Trisha Brown, grande dame de la danse contemporaine, est morte

DECES Trisha Brown a cassé les codes, influencé de nombreux chorégraphes et dansé jusqu'à ses 71 ans...

20 Minutes avec AFP

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Trisha Brown honorée au Nijinsky Awards Gala à Monaco en 2006
Trisha Brown honorée au Nijinsky Awards Gala à Monaco en 2006 — VILLARD/SIPA

Elle était l’une des grandes figures de la danse américaine,Trisha Brown s’est éteinte samedi à l’âge de 80 ans, elle a influencé des dizaines de chorégraphes avec plus de cent pièces, marquées par la fluidité exceptionnelle de son style. Une tournée de la compagnie Trisha Brown, fondée en 1970, avait attiré un vaste public ces deux dernières années à Paris, Lisbonne, Francfort, New York et Seattle. Sa troupe a salué lundi « une des chorégraphes les plus acclamées et influentes de son époque, dont le travail avant-gardiste a changé pour toujours le paysage artistique ».

« Elle disait tout le temps "release", il faut lâcher »

La nouvelle directrice du ballet de l’Opéra, Aurélie Dupont, avait travaillé avec Trisha Brown sur O Composite en 2004, et se souvient qu’elle « avait beaucoup d’humour et était fascinée par la danse classique ». « Elle m’avait demandé de lui montrer mes pointes. Elle n’avait jamais vu ça de sa vie, elle avait éclaté de rire quand je lui avais montré toutes les possibilités, raconte l’ancienne étoile. Je me souviens qu’elle disait tout le temps "release", il faut lâcher. Ce n’est pas une chorégraphie qui contrarie le corps ni les muscles, c’est une danse naturelle, ou qui le parait, car c’est très travaillé, très graphique. »

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Un collectif de danseurs

Trisha Brown a aussi été parmi les premiers chorégraphes à sortir de la « boîte noire » du théâtre, dansant aussi bien dans des galeries et musées que sur les toits (Roof Piece, redonnée en 2015 sur les toits de Pantin en banlieue parisienne). Née le 25 novembre 1936 à Aberdeen, dans l’Etat du Washington, elle arrive à New York en 1961 et rejoint rapidement le Judson Danse Theater, qui tire son nom d’une ancienne église à New York où s’épanouit la créativité d’une foule d’artistes (les chorégraphes Yvonne Rainer, Steve Paxton, les musiciens Terry Riley, La Monte Young). Ce collectif de danseurs, compositeurs et plasticiens, situé dans le quartier de Greenwich Village, cherche à rompre avec les règles traditionnelles de la danse moderne, qu’il juge trop codifiée.

« En vérité, je ne savais pas comment je dansais »

En 1970, Trisha Brown crée sa propre compagnie, la Trisha Brown Dance Company, interprétant elle-même plusieurs des chorégraphies. Sa danse exigeante est faite d’un enchaînement rapide de mouvements des bras et des jambes, mais aussi du cou et de la tête. Beaucoup ont comparé sa danse au mouvement de l’eau ou d’une onde, qui se répercuterait continuellement dans tout le corps. « En vérité, je ne savais pas comment je dansais, expliquait-elle, en 2013, lors d’un entretien avec Philip Bither du Walker Art Center de Minneapolis. J’utilisais tellement l’improvisation. J’avais mis de côté la conscience, l’appréhension de ce que j’étais en train de faire pour avoir l’esprit libre. »

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Elle a dansé jusqu’à ses 71 ans

Radicale, Trisha Brown fait danser sa compagnie sans musique durant dix ans avant de s’ouvrir à des compositeurs. Elle pousse ses recherches toujours plus loin, à la manière de l’autre grand pionnier de la danse contemporaine, l’Américain Merce Cunningham, en collaborant notamment avec le plasticien américain Robert Rauschenberg ou le danseur russe Mikhaïl Baryshnikov. Elle s’aventure également dans le monde de l’opéra et du jazz, de même que celui de la capture de mouvements par ordinateur.

La danseuse tira sa révérence en 2008, à l’âge de 71 ans, et annonça plus tard que les deux oeuvres créées en 2011, Les Yeux et l’âme et I’m going to toss my arms - if you catch them they’re yours, seraient ses dernières en tant que directrice artistique de sa compagnie. Sa mort suit celle de son mari, l’artiste vidéaste Burt Barr, décédé le 7 novembre dernier. Ils laissent un fils et quatre petits-enfants.