Comment le karaoké est revenu dans le territoire de la hype?

TENDANCE Ringard dans les années 1990, le karaoké s'est installé durablement du côté de la hype...

Anne Demoulin

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Des clients poussent la chansonnette au BAM Karaoke Box à Paris.
Des clients poussent la chansonnette au BAM Karaoke Box à Paris. — Flavien Prioreau

« Ça s’en va et ça revient » ! Ringard dans les années 1990, le karaoké est aujourd'hui solidement ancré du côté de la hype. Fini les scènes ouvertes glauques dans des bars beaufs, à Paris, à Lille ou encore à Lyon, les karaokés box – ces salles privées toutes équipées pour s’égosiller en toute intimité – ne désemplissent pas. La chansonnette s’invite même au ciné, puisqu’après avoir mené la danse aux Oscars, La La Land est ressorti en salles le 11 mars en version karaoké. Comment ce loisir made in Japan est redevenu le summum du cool ?

Un loisir has-been

Né au Pays du soleil levant au début des années 1960, le karaoké, machine qui permet de chanter sur la version instrumentale d’une chanson en suivant les paroles qui défilent sur un écran en temps réel, a débarqué en France au début des années 1990. Popularisé par des émissions télé comme La machine à chanter, présentée par Daniela Lumbroso ou La Fureur du samedi soir d’Arthur, le karaoké s’est rapidement forgé « une mauvaise image, un peu kitsch, parce qu’il se pratiquait dans des restaurants et des bars un peu glauques où l’on devait chanter devant des gens que l’on ne connaissait pas », explique Marie Rassat, responsable de la communication de BAM Karaoke Box.

Le nouveau souffle dans les clubs parisiens

Le karaoké trouve d’abord un second souffle grâce à la cool attitude de Bill Murray et à son interprétation de More than this de Roxy Music, dans Lost in translation de Sophia Coppola, sorti en 2003. Puis, en 2009, Le Baron, feue small-place-to-be de la capitale, confie au dandy mondain Mattias Mimoun, l’animation de soirées dominicales chantées. Nicolas Ullmann suit avec son « Kararocké » au Bus Palladium. Avant que tous les clubs de la capitale ne s’y mettent !

L’Arc décoche sa flèche, d’abord avec « Sing Me If You Can » en 2010. Depuis un an, avec son concept girly du jeudi « House of Dolls » où déjà plus de 10.000 filles ont entonné plus de 780 chansons à tue-tête. Le Batofar a mis un pied dans le navire avec Tracktl et ses soirées Jukeboat, à base de playlist collaborative. Tandis que Petit Bain adopte un répertoire plus pointu avec ses «  Indie Karaoke ».

L’arrivée des karaokés box

Adoubé par les clubs branchés, le karaoké a désormais ses propres fiefs. Créées au Japon en 1986, les Karaoké Box ont débarqué en France au début des années 2010. Arnaud Studer a ouvert la première du genre à Paris dans le 9e arrondissement en 2014, baptisée « BAM Karaoke Box », et s’apprête à ouvrir en juin sa troisième dans le 11e arrondissement. « Au début, personne n’y croyait ! Aujourd’hui, pour réserver une salle un samedi, il faut s’y prendre trois semaines à l’avance », se réjouit Marie Rassat.

La clé de ce succès ? Du matériel haut de gamme, un immense catalogue, un design soigné, des cocktails raffinés et une intimité préservée. Au Japon, chanter devant des inconnus est inimaginable. « L’intimité, c’est important. Pratiquer le karaoké dans une salle privative et insonorisée permet de se lâcher. Les gens se lancent dès les premières minutes parce qu’ils n’ont pas honte de chanter devant leurs amis », résume la responsable de la communication. Les karaokés box offrent l’avantage de « ne pas devoir attendre que les autres aient fini de chanter pour prendre le micro ».

La folie du karaoké

Chez BAM Karaoke Box, le client peut préparer sa playlist en ligne et choisir parmi 12.000 titres, dont les derniers tubes. « Les plus jeunes sont aussi friands d’applications de karaoké, comme Sing ! », note encore Marie Rassat. Sur console, Sing Star propose aussi un catalogue très complet.

Le karaoké a aussi tapé l’incruste à la télé et sur le Web. Il n’a suffi que de quelques épisodes pour que la pastille Carpool Karaoke lancée par James Corden au sein du Late Late Show devienne culte et accumule les millions de vues sur YouTube. Des artistes comme Vald mettent en scène le karaoké dans leurs clips.

Le karaoké risque de débarquer dans les festivals. Brahma, une marque de bières brésilienne, a lancé Copokê, un gobelet-karaoké qui, grâce à un système de reconnaissance vocale, affiche en direct sur un petit écran intégré les paroles des chansons en cours en scène.

Bientôt, le Sing-a-long


Le concept britannique Sing-a-long va prochainement faire son apparition au Grand Rex avec L’Ecran Pop. « Il s’agit de chanter devant un film musical en mode karaoké », explique Natacha Campana, fondatrice de L’Ecran Pop. La différence avec La la land en mode karaoké ? « La séance sera animée par un maître de cérémonie. Il s’agira d’un acteur et chanteur, qui chauffera la salle. On chauffe bien sa voix avant de chanter, non ? Il s’agit vraiment ici de faire de la séance un vrai spectacle, un vrai live show, avec des jeux, des défis, des surprises. En Angleterre, les gens viennent même déguisés sur le thème du film », poursuit-elle.

Natacha Campana est actuellement en train de monter ce nouveau genre de spectacle dont vous serez les héros avec la scénariste Anna Marmiesse et le metteur en scène Samuel Séné. « C’est un peu comme assister à un concert, mais au ciné. Les gens pourront se lever et chanter à tue-tête, faire des chorégraphies, s’amuser et lâcher prise », commente-t-elle. Le lancement sera annoncé sur L’Ecran Pop. « Nous espérons être prêts pour le premier événement fin juin », ajoute Natacha Campana. La voix du karaoké n’est donc pas près de s’éteindre !