«Solange te parle» accusée d'avoir publié des témoignages de femmes sans leur accord

POLEMIQUE L’auteure et Youtubeuse a signé « Très intime », un recueil de confessions tiré en partie de témoignages qu’elle avait glanés pour la radio…

Fabien Randanne

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Ina Mihalache est plus connue sous le pseudonyme de Solange et pour sa chaîne YouTube Solange Te Parle.
Ina Mihalache est plus connue sous le pseudonyme de Solange et pour sa chaîne YouTube Solange Te Parle. — Capture d'écran YouTube Solange Te Parle

Solange te trahit ? Ina Mihalache, auteure et Youtubeuse qui officie notamment sur sa chaîne Solange te parle, est au cœur d’une polémique depuis ce week-end. En cause : le livre Très intime, qu’elle a publié début février chez Payot, et qui rassemble plusieurs témoignages de femmes. « Elles ont entre 18 et 46 ans. Solange s’invite dans leur chambre à coucher. Elle leur demande comment ça se passe concrètement dans leur vie amoureuse », résume la quatrième de couverture.

Le hic, c’est que plusieurs de ces confidences ont originellement été glanées dans le cadre d’une série documentaire diffusée sur la radio Le Mouv’ il y a trois ans et qu’elles se retrouvent désormais publiées noir sur blanc, sur papier, sans que celles qui les ont contées au micro n’aient donné leur accord.

« Je n’apprécie pas qu’on fasse n’importe quoi de ma parole »

« Je l’ai contactée en message privé sur Twitter samedi en lui disant : « Tu ne nous a pas prévenues », affirme Nathalie, l’une des témoins concernées, à 20 Minutes. Solange m’a répondu que les interviews n’étaient plus en ligne sur le site du Mouv’, que notre anonymat avait été garanti et qu’elle pouvait m’envoyer un exemplaire du livre si je lui donnais mon adresse. Je lui ai alors rétorqué qu’elle était censée nous avertir. Elle ne peut pas parler de respect, de consentement, toute la journée et se comporter comme ça. Elle ne m’a rien répondu. » Nathalie se décide alors à exprimer son indignation sur son blog. Son texte a ensuite été partagé massivement sur les réseaux sociaux. « Je suis une nana de principes, je n’apprécie pas qu’on fasse n’importe quoi de ma parole. »

Lucile, elle, a raconté à Solange un traumatisme d’adolescence. « J’ai aussi parlé longtemps de mon rapport à la maternité - étant à l’époque en plein post-partum. (…) J’ai découvert le contenu du livre quand je l’ai reçu. J’ai retrouvé mes mots, mais je ne les ai pas reconnus. Il manquait ma voix, les silences, les intonations. J’ai eu un peu honte de ces mots juste jetés, retranscrits tels quel sur le papier et d’une autre époque. Je me suis dit qu’Ina [Solange] avait oublié de me prévenir », explique la jeune femme à 20 Minutes.

« Par habitude de me faire voler mes mots, je n’ai rien dit »

Et de poursuivre : « Par habitude de me faire voler mes mots, de les voir dévaluer, je n’ai rien dit. J’ai rangé le livre dans ma bibliothèque et je l’ai oublié. Parce que ce n’était pas de la colère que j’avais en moi mais de la honte. Si on m’avait demandé mon avis avant, j’aurais demandé à ajouter quelques lignes sur mon ressenti aujourd’hui. »

Nathalie fait savoir sur Twitter ce mardi que plusieurs des femmes qui n’ont pas donné leur accord pour que leur témoignage soit publié ont fait appel à une avocate. « Libre à vous d’accepter cette porte de sortie. (…) Sinon procès », prévient-elle à Solange et l’éditeur.

« Les paroles recueillies ne peuvent faire l’objet d’une revendication au titre du droit moral »

Joel Ronez, qui a produit la série documentaire diffusée sur Le Mouv', a volé au secours de Solange. « En aucun cas ni symboliquement ni juridiquement les paroles recueillies ne peuvent faire l’objet d’une revendication au titre du droit moral. (…) Elle les a compilées dans un livre (…) en prenant soin d’anonymiser les témoignages. Ce faisant elle n’a fait que son usage d’un droit moral qui est celui de l’auteur : elle a édité les contenus dans un nouveau support », a-t-il écrit sur Twitter.

Or, « que ce soit d’un point de vue moral ou juridique, leur autorisation aurait sans doute dû être demandée aux femmes qui ont témoigné », a indiqué Jean-Baptiste Soufron, avocat traitant du droit des victimes, à Libération. « Que l’anonymat ait été préservé ne change rien au détournement de l’accord qu’elles avaient initialement donné, et on peut de toute façon toujours les reconnaître à travers le récit de leur histoire. C’est aussi une question d’atteinte à la vie privée : l’entretien radiophonique a une durée de vie limitée. (…) En ce qui concerne la propriété intellectuelle, (…) pour autant que leurs réponses sont originales, les victimes disposent d’un droit d’auteur. »

L’éditeur est « très fier d’avoir publié cet ouvrage »

Des déclarations auxquelles Joel Ronez a réagi sur Twitter : « Je suis toujours étonné de voir des "avocats spécialisés dans le droit des victimes" donner des leçons de droit dans la presse. »

Lundi, la maison d’édition Payot a publié un communiqué : « Nous sommes très fiers d’avoir publié cet ouvrage qui, grâce au travail de Solange, a permis – à la radio d’abord pendant plusieurs années et de façon anonyme, à l’écrit aujourd’hui en respectant l’anonymat d’origine – de donner à entendre et à lire des paroles fortes et universelles sur la vie amoureuse des femmes. » 

MISE A JOUR 23H45: Solange Te Parle a réagi officiellement ce mardi soir dans une vidéo postée sur Twitter. « J'aurais aimé m'en expliquer auprès de chacune en privé, mais je me suis mal organisée pour le faire. Et j'en suis désolée. »