«Gérard»: Cinq aspects de la personnalité de Depardieu révélés en bande dessinée

BD Mathieu Sapin a suivi le comédien durant cinq ans. Il le raconte dans «Gérard», un album qui révèle la star sous ses aspects les plus méconnus…

Olivier Mimran

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Détail de la couverture de Gérard, cinq ans dans les pattes de Depardieu
Détail de la couverture de Gérard, cinq ans dans les pattes de Depardieu — © M. Sapin & éd. Dargaud 2017

S’il est universellement reconnu comme un monument du cinéma mondial, Gérard Depardieu est aussi un personnage public parfois déroutant. Sous le masque du comédien surdoué se cache une personnalité complexe, que Mathieu Sapin a découverte en suivant Depardieu, cinq ans durant, sur différents voyages et tournages.

Dans Gérard - Cinq années dans les pattes de Depardieu, l’auteur de BD - qui s’était déjà prêté au même exercice en 2012 dans Campagne présidentielle (dans lequel il rapportait la marche du candidat Hollande vers le pouvoir) puis en 2015 dans Le château (qui retraçait le quotidien du président Hollande à l’Élysée) - révèle le monstre sacré du 7e art sous un jour inédit. 20 Minutes en fait la démonstration en cinq points.

 

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Gégé aime vraiment les gens

D’Azerbaïdjan à l’Espagne, en passant par la Bavière, le Portugal et la Russie, Gérard Depardieu a beaucoup voyagé ces dernières années. Toujours avec Mathieu Sapin « dans les pattes ». Et ce dernier rapporte combien les gens, quelle que soit leur condition, adorent notre colosse national, qui le leur rend bien. « Gérard est beaucoup dans l’altérité, confirme l’auteur de Supermurgeman. Je veux dire que c’est quelqu’un qui a l’habitude d’être au centre de toutes les attentions, mais qui observe aussi énormément les autres, avec beaucoup d’empathie. Quand il parle de Poutine, par exemple ça fait un peu froid dans le dos. Mais sa façon d’en parler montre que ce qui lui plaît, c’est la rencontre humaine. Et dans ce cadre, il peut aussi bien être séduit par quelqu’un comme Poutine ou Sarkozy que par un pêcheur portugais, un chauffeur russe, un marchand de légumes azéri, parce qu’il s’est produit à un moment M une rencontre forte. »
 

© M. Sapin & Dargaud 2017

Gégé est le plus célèbre ambassadeur de la France

Comme dit plus haut, Depardieu est une icône mondiale. On le constate dans l’album, qui relate plusieurs situations au cours desquelles de simples quidams le reconnaissent (dans un aéroport international comme au fin fond d’une région désertique) et lui demandent un selfie - ce qu’il accepte toujours de bonne grâce. « Je voulais raconter ce paradoxe : cet homme, suite à un malentendu – à mon avis -, est en sorte de désamour avec la France et en même temps, il EST la France ! À l’étranger, il est tellement connu qu’il suffit de dire que tu viens de France pour qu’on te cite “Gérard Depardiou” (rires). Mais c’est normal, il parle super-mal l’anglais, il aime la bouffe etc., tu ne peux pas faire plus français que lui dans l’imaginaire étranger. »
 

© M. Sapin & Dargaud 2017

Gégé aime l’art

Dans la scène d’ouverture, Gérard Depardieu reçoit, pour leur première rencontre, Mathieu Sapin dans sa villa parisienne. On découvre que son salon des œuvres de Camille Claudel, Bernard Quentin, Odilon Redon, Zadkine, Germaine Richier, Brancusi, André Lamy etc. Et on assiste, plus tard, à une vente privée, à son domicile, de tableaux monumentaux au cours de laquelle on perçoit, à travers son dialogue avec des galeristes, sa profonde connaissance de l’Art. On le voit refuser d'acheter une tableau après avoir décelé que ses vernis ont été mal réalisés. Ou critiquer la composition d'une pietà: «Si c'est pas Rembrandt, ça m'intéresse pas.»

© M. Sapin & Dargaud 2017

Gégé est cultivé

Depardieu cite de nombreux auteurs au fil de l’album. Et toujours à très bon escient. « Sa culture est énorme, affirme Mathieu Sapin. Et il l’a bâtie en lisant énormément – il regarde très peu la télé et déteste Internet. Il lit des choses très très variées. Mais il la doit aussi, et c’est ce qui est ahurissant, aux rôles qu’il a interprétés tout au long de sa carrière : interrogez-le sur la révolution française, il est incollable depuis qu’il a joué Danton ; comme sur la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb depuis son rôle dans 1492. Incarner des personnages l’a amené à avoir une connaissance assez pointue de certains événements historiques, et on sent qu’il s’en est nourri. »
 

© M. Sapin & Dargaud 2017

Gégé flippe comme tout le monde

Dans le prologue de l’album, Depardieu se confie à Mathieu Sapin (qui n’en revient pas) : « Je ne pense pas à la mort avec tristesse. Quand tu es en vie et que tu penses à quelqu’un, il n’est jamais mort. Je peux mourir demain, ça n’est pas grave »… Puis dans l’épilogue, Gégé, déambulant dans les rues de Moscou, déclare : « J’ai toujours dit que je tiendrai encore 7 ou 8 ans, mais là, je ne sais pas ». « Mais ça va, là, Gérard, tu es bien », lui rétorque Mathieu Sapin. « Moui… Là ça va, mais hier ça n’allait pas trop. C’est surtout la nuit. Maintenant, ça m’angoisse quand il fait nuit. C’est marrant, j’avais rien à foutre de la mort et depuis quelque temps, ça me fout le trac… ».

La scène, évidemment touchante, montre un Depardieu fragile, ce à quoi on n’est pas habitués. « Il a une personnalité souvent paradoxale, très complexe, avec autant de parts d’ombre que de lumière, confirme Mathieu Sapin. Finalement, Gérard, c’est peut-être une star mais c’est d’abord un bonhomme tout simple, qui compose au jour le jour avec ses petits bonheurs et ses grosses angoisses. »

 

« Gérard - Cinq années dans les pattes de Depardieu », par Mathieu Sapin - éditions Dargaud, 19,99 euros

En vente le 17 mars 2016