«La Belle et la Bête»: Koweït, Russie, Malaisie... Tour du monde de la censure pour le «moment gay»

CINEMA Tous les publics ne pourront pas découvrir le dernier Disney, interdit de diffusion ou contraint à des limites d'âge dans certains pays...

F.R. avec AFP
— 
Luke Evans (Gaston) et Josh Gad (LeFou) dans «La Belle et la Bête».
Luke Evans (Gaston) et Josh Gad (LeFou) dans «La Belle et la Bête». — Walt Disney Pictures

Il est le premier personnage explicitement gay d’un Disney. « LeFou est quelqu’un qui un jour veut être Gaston et veut l’embrasser le lendemain. Il ne sait pas ce qu’il veut. C’est un personnage qui comprend tout juste qu’il a ces sentiments », déclarait il y a quelques semaines Bill Condon, le réalisateur de La Belle et la Bête au magazine britannique Attitude. « Josh [Gad qui interprète LeFou] en a fait quelque chose de subtil et réjouissant. Et, à la fin, cela paye. Mais je ne veux pas trop en dire », poursuivait le cinéaste.

Une ambiguïté qui déplait

Or, les allusions homos du long-métrage sorti mercredi en France ou, du moins l’ambiguïté autour des préférences de son personnage secondaire, n’ont pas charmé toutes les mentalités. Et ce même si ces sous-entendus sont des plus chastes.

Aux Etats-Unis, un cinéma de plein air du très religieux Etat d’Alabama a clamé qu’il refusait de le projeter. Des voix, comme celles de l’évangéliste Franklin Graham se sont élevées pour exiger le boycott du film. En vain : La Belle et la Bête a réalisé la semaine passée un démarrage canon dans les salles outre-Atlantique en engrangeant 174,75 millions de dollars de recettes (environ 162 millions d’euros), soit le septième meilleur démarrage de tous les temps en Amérique du Nord.

Un avertissement en Malaisie

Le nouveau Disney n’en récoltera en revanche pas autant au Koweït, où il a été interdit de diffusion. La compagnie cinématographique locale a invoqué mardi sa « responsabilité face au jeune public » pour justifier cette censure. La Belle et la Bête y était pourtant sorti le jeudi précédent… suscitant la polémique sur les réseaux sociaux.

En Malaisie, le long-métrage devait être diffusé dans les salles dans un montage expurgé du « moment gay ». Les autorités de ce pays à majorité musulmane sont finalement revenues sur leur décision. Sa sortie, prévue la semaine dernière, a été reportée au 30 mars. Il sera projeté « avec un avertissement pour les moins de 13 ans, sans aucune coupure », souligne une porte-parole de Disney pour l’Asie du Sud-Est. A Singapour, c’est le clergé chrétien qui y est allé de sa diatribe en accusant Disney d’avoir dévié « des valeurs saines ».

En Russie, le député Vitaly Milonov évoquait une « propagande flagrante et éhontée du péché et des relations sexuelles perverses » alors qu’il n’avait pas encore vu le film. Ce député ouvertement homophobe, qui est à l’origine de la loi adoptée en 2013 et condamnant pénalement toute « propagande » homosexuelle devant les mineurs menaçait de « prendre des mesures pour l’interdire », s’il s’avérait qu’il contient « des éléments de propagande homosexuelle ». Au bout de compte, La Belle et la Bête y a été « interdit aux moins de 16 ans ».