Oscars: Isabelle Huppert, l'actrice «so French», devient une icône pop aux Etats-Unis

CINEMA La comédienne française a pleinement joué le jeu de la campagne pour les Oscars et pourrait recevoir la statuette de la meilleure actrice dimanche au pays d'Hollywood...

Fabien Randanne
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Isabelle Huppert sur le tapis rouge du traditionnel déjeuner des nommés aux Oscars, le 6 février 2017.
Isabelle Huppert sur le tapis rouge du traditionnel déjeuner des nommés aux Oscars, le 6 février 2017. — KEVIN WINTER / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

S’imposera-t-elle face à la favorite Emma Stone ? Réponse dans la nuit de dimanche à lundi, lorsque la cérémonie des Oscars livrera son palmarès. Toujours est-il qu’ Isabelle Huppert joue parfaitement le jeu pour tenter de décrocher la statuette de la meilleure actrice dans Elle.

Depuis qu’elle a été primée en novembre, aux très new-yorkais Gotham Awards, pour sa prestation dans le film de Paul Verhoeven, la Française a le vent en poupe outre-Atlantique. Elle a ainsi glané ces derniers mois une bonne dizaine de récompenses, dont un prestigieux Golden Globe. Et nous, de ce côté-ci de l’océan, on semble découvrir une nouvelle facette de cette comédienne que l’on a si souvent perçue comme froide ou distante. La faute, sans doute, à certains de ses rôles austères ou sulfureux chez Claude Chabrol, Maurice Pialat ou Michael Haneke.

« C’est une bonne chose [d’être immoral] en ce moment, vous ne pensez pas ? »

Aux Gotham Awards, elle peinait à reprendre son souffle coupé par l’émotion pendant qu’un large sourire barrait son visage. « Oh my God, I’m speechless » (« Oh mon dieu, j’en suis sans voix »), glissait-elle, les neurones sans doute électrisés d’endorphines. Du haut de ses 63 ans, elle semblait être retombée en adolescence.

Mieux, dans son enthousiasme, elle a invité l’assistance à applaudir l’immoralité. « C’est une bonne chose [d’être immoral] en ce moment, vous ne pensez pas ? », déclarait-elle. Elle saluait cette qualité propre à Paul Verhoeven mais oubliait en même temps que l’Amérique est plutôt puritaine. Qu’importe, ce culot avait quelque chose de so Frenchy !

Jouer une voiture dans Transformers ? « Why not ? »

Isabelle Huppert, en bonne superstitieuse, préfère éluder le sujet lorsqu’un journaliste évoque ses chances de victoire. Mais, depuis sa nomination aux Oscars, elle s’est lancée sans rechigner dans la campagne pour les trophées dorés. Un marathon médiatique qui lui fait enchaîner interviews pour les magazines culturels et les badinages platoniques dans les late shows, ces émissions nocturnes où les artistes français sont accueillis avec tous les clichés « Oh-la-la-Paris-baguettes » possibles…

« Elle a fait à peu près la même chose que Marion Cotillard ou Jean Dujardin [qui ont fini oscarisés] : en souriant, et en faisant comme si elle s’amusait du début à la fin », note Jon Frosch critique cinéma et chef du cahier critiques du Hollywood Reporter. Quand Stephen Colbert lui demande si elle serait prête à jouer une voiture qui se métamorphose dans Transformers, elle sourit et tente un « Why not ? », sans doute moins par conviction que pour ne pas heurter les adeptes des pop-corn movies.

Les cinéphiles pointus, elle les a déjà dans la poche. Isabelle Huppert n’est pas une inconnue pour les yeux grands ouverts sur le cinéma européen. Les stars d’Hollywood aussi. « Vous êtes vraiment quelqu’un d’extraordinaire et nous vous adorons ! », s’est enflammée Nicole Kidman à son sujet quelques jours après lui avoir fait un baisemain en marge du défilé Armani à la fashion week parisienne.

« Sa fan base est limitée, peut-être, mais incroyablement passionnée »

Mais le grand public dans tout ça ? « Sa nomination aux Oscars lui a permis de gagner en popularité auprès d’une tranche plus large de la population américaine. Même s’ils n’ont pas vu Elle, davantage de personnes connaissent son nom – mais ne savent peut-être pas comment il se prononce », s’amuse Jon Frosch.

Isabelle Hubert… Pardon, Huppert, bientôt icône pop au pays de Beyoncé et Britney Spears ? « Elle en est déjà une, d’une certaine manière ! affirme sérieusement le critique du Hollywood Reporter. Sa fan base est limitée, peut-être, mais incroyablement passionnée. Elle représente aussi la quintessence de la sophistication française, de sa coolitude, de son élégance. Et elle est aussi un exemple du fait que les actrices européennes sont autorisées, en vieillissant, à rester des objets de désir et d’admiration, contrairement à leurs homologues américaines. »

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