VIDEO. «Ghost in the Shell» pour les nuls: Manga, films, séries... Retour sur une œuvre visionnaire

CYBERPUNK Avant même le film américain avec Scarlett Johansson, «Ghost in the Shell» était déjà une oeuvre multiple, protéiforme et incontournable de l'histoire de la science-fiction...

Vincent Julé

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«Ghost in the Shell» de Mamoru Oshii est sorti il y a plus de vingt ans
«Ghost in the Shell» de Mamoru Oshii est sorti il y a plus de vingt ans — 1995 Kodansha/Shirow Masamune/Bandai Visual/Manga Entertainment

L’anecdote est aujourd’hui connue, devenue une légende de Hollywood. Lorsqu’elles approchent le producteur Joel Silver pour Matrix, les sœurs Wachowski lui tendent le DVD d’un animé japonais et lui disent :  « On veut faire ça, en vrai ». Le film est Ghost in the Shell, réalisé en 1995 par Mamoru Oshii et adapté d’un manga de Masamune Shirow. Steven Spielberg et James Cameron comptent aussi parmi les plus grands fans de ce que ce dernier qualifie d'« œuvre visionnaire », une formule reprise à l’époque sur l’affiche française.

En salle mercredi, la version américaine,en prises de vues réelles et avec Scarlett Johansson, aura mis 10 ans à voir le jour, passant entre les mains de six ou sept scénaristes. Il faut dire que Ghost in the Shell est une œuvre complexe, qui s’est enrichie au fil des adaptations et déclinaisons et imposée comme un monument de science-fiction.

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Un manga

« Un futur proche dans lequel, même si un réseau industriel recouvre la planète, où circulent électrons et lumière, l’informatisation n’a pas encore fait disparaître les hommes et les peuples. » Nous sommes en 1989, et le mangaka Masamune Shirow décrit à la perfection ce « futur proche » qui est devenu notre présent. Nouvelles technologies, robotique, intelligence artificielle… The Ghost in the Shell raconte l’histoire du major Motoko Kusanagi, une cyborg a priori anonyme et membre d’une unité anticriminelle, et sa traque du Marionnettiste, un hacker qui pirate les humains dotés d’un cybercerveau.

Un robot peut-il avoir une âme ? Qu’est-ce qu’être humain ? Ces questions hantent la science-fiction depuis toujours (Asimov, Blade Runner, 2001), et irriguent ici un récit plus orienté policier et action. L’auteur s’inspire des idées du chercheur Arthur Koestler, auquel il emprunte d’ailleurs le titre d’un de ses essais, Le cheval dans la locomotive (The ghost in the machine). Mais le manga se place autant du côté philosophique que politique, scientifique et même militaire. Il y a ainsi beaucoup de dialogues, d’informations, ce qui peut rebuter la lecture, mais le dessin, très dynamique, emporte souvent tout sur son passage. Publiée une première fois en 1996, le manga vient d’être de ressortir chez Glénat en « Perfect Edition », revue et corrigée par Masamune Shirow lui-même.

«The Ghost in the Shell», le chef d'oeuvre du manga ressort dans une nouvelle édition chez Glénat
«The Ghost in the Shell», le chef d'oeuvre du manga ressort dans une nouvelle édition chez Glénat - Shirow Masamune / Kodansha Ltd.

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Des films

Avec son succès et son influence, le film de Mamoru Oshi a presque éclipsé le manga dans l’imaginaire collectif, et même dans l’image que l’on se fait de Ghost in the Shell. L’adaptation est fidèle, le réalisateur est tout aussi fasciné par les mechas et les armes, mais son approche est différente, plus épurée, plus contemplative, avec son célèbre générique (repris à l’identique dans la version 2017), la musique envoûtante de Kenji Kawai, des effets spéciaux à couper le souffle et, tout de même, quelques scènes d’action et autant de morceaux de bravoure maintes copiés, jamais égalés. Mamoru Oshii est en fait plus fasciné par le regard de son héroïne, regard vide, regard vie, regard miroir.

Motoko Kusanagi, cyborg et héroïne de «Ghost in the Shell»
Motoko Kusanagi, cyborg et héroïne de «Ghost in the Shell» - 1995 Kodansha/Shirow Masamune/Bandai Visual/Manga Entertainment

Il poussera sa réflexion philosophique, et par la même occasion sa recherche esthétique, dix ans plus tard dans le beau et bien nommé Ghost in the Shell 2 : Innocence, qui, s’il reprend les personnages du premier film, entretient finalement plus de rapport avec L’Ève future d’Auguste de Villiers de L’Isle-Adam, considéré comme l’un des premiers romans de SF (1886) et le premier à utiliser le terme d'« androïde ». Ghost in the Shell est disponible en version remastérisée chez @Anime depuis le 15 mars, donc plus d’excuse pour ne pas le (re) découvrir.

Des séries

D’autres « films » Ghost in the Shell existent, et sont disponibles en DVD, mais il s’agit en fait de suites de séries ou de compilations d’épisodes. Développée en coopération avec Masamune Shirow et Mamoru Oshii, la série Ghost in the Shell : Stand Alone Complex compte deux saisons, entre 2002 et 2005, deux OAV et le film Solid State Society. L’histoire se déroule avant les événements du film, et rend compte des bouleversements qu’implique la révolution numérique sur la société (la question des réfugiés), le gouvernement (l’espionnage) et bien sûr l’humanité (avec toujours son lot de références littéraires, de L’Attrape-coeurs de Salinger à l’oeuvre de William Gibson). Thriller éminemment politique, Stand Alone Complex réussit aussi l’exploit de créer un antagoniste aussi emblématique que le Marionnettiste, avec le cyberterroriste le Rieur.

Ghost in the Shell : Arise remonte encore quelques années en arrière, et raconte la formation de la section 9 et le recrutement de Mokoto Kusanagi dans une série d’OAV (2013-2014), qui culmine avec Ghost in the Shell : The New Movie. Malgré un nouveau design, ces animés respectent l’esprit de Ghost in the shell, sa mécanique, son âme, et rappellent que l’oeuvre ne cesse de revenir, de se régénérer, sous différentes formes, avec également des romans, des jeux vidéo… Et maintenant un long-métrage live, qui, du propre aveu de ses créateurs, s’inspire autant du manga, du film de 1995 que de la série Stand Alone Complex. « Le réseau est vaste et infini. »