses couvertures blanches, rouges ou jaunes selon l’édition.

En tout, la série connaîtra pas moins de cinq éditions : fascicule, simple, double, Deluxe et Perfect Edition. Avec à chaque fois le même engouement. Jacques Glénat n’a jamais oublié ce jour où dans une boutique, il a vu débarquer une mère paniquée en quête des derniers volumes pour son fils. Et l’auteur de ces lignes qu’il avait traîné son père de librairie en librairie pour trouver le tome 17 (il trône toujours dans la bibliothèque).

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Une génération

Ses 987.962 followers le savent,le YouTubeur John Rachid est un gros fan de DBZ, il y fait régulièrement référence dans ses vidéos, et son autel dédié à la série trône toujours derrière lui. « Dès que j’en parle, c’est la folie », commente-t-il. Comme beaucoup, le trentenaire a découvert Dragon Ball grâce à Dorothée sur TF1 : « On attendait chaque épisode, chaque volume comme des fous. Et on achetait tout ce qui sortait en rapport, j’ai une collection incroyable aujourd’hui. Dragon Ball m’a accompagné toute ma vie. » Une main se lève dans l’audience, un fan regrette juste que tous les jeux vidéo ne soient pas sortis en France. C’est vrai ça. Flash-back : Nous sommes en 1994, et le seul et unique jeu DBZ sur Mega Drive débarque enfin. Au Japon. Impossible d’attendre la sortie française (ce sera six mois plus tard), donc il faut acheter la cartouche japonaise et un adaptateur. Budget : 700 francs. On est fan ou on ne l’est pas.

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Des générations

Pendant toute la conférence de lancement de Dragon Ball Super, un jeune garçon chuchote à l’oreille de sa voisine : « Là, il est en Super Saiyan… Lui, c’est Vegeta… ». Elle est journaliste au Figaro, il est stagiaire de 3e. Et fan absolu de Dragon Ball. Tel Goku qui a transmis le flambeau à ses fils Gohan et Goten, l’œuvre d’Akira Toriyama n’est pas qu’une histoire de nostalgie et est passée de génération en génération. « C’est mon frère qui m’a fait découvrir le manga, explique le stagiaire. J’ai lu les 42 tomes d’affilée, puis profité d’un été pour regarder tous les épisodes de la série animée. » Près de 500 quand même.

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Des valeurs

Pour le journaliste spécialisé Sébastien Abdelhamid, Dragon Ball a aussi marqué les lecteurs français pour ses valeurs : « Amitié, abnégation, sacrifice, courage… ce sont des valeurs qu’on ne trouvait pas forcément dans la BD franco-belge. A l’époque, les médias ont insisté sur les petites culottes de Bulma, mais le lecteur, même adolescent, savait faire la différence. » En fait, Dragon Ball a imposé le « nekketsu » (littéralement « sang chaud »), une notion qui emprunte à Joseph Campbell et Osamu Tezuka et que l’on retrouve dans tous les mangas, surtout les shônen, de One Piece à Naruto. Mais l’influence de Dragon Ball s’étend au-delà du manga, à toute la bande dessinée, comme le confirme l’auteur à succès JD Morvan : « Sans le manga, sans Dragon Ball, je n’aurais pas fait HK ou Nomad ». A ce jour, dans le monde, il s’est plus vendu de Dragon Ball que de Tintin.