L'Editathon Art + Feminisms relooke Wikipédia aux Archives nationales

FEMINISME La fondation d'entreprise Galeries Lafayette organise ce week-end un éditathon qui propose au public de créer de diversifier et de "féminiser" les pages Wikipédia…

Marie Lombard

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L'Editathon Art + Feminisms propose de créer des pages Wikipédia diversifiées et féminisées
L'Editathon Art + Feminisms propose de créer des pages Wikipédia diversifiées et féminisées — © Vinciane Verguethen

Il règne une atmosphère studieuse dans les salles des Archives Nationales dédiées aux expositions temporaires. Sous les plafonds sculptés travaillent en discutant des dizaines de personnes, venues malgré la pluie prêter leur plume à l’ Editathon Art + Feminisms. Pour sa troisième édition, l’événement né de la coopération entre la critique d’art Flora Katz et la fondation d'entreprise Galeries Lafayette est basé sur l’œuvre de José Esteban Munoz, inventeur du principe de désidentification qui s’applique à toutes personnes revendiquant une identité sexuelle, identitaire ou ethnique « hybride » et exclus pour leurs choix par la société.

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Le projet engage le public à faire reconnaître les identités hybrides et les femmes sur internet, et plus précisément sur la plateforme bien connue Wikipédia. Aidés d’élèves de 3 ème année de médiation culturelle à la Sorbonne Nouvelle et de Wikipédiens, ils vont éditer de nouvelles pages Wikipédia qui porteront sur des thèmes aussi variés et féministes que « Les femmes pirates » ou « L’image du lesbianisme radical français », ceci dans le but d’offrir une visibilité accrue à ces minorités exposées aux jugements moraux de la société et de restaurer une certaine égalité numérique entre hommes et femmes.

Car l’heure est grave, selon Flora Katz : « seulement 12 % des créateurs de contenus Wikipédia sont des femmes », et ce nombre correspond également à la représentation des personnalités féminines dans les sujets Wikipédia. Le but est donc pour la critique d’art et doctorante de créer un « espace safe » et de « rendre sensibles les problèmes d’exclusion par la matérialité ». François Quintin, le directeur délégué de la fondation d’entreprise Galeries Lafayette, loue quant à lui l’esprit communautaire qui est né entre les participants de l’Edithaton « dont beaucoup étaient déjà présents l’année dernière ».

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L'art et la diversité pensés par Wu Tsang

L’événement ne tend pas seulement à mettre les citoyens à contribution. Différents artistes, choisis par Flora Katz et la fondation Lafayette Anticipation, sont également invités à exposer et s’exposer ce week-end. C’est ainsi qu’alors que tout le monde s’est réfugié dans une seconde salle pour attendre la performance qui doit se produire à 15h30 ce samedi, arrivent deux personnages vêtus de longue robe blanche, qui viennent s’asseoir au centre de la pièce sous les yeux curieux du public. La première est Wu Tsang, artiste centrale de ce week-end et spécialiste de la théorie queer et la seconde Vaginal Davis, performeuse transgenre qui porte pour l’occasion une perruque brune dont la coupe rappelle à s’y méprendre celle de Marilyn Monroe.

L'artiste Wu Tsang
L'artiste Wu Tsang - © Vinciane Verguethen

 

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Cette dernière commence alors, tout en délicatesse et une tasse de thé à la main, à raconter des bribes de son histoire. Depuis sa rencontre avec José Esteban Munoz jusqu’à la tranquille autorité de sa mère, elle n’hésite pas à confier les détails les plus pétillants et personnels de sa vie.

Dans un récit ponctué de longs éclats de rire haut-perchés et des questions de Wu Tsang, on entend « pour être une vraie queer il faut connaître du français » ou encore « enlevez vos chaussures ou vos pantalons, mettez-vous à l’aise ». Le public composé majoritairement de jeunes écoute, tantôt rieur, tantôt attendri. Soudain, l’œuvre créée par Wu Tsang, disposée au fond de la salle, fait sursauter tout le monde en laissant échapper dans un grand bruit de pétard une multitude de paillettes dorées. La sculpture représente deux horloges côte à côte, dont l’un symbolise la sphère publique et l’autre le domaine de l’intimité, et crachera ses paillettes régulièrement et à différentes heures de la journée, tant il est vrai que l’art c’est aussi la surprise, « la parodie », raconte Flora Katz, qui salue ce « militantisme par les arts ».